SCENE II
JEAN, puis LE COLONEL HENRI.
jevn. J' suis bon content qu’ Pierre. soit d’ retour... j' sentirai moins I' vide qu’ m’ laiss ra 1’ départ d' celle jeune lillo... hier ?o r... j'étais assis près d’elle... la chandelle l'éclairait... elle rarangeaitsa cheveluro,et j'ai cru un ins'antque j’ v&yais Geneviève... y a vingt nus. (Il longe.)
iienri, entrant par le fond et regardant le fiacre dans la cour. Oui, c'est bien i i .. 226. (Il entre désignant Jean ) Et c’est lui, sans jean, l'apercevant. Quelqu’un !...
hrnri. Oui, jo vous reconnais, jean, le regardant. Moi, je ii vous r'connais pas.
iienri. J'ai oublié un portefeuille dans votro Toiture.
jean. C’était vous!. .. je n’ l’ai plus, monsieur... il est an bureau des réclamations.
ur.NHi. On me l’a remis co malin.
jean. Ah!... j' suis ben aise d'apprendre qu’il est aux mains dj son proprietaire.
iienri. Monsieur... ce portefeuille, outre quelques billets de banque, contenait des papiers qui sont pour moi d'une incalculable importance, et tout ému d’un ado do probité qui les a remis à ma disposition, je suis accouru vers vous, pour vous prier d’accepter une juste récompense...
jran. Non, monsieur, non!... on commet un vol en s'emparant du bien d’autrui, et l'on ne mérite pas de récompense parce qu’on n’a pas volé.
iienri, après un mouvement. Monsieur Jean, vous êtes un honnête homme.
jean. Je lu pense, monsieur.
uenri. Kl j’ai une proposition à vous faire.
jean. Laquelle, monsieur?
iienri. Ma fortune me permet d’avoir des chevaux... et si vous voulez prendre la direction de mes écuries. .. tout en songeantqu’ur. honnête homme u’esi jamais trop payé, vous réglerez vous-mêmo vos appointements.
jean. J'suis bien r'connaissant, monsieur mais... il faudrait porter la Uvrce, et quand on a été militaire. ..
iienri. Vous avez servi?
jean. Pondant quatorze ans, &%lragon«, dit le va-t-en guerre, où j’ai été dix ans maréchal 1 des logis. »
iienri. Je vous demande pardon... je sais qt.e la livrée ne peut remplacer l'uniforme. Je lo sais, car je suis moi-même soldat et fils de soldat.
jean, arec empressement. Vous ôtes militaire... moi, jTai été d'puis 95 jusqu'à 106.
iienri. Vous avez dû (aire les campagnes, d ’1 ta lie.
' jran. La première et la seconde, et celle d'Egypte entre les deux.
iienri. Comment donc êtes-vous resté si |
longtemps sous-officter?
jean. Ah! monsieur... jo n’savaîsni lira ni ! éciire. . . et voyez un peu comme sont les cho- 1
Us... depuis qu’j*al quitté l’servica j’ai appris un peu do tout cela... pour être cocher... Jaut pouvoir lire les nomB des rues et les numéros des mairans... si j’en avais su autant jadis... jo n’serais pas inquiet de l'avenir.
Henri. Jei, monsieur Jean, uno retraite à vous offrir, moi...
jean. Vraiment...
iienri. Les gardes forestiers... portent un uniforme qui est pour ainsi dire celui davéh;ran... Grèce à ma position dans l'armée d'occupation d’Italie, je puis mettre à votro dispost* lion un emploi do garde surveillant dans les furôls du Piémont.
jean. C'est bien comme ça... monsieur, que j’serai heureux d'finir, surtout en Piémont, d’où l’on voit les pointes elovees des Alpes. . mais je n’peux pas quitter l'mélier tant qu’ j’aurai Marengo.
henri. Qu’est-co que Marengo?..
jèan. Mon vieux cheval, c’en est encore un du 6* dragons, nousétions ensemble à Marengo, cl même qu’un coupd’sabre qui m’était destiné lui a coupé l’oreille gauche... nous sommes lombes en même temps à Danlzick, et j’eroyau bon qu’il ne «'était pas r'ievé sur l'thamp d'bataiIlo..i
iienri. Et vous l’avez retrouvé jean. Doux ans .plus tard, au marché; je voulais acheter uno voiture et des chevaux, j'avais su garder dans mon porte-manteau quéqu* gratification d’Ia victoire, et en passant u'vantuuo travée, où y avait des vieux ch’ vaux à vendre, je reconnus Marengo à son oreille coupée; et, silôt qu’j’ai dit son nom, l’ vieux camarade y tirait sur sa longe pour v’nir de mon côté; if était h vendre pour soixante francs... un cheval qu’avait vu Rivoli, le Caire, Austerlitz, ot qu’un avait peut-Mro réformé h XVograra... jTai acheté bien vite et voilà d’jà cinq ans qu'nous r'iravaillons ensemble.
henri. Il peut encore faire lo service du fiacre ?
jran. Faut dire que j’ lui ai adjoint la JWgresse , uno jument notre, gran le force, et qu’ c'est c-llo que j' pousso en douceur toutes fois qu'y a d’ la montée. Fl cependant, quoiqu'il ail vingt-cinq ans, le vieux Marengo, il a encore du coeur... Tenez , monsieur, l'autre jour, il y avait p'tite g> erre au Charnp-dc- Mart; on lirait Y canon cl l’on sonnait la fanfare... ch bien! on aurait dit que I* vieux flairait la bataille ; y Adressait son oreille, poisqu’y n’en a plus qu’une, cl y me regardait en piaffant, et avait l’air de m' dire : Oh ! donc! Jean la Monlagno. Oh! dône! v’Ii l'Autrichien qui s'éveille. En sello ! Et j’ vas te meuer dans V tas... Eh bienl monsieur, ça m’ faisait rire, et en mémo temps... ça m’ faisait une semat’on... qu’ j’ai pas pu m'empêcher d’ lui dire : Oh! oh! oht là! garçon! l'Autrichien n’en jouo plus. Et voilb pourquoi qu’ j’y tiens tant, c’est qu’y a des instants où c't animal y m* causo vraiment comme une personne.
henri. Sous-officier Jean, l’emploi de gsrde forestier que je vous ai offert sera mis à votre disposition quand il vous plaira d’en profiter.
jean. En ce cas, monsieur, c* n’est pas de refus pour plus tard.
iienri. Vous saurez toujours ma résidence en la demandant au dépôt de la guerre. (Lui donnant une carte.) El voici mon nom ‘ le colonel Uenri Boger.
jran, prenant la carte. Il y a en un général
de ce nom.
henri. C’était mon père.
jean. S'otre père?
iienri. Qui a été fusillé dans le mont Ccnis par suite d’une trahison.
jean. Oh! oui... Et vous êtes (Ils du général? iik.vri. Est-ce qu» vous avez servi quus ses or J res?
jean Non! non, moi, Jean le Montagnard, j’ai commencé sous \la9«ona.
henri. Et, n'imporlo! quand il vous plaira
de me la faire demander, la place de garde I sera mise à votre disposition.
jban. Merci, colonel.
hbnhI. Maintenant, j'ai un dernier souhait li former.
jean. Lequel, colonel?
iie' hi. Avant de sortir d'ici, je voudrais voir Marungo.
jkan. C’est bien facile; il est là... Kt si vous voulez passer par l’écurie, il y a une porte qui donne dans la rue.
hkmu, le suivant. Volontiers.
jean, s'arrêtant près de l'écurie. Dame! il faut pas vous attendre à voir un beau fringant! Mais, vous savez, il n’y a si beau lancier qui ii' Ümssu pur duv'uir invalide. . . Par ici, colonel. ( Jl entre avec Ilmri dans l’écurie, à gauche. Au même mutant Pierre parait sur fesculier et s’avance aire précaution.)