‹ Jean le cocher drame en 5 actes, precede d'un prologue en 2 tableauxChapitre 44 sur 65 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LE COMTE. MOREL, puis HENRI, JEANNE tr LA COMTESSE.

le comte, à demi-voix. Voici l'heure de la déception, Morel!».

morkl, de même. Madame la comtesse va sans doute partir pour Fontainebleau.

le comte. Ou se rendre à Chaillot chez Ambroise.

ho r ki. Lo colonol n’aura pas le temps do s’occuper du notairo ni de ses comptes que vous m'avez dictés.

le comte. Heureusement.

morel. La comtesse connaîtra bientôt son malheur... et je commence h trembler.

le comte. Parce que?

morkl J’ai peur que 1 on ne nous soupçonne.

le comie. La disparition des bijoux de Jeanne ne doit-elle pas éloigner de nous...

tout soupçon?

mouil. Oui, mais vous êtes héritier de maemoiseU* Jeanne...

Li comte. Belle raison, ma foil... songez donc qu'l dix heures et demie, nous étions dans ma chambre en présence de mes domestiques, et qu’une heure plus tard, ils nous servaient à souper dans cette même chambre d'où nous étions sortis inaperçus.

morsl. C'est vrai!

le comte. Voilà [i 'tir l’alibi... et maintenant!... l’approche de l'instant fatal... me cause uno fièvre que l'on prendra facilement pour l'agitation de la douleur... On vient I... faisons bonne contenance !

t.n colonel, entrant. Dieu soit loué, monsieur le cumte, voici votre belle-fille !

lb comte, aree une frayeur incrédule. Ma...

belle-fille?...

JBanni, entrant avec la Comtesse. Oui, mon père!... (Ae 6‘omle immobile, Morel chancelant.) Oii vient de m'apprendre quo vous consentez à bénir mon mariage... Vous ne répondez J*il5 ?

le comte, tremblant. Pardon... nous étions tous... si inquiets... •

Jeanne.* Les inquiétudes se sont évanouies ; embrassez-moi, mon père... s’il eut vrai que vous m’aimez maintenant... 'Le Comte prêt à défaillir, *e penehereri Jeanne et l’embrasse au front. Jeanne allant à sa mère.) Ma mère !

Henri! j'ai bien besoin d’élre heureuse... J’ai tant souffert loin de vous !

i . a comtes*!. Tu as souffert? que ne m'appelais-tu ?

jeanne. Je noie pouvais pas.

la comtesse. Ma» Ambroise?

Jeanne. Je ne l’ai pas vu.

la comtesse. Comment ?

jeanne. El l'absence d'Ambroise m'a rendue victime d'un malheur si épouvantable, que je n'en dirais nen si jo n’avais contracté une dette qu'il faut que vous acquittiez tous avec moi!

la comtesse. Tu me fais trembler !

lb comte, feignant l'intérêt, lin malheur?... ! la comtes. Voyons, parle, parle... mon enfant.

jRANNf. Ambroise n’était pas venu k ma rencontre... et moi, je marchais toujours dans la direction qui conduit à t.hailtoi; je tremblais, seule, sur le chemin de plus en plus doser t, lorsque profitant de mon isolement, deux homme s masqués so sont jetés sur moi pour me voler.

la comtesse. Mon Dieu!

J 1 ANNK. Frappee de terreur... je perdis connaissance entre leurs maiDS... et ces deux infâmes, voulant sans dôme anéantir lo seul témoin de leur crime, m'ont jetée dans la Seine.

la comtesse, loi! ma fille ÎÜfJSffe l'entoure de set bras )

jransb, embrassant sa mère. Mais ne pleure pas, mère... je suis auprès do loi, ne pleure pis, le ciel t'a gardé tou enfant !...

Henri. Mais... par quel miracle?

la comtesse. Comment? comment?...

jeanne. Ce qui se passa d'abord pendant trois jours entiers... jo n’en sais rien, ce ne fui qu'au bout do cc temps quo, retrouvant qui lques lueurs do raison, dans les intervalles ne la fièvre, Jo découvris qu'un passant... un cocher de fiacre... le meilleur et le plus courageux des hommes, m'avait arrachéo du fleuve, au péril de sa viol., m'avait portée dans sa demeure, avait veillé nuit cl jour à rnon chevet... et qu'enfin, il avait trouvé dans sou indigence, do quoi me secourir, dans sa bonté, c imme un regard du ciel qui m'a rendu ta vie...

la < ont e ‘■sk. l.o nom de cet homme?...

jkankk. Il se nomme Jean... comme s’appelait mon pauvre pèro ..

ia comtesse. Où est-il?

Jeanne. Je ne puis désigner sa demeure...

Oh! j’éfpérats bien l’amener ici avec moi, mon sauveur; mais il s’est éloigne pendant mon sOmn c I, ci un ami que j’ai trouvé à sa place,

m’a dit que monsieur Jean avait été forcé de

partir en voyage... commo s’il voulait se soustraire à ma reconnaissance! mais il ne pourra nous échapper, car je sais, moi, lo numéro de sa voiture, 226. Ce chiffre-là ne sortira pins do nia mémoire.

Henri. Deux cent vingt-six, ., dites-vous?

Mais je connais cet homme.

Jeanne. Vous le connaissez?

Henri. J’ai eu des renseignements sur lui hier à la Préfecture, et précisément je les ai inscrits dans ce portefeuille (il le prend , que s.i probité m'a rendu ; car je l'avais oublié dans sa voiture. (Il lit.) : « Deux cent nngt- » six, fiacre conduit par Jean, dit le Monta- » gnard, remisant ruo de Passy, barrière des » Bons-Hommes. »

La comtesse. Je veux me Dire conduire rue do Passy. /Elle va prendre son chapeau et ton écharpe.) Je veux voir cet homme.

benoit, entrant. Pardon, colonel.

hbnri. Que voulez vous?

bknoit. Cest un ancien qui est là, et qui m'a prié do vous remettre de suite cette carte. {Il la lui donna.)

henri, prenant la carte. Cest bien I qu’il revieune plus lard. [Benoît tort.) Mais cetto carte, c'est la mienne. . Qu’y a-t-il o’écril derrière? {Il lit.) « J’ai réfléchi, colonel, et * je vous supplie de m’accorder au plus tôt en » Piémont la place de garde quo vous m’avez » promise. » (A Jeanne.) C’est le Montagnard. (A la comtesse.) R est* z, madame la comtesse... L'homme qui m’a fait remettre cette carlo, c’est lui... c’est Jean le cocher.

jrannb. Luil..

la comtesse, ôtant ton écharpe. C’est le ciel qui nous l’envoie!

hrb Et, à Jean qui est en dehors. Venez, monsieur Jean... venez!

Page 1