SCENE IV
JEAN, puis LE COMTE.
jean. Pierre., et Geneviève... comme il y a vingt ans. Allons, chassons les bonnes émotions de mon cœur.. Amenons-y la contrainte et la défiance, j'ai songé à tout., j’ai eu bien soin de me débarrasser de ce qui pourrait me compromettre, oui!..
ut comte, mirant avec Simon et lui donnant son manteau et son chapeau. Vous veillerez dans le vestibule, et sitôt que paraîtra le colonel Henri Roger... vous lui direz que je suis impatient de le voir et l'amènerez ici.
sinon, seretirant. Rien, M. le comte. (Il sort.) jean, à part. Le colonel Roger...
le comte, à Jean. On vous • dit, monsieur Jean, que je désirais vous parler?
jean. Et je suis venu pour savoir ce que vous avez à me dire .
le comte. Vous ne le soupçonnez pas?
jean. Aucunement.
le comte. Je veux vous demander quelle somme vous avez reçue do votre femme...
quand vous aves consenti à vous faire passer pour mort?...
ifiAN. Moi. .. ma femme.. . je ne comprends pas.
i * comte. Est-ce quo vous êtes joueur ?
jean. Dieu merci, non. le comtr. Comment donc se fait-il que vous soyez pauvre aujourd’hui? Vous avez dû prendre votre part dans un marché qui donnait à votre femme S millions on héritage. jean, s'efforçant de sourire. Trois millions?... le comte. Il est vrai qu'avec le temps, on se ruine au cabaret.
jean, après tm moucrmenf. Monsieur le comte me prend sans doute pour un autre...
son erreur devient un outrage... cl je...
le comte, rinterrompant. No vous fichez pas encore ... Jean-Claude... (Il passe de l'autre côté.) J’en ai long à vous dire.
jean. De quel nom m’appelez- vous ?
le comte. Comment se nommait votre pèro ?...
jkan. Je ne l’«i jamais su... je suis enfant trouvé...
lr comte. F.nfant trouvé! ainsi vous ri 'êtes pas fils do la mère .Marianne de Chambéry ?
IRAN. Je ne sais qui était ma mère.
le comte. Ce n’est pas vous qui avez épousé dans réalité Saint-Martin en Savoie, Geneviève, ülïe d’adoption de Marianne?
jean. Ce n’eslpaa moi.
le comte. Ce u’est pas voua enfin, qui lorsque» Geneviève avait repris le nom de ses pères... et qu’elle tremblait pour l’avenir de sa fille... avez fait avec elle un second marché encore plus honteux que le premier* en consentant à lui laisser prendre un autre mari qui la croyait veuve’ jean, te fâchant. Monsieur le comte, ma patience... s’épuise, et j’ commence à m* fatiguer de subir un interrogatoire.
le comte. L’interrogatoire est terminé.
jean. Ce n’est pas malheureux ! (7/ gagne la porte du fond.)
le comte, t’étant ateit à droite. Savez-vous d’où je viens?
j ean , pris de la porte. Pei m’importe!
le comte. Je viens do votre demeure, rue de Passy.
jean. Ma demeure! la porte en est fermée.
le comte. Je l’ai fait forcer.
jkan, revenant m scène. Vous?
LE COMTE. Moi !
jean, cachant ton inquiétude et décorant ra colère. Mais, c’est une violation 1...
le comte. Vous porterez plainte si vous l’osez. Vous me dites que vous n'avez jamais connu Geneviève, pauvre jadis, opulente aujourd’hui... je veux bien le croire. [Se. levant et allant à (ut.) Mais alors comment se fait- il que j’aie trouvé chez vous ce médaillon ? (Jl tire de ta ooehe le médaillon de l'acte précédent.) jean, u part. Mon médaillon.
le comte, examine le médaillon. Dans lequel je vois cea mots écrits. « Souvenir de ma Geneviève. »
jeak, aprèt une courte héeitalion. Il me vient d'une sœur qui n’est plus.
le comte. (Jne sœur... Les enfanta trouvés n’ont pas de sœur.
jean. Pardon, monsieur le comte, tous les enfants trouvés sont frères et sœurs...
le comte. Et cette Geneviève était aussi une enfant trouvée ?
jean. Oui.
lk comte, remettant le médaillon dont ta poche. Le tribunal en sera juge. (71 te promène.)
jean, à part , avec terreur. Mon Dieu 1 qu’arriver a-t-il ï
LE COMTE, revenant. Oserez-vous nier encore que vous soyez fils de Marianne?
jiam. Je le nie.
le comte. Comment donc ai-je trouvé chez vous ce chapelet (et il lui montre le chapelet du Prologue) qui a été donné, jadis, à la mère Mariions, par un moine du Saint-Bernard ?
jean. Tous les chapelets se ressemblent.
le comte. Non pas, et celui-ci, unique peutêtre, car ses grains sont faits avec des fragments de ta roche grise, était, il y a dix-huit ans, dans la cabane de Jean-Claude, au pied du mont Onis...
jean. Celui qui vous l’a dit... s’est trompé. le comte. On ne mol’a pas dit, je Py ai vu.
jean. Alors, c’est vous qui faites erreur.
le cumte. Et pour vous convaincre, je vais appeler la comtesse d’Arezzo.. elle ne pourra mer, elle, qu’il y a eu dix-huit ans le mois de mai dernier, le jour de la Sainte-Thérèse...
je suis entré me reposer dans la cabane de Jean-Claude, et qu’elle, qui était alors Geneviève, m’a montre ce même chapelet. (Jl monte la terne.)
jkan, la montant note lui. Vous n’êtes pas celui qui vînt ce jour-là se reposer chez Jean- Claude !
le comte, t arrêtant. Qu’eu savez-vous ?
jbar. Celui qui le jour delà Sai n te- M unique avait oublié son escarcelle chez Jean-Claude.. . se nommait Luidgi.
LECOMTE. Qui vous l'a dit?
jean. On me l'a dit.
lk comte. Mais vous ne pourriez prouver qu'il s’appelait ainsi?
JtAS. PeutAtro. (71 redescend la *oéne.) le comte, venant à lui. Et si je vous prouvais d’abord, moi, que je mo nomme Andréas Luidgi, comte d’ATczzo...
JRAN. Vous ! (Virement à pari.) C’était lui.
le comte, à part. Je le tiens !...
sinon, annonçant. Lo colonel Henri Roger.