‹ Jean le Prince et son œuvreChapitre 4 sur 148 · Partie de F ancienne voie Appienne · texte numérisé non relu

Partie de F ancienne voie Appienne

Ruines de la curie dOstie.

Temple de Pola en Istrie.

Termes de Titus Vespasien.

i8 Notice hiosrapkiqme.

En fixant dooc à Tannée 1754 TexcursioD de Le Prince en Italie, noasderoos être dans leviai^car il n* j a rien d'exagéré à oooipîer deux années pour faire le voyage, dessâner, revenir^ faire grayeret publier cette suite. Ces composidons piésentent un certain caractère sans avoir un parfum d'or^inalité tnen accentué. Elles procèdent à la fcks et de Salvator Rosa et d*Hubert-Robert. Eln tout cas, elles ne ressemblent en rien à ce que leur auteur fit plus tard.

&i somme, Tltalie ne 1 Inspira point, et il quitta ce pays sans en nq^porter un bagage sérieux.

Deretoiu- à Paris» Le Prince alla-t-îl fiapper à la porte du domicile conjugal ? Essaya- t-il une réconciliation, ou, persistant dans la séparation de faut qui existait entre lui et sa femme, voulut-il continuer à vivre seul? Nous Tignorons; mais ce qui est certain, c'est qu'il dut s'installer à nouveau dans la capitale. C'est à cette époque, en effet, que nous croyons devoir rattacher trois eaux-fortes qui forment pour ainsi dire un groupe isolé dans l'œuvre du peintre. Nous voulons parler des pièces que nous mentionnons dans notre Catalogue sous les titres : la Marchande de fruits, la Demande, le Refus j et sous les n- 87, 83 et 93.

Ces pièces, qui sont rarissimes et que nous avons eu l'heureuse fortune d'acquérir à la vente d'un iconographe distingué, doivent être des essais de

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gravure de Le Prince. Le Cabinet des Estampes de Paris ne les possède pas. Les personnages qui y sont représentés sortent certainement de l'atelier de Boucher avec leur désinvolture gracieuse et leur silhouette allongée et provocante. Le travail de la pointe y est tout autre que celui que Tartiste adoptera plus tard pour ses costumes et paysages russes. Dans les premières épreuves, le cuivre est à peine effleuré, Timage est dans une sorte de brouillard^ et il faut que Tartiste re vernisse sa planche^ reprenne et accentue toutes ses ombres, pour que les personnages se trouvent à leur place et que Testampe ait son effet. Néanmoins^ il faut constater dans ces pièces un dessin très-facile et charmant^ une habileté de main remarquable et même une certaine légèreté dans le maniement de la pointe que Ton ne retrouvera point plus tard.

Cest à cette période de sa vie que se rapporte le jugement que Mariette porta sur Le Prince : < Lors- € qu'il passa en Russie (je crois en 1758), ses ta- € lents me paraissaient médiocres; il dessinait des € paysages et en gravait, et y mettait si peu de vérité^ € que je tremblais pour lui qu'il ne devînt un peintre « praticien et rien davantage. »

Ce jugement est parfaitement juste, il faut le reconnaître, et c'est avec raison que M. Ch. Blanc^ qui le dte, le £ait suivre de cette réflexion : c Comment < ne pas devenir praticien dans une école où le

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€ maître se passait si bien de la nature et se vantait € même de n'avoir point besoin de modèle ? »

Si ce jugement de Mariette est la reproduction exacte du sentiment du public envers notre artiste à cette époque, et cela doit être, Le Prince dut se fatiguer de ne pas voir le succès venir plus tôt couronner ses efforts. Ennuyé d'éprouver tant de difiS.cultés à percer, ennuyé probablement davantage encore de la position délicate qu'il devait occuper à Paris vis-à-vis de sa femme, soit qu'il ait repris l'existence commune^ soit que la rupture ait été complète, il reprit son bâton de voyage. Cette fois il se dirigea vers le Nord et y trouva le succès. Il est vrai qu'il en rapporta aussi les germes d'une maladie à laquelle il devait succomber. Jeune et plein d'espérances, il ne songea point que ce climat si dur serait funeste à sa santé délicate. L'eût-il su d'ailleurs qu'il n'eût peut-être point hésité. L'Italie, avec son climat favorable^ son ciel bleu, ses brillants costumes, ses habitants si beaux d'allure, n'avait point frappé son imagination, ni échauffé sa verve. La Russie, au contraire, peu connue encore, fut son chemin de Damas. Malgré la rigueur de la température, il y travaille sans cesse et revient avec une réputation toute faite.

Le Prince n'alla point directement dans l'empire du czar retrouver ses frères qui exerçaient avec succès à Moscou leurs talents de musiciens. Il

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passa d'abord en Hollande^ et y resta quelque temps à étudier les peintres du pays, comme aussi leurs voisins de Tëcole flamande. Pendant son séjour, il dut prendre certainement goût à Tétude de ces maîtres^ car plus tard dans ses eaux-fortes nous en trouverons une trace incontestable. Rembrandt surtout semble Tavoir préoccupé et l'avoir frappé par la vigueur de ses effets de lumière, qu'il cherchera à imiter lorsqu'il peindra ses intérieurs russes ou lorsqu'il les gravera au lavis ou à la pointe.

Pas plus que l'Italie, la Hollande ne sut retenir Le Prince ; et soit qu'il ne voulût que la traverser pour aller embrasser ses frères, soit qu'il n'y trouvât pas à gagner sa vie^ soit enfin que son humeur voyageuse Tentraînât^ il prit passage sur un bâtiment qui faisait voile pour la Russie.

Là encore^ en pleine mer, les destins contraires ne l'abandonnèrent point. Le navire^ sur lequel il s'était embarqué, fut poursuivi et pris par un corsaire anglais, dont les matelots se mirent immédiatement en devoir de piller les vaincus. Le Prince allait subir le sort commun et voyait déjà des mains rapaces s'avancer vers ses bagages, lorsqu'il eut la bonne inspiration de saisir son violon et d'en tirer des accords qui touchèrent les pirates anglais et ralentirent leur ardeur avide- La musique adoucissant les mœurs, le bagage de l'artiste, qui n'était peut-être pas d'une grande valeur, fut épargné; mais

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il fallut faire contre fortune bon cœur^ et servir d'orchestre à ces soudards pris de la fantaisie de danser. Cette anecdote ne serait-elle pas^ sous une autre forme^ une édition nouvelle, donnée par le Nécrologe au profit de Le Prince, de Tépisode de l'arrestation de Salvator Rosa par des brigands, arrestation dont l'artiste ne conjura les effets funestes qu'en faisant, séance tenante, le portrait du chef des bandits.

Quoi qu'il en soit de la véracité de l'aventure. Le Prince n'en arriva pas moins à Saint-Pétersbourg en lySS. On pense bien qu'il était beaucoup trop intelligent pour entreprendre un tel voyage sans avoir pris ses précautions. De même qu'il était venu à Paris sous la protection de M. de Belle-Isle^ de même il arrivait dans la capitale de toutes les Russies avec des recommandations qui devaient lui aplanir la route et le faire triompher des difOicultés d'une première installation. Aussi n'eut-il rien de plus pressé, en arrivant, que de demander audience au Marquis de L'Hôpital, ambassadeur de France près la Cour de Russie, et de lui présenter les lettres de crédit que Tancien gouverneur de Metz, son premier protecteur, lui avait octroyées afin de lui procurer bon accueil de la part des habitants du pays qu'il allait parcourir. Avec de pareils passe-ports il fut bien reçu par chacun, et le charme de sa personne acheva de lui ouvrir toutes les portes.

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Pour un artiste^ la bonne réception se traduit toujours par des commandes. C'est ce qui eut lieu en effet. La haute classe russe se disputa les tableaux de Tartiste français, et il reçut lui-même la mission de décorer le Palais impérial et d'y peindre des plafonds^ mission dont il s'acquitta à merveille. Mais, comme le dit fort bien M. Charles Blanc, Le Prince n'était point venu en Russie pour exercer ses talents, mais bien pour les former. En travaillant pour le public^ il pourvoyait à ses besoins matériels ; mais ses besoins artistiques demandaient aussi et surtout à être satisfaits, et c'est dans ce but qu'il voyagea par toute la Russie en faisant une masse de croquis. Costumes, paysages, intérieurs, coiffures, chaumières ou palais, tout lui était bon ; esquisses, pochades, études à l'huile, à la sanguine, au crayon noir se succédaient sans interruption et venaient grossir les cartons de Tartiste, qui réunit ainsi une telle quantité de documents, que c'est sur ce fonds qu'il travailla le restant de sa vie et qu'il composa ses tableaux, ses dessins et ses eaux-fortes.

Sa première excursion dut être naturellement dirigée vers Moscou où il devait retrouver ses deux frères^ qui y étaient installés déjà depuis un certain temps. Une fois la première effusion donnée à la joie de se retrouver après une longue absence, Le Prince reprend ses pinceaux et ses crayons, parcourt les rues et les environs de Moscou, consignant

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sur son album ce qu^il croit intéressant. Après sa récolte opérée^ il reprend son sac de voyage et visite successivement le Kamtchatka^ la Livonie^ la Finlande et les confins de la Sibérie. Il traverse le pays des Samoyèdes^ des Tartares et des Calmouks. Ce fut vers cette époque^ en 1761, que l'astronome Chappe d'Auteroche, membre de l'Académie des sciences de Paris, fut envoyé en Russie par cette Compagnie pour observer à Tobolsk le passage de Vénus sur le soleil. Au cours de son voyage Chappe dut rencontrer Le Prince, car c*est d'après les dessins de notre artiste ' que furent gravées toutes les planches (et elles sont nombreuses) qui illustrent la relation de ce voyage, laquelle parut en 1768, à Paris^ en deux volumes in-4<^ avec atlas. Rien ne fut négligé d^ailleurs pour en faire un ouvrage de choix. L'éditeur s'adressa aux meilleurs graveurs pour interpréter les dessins de Le Prince^ et les planches furent signées par J.-B. Tilliard, par Ph. Le Bas, DucloSi De Launay et A. de Saint-Aubin. Nous devons ajouter qu'elles sont toutes bonnes et que quelques-unes sont véritablement remarquables. .

Un tel labeur ne devait point rester sans résultat et sans valoir à Tartiste quelque distinction. Le Prince fut en effet présenté au czar, et à ce sujet M. Dussieux, dans le volume qu'il consacre aux

I Ces dessins sont actuellement en la possession de M. Louis Rœderer, de Reims.

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A rtistesjrançais à F étranger, soulève une discussion relative à la date du départ de Le Prince pour la Russie. Mariette le fixe à Tannée lySS^ et M. Dussieux serait d'avis de le reporter à 1762. Il appuie son opinion sur ce que Le Prince aurait été présenté au czar, qui ne peut être que Pierre III, lequel ne régna que six mois en 1762. Mais n'est-il pas possible et même probable que l'artiste n'ait été présenté au souverain qu'après avoir donné des preuves de ses talents et avoir acquis une certaine notoriété en Russie. Et puis si Le Prince a été présenté au czar Pierre III en 1762, rien ne dit que la czarine Elisabeth ne lui ait point auparavant fait le même honneur. Beaucoup de raisons majeures, au contraire, militent en faveur de la date fixée par Mariette. D'abord il est constant que le retour en France s'effectua à la fin de 1763, puisqu'en février 1764 Le Prince se présentait à l'Académie royale de peinture de Paris. Il faudrait donc admettre que rénorme quantité de travaux que notre artiste exécuta en Russie, tant pour lui que pour le public, n'a été que la besogne d'une année ou deux. Cette hypothèse n'est matériellement pas admissible^ surtout quand on songe au temps qu'il fallait mettre à cette époque pour parcourir cet immense empire. Mais nous avons une autre preuve qui est puisée dans l'œuvre même de J.-B. Le Prince et qui ferait remonter son arrivée en Russie avant 1 760. Cet artiste

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a, en effets gravé deux planches \nXitii\b&& Jésus dans le temple. La première, qui n'est qu'un trait d'eauforte, est datée de 1 760 ; tandis que la deuxième^ qui n'est que la reproduction littérale de la première^ mais par le procédé du lavis, est datée de 1768. Or il est incontestable que, pour représenter cette scène. Le Prince a copié les types caractérisés de ses docteurs de la loi sur les types bien reconnaissables des popes grecs> ce qu'il n'aurait certainement pas fait avant son voyage de Russie.

La présentation de Le Prince au czar en 1 762 peut donc et doit même se concilier avec la date de 1758 donnée par Mariette pour le départ de Le Prince.

Il faut reconnaître que le voyage de Russie fat d'une importance majeure pour cet artiste et qu'il eut pour résultat certain de former son talent^ d'accroître sa réputation et de lui donner presque la gloire. Nous n'allons point jusqu'à dire, comme M. de Chennevières, que Le Prince, heureux en ménage, eût été xm mauvais peintre, et que c'est grâce à ses infortunes conjugales, qui le forcèrent à voyager, qu'il acquit de la renommée. Non; sans nier l'influence des circonstances extérieures sur le talent des peintres, il est permis de penser qu'un artiste, qui est bien doué et qui travaille, finit toujours par percer et se £aire sa place au soleil. Nous en avons la preuve à chaque instant, et ce

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n'est pas heureusement toujours le malheur qui fait éclore le talent. Le Prince, avec son intelligence, s'il fût resté à Paris au domicile conjugal fêté et choyé, aurait peut-être fait autre chose que Toeuvre que nous connaissons ; mais ce n'est pas trop se hasarder que dire qu'il eût certainement fait quelque chose. Ce n'était point un tempérament à rester dans les rangs de la foule, même au prix de la vie. Et il le prouva, car, si cette excursion de cinq années dans les froides régions du Nord donna à Tartiste la célébrité, elle fut fatale à l'homme, qui rapporta de ces durs climats le germe d'une maladie. La santé délicate de Le Prince s'accommoda mal de cette température rigoureuse, et, vers la fin de 1763, il fallut revenir en France sous peine de succomber sous les atteintes d'un mal qui s'aggravait chaque jour.

De retour dans sa patrie, J.-B. Le Prince retrouva ses anciens amis, ses camarades d'atelier et son maître, qui vinrent le félicita des succès qu'il avait obtenus et serrer la main de l'enfant prodigue; mais toutes ces relations ne lui rendirent pas l'intérieur qu'il avait perdu. Sa santé ébranlée nécessitait des soins qu'une femme seule peut donner. Il appela donc près de lui sa nièce, Marie-Anne Le Prince, qui n'avait alors que treize ans, et qui probablement ne dut venir près de son oncle qu'escortée de sa mère, Suzanne De Bout, probablement

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liéastallé a Paris, notre artiste se mit à rœuvre et ftVxxupa aussitôt de tirer parti de tous les document qu'il avait rapportés de son voyage. Les Unltn furent mises sur le chevalet et les planches de cuivre couvertes de vernis. A peine arrivé, et avant la fm de 1763, il commença la suite d*eaux* forICH intitulée Divers habillements des femmes de Moscovie^ dont la sixième pièce porte cette date.

Dès le début de Tannée 1764, il est en mesure de HO présenter à TAcadémie royale de peinture et de sculpture de Paris, où il est agréé d'emblée, ainsi ijuo le témoigne cet extrait du huitième registre des procès- verbaux de cette Compagnie :

Du vendredi 24 février 1764.

Le sieur Jean Baptiste Le Prince,

AI' l,t k ViNiV, d^» rtV peintre dans le genre des vues et paysages

fS'kHhy^ ornés de figures, Né à Metr, ayant pré-

A* |^^>^\il^*«^«^ sente de ses ouvrages, TAcadémie, après

avoir pris les voix à l'ordinaire et re-

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connu sa capacité, a Agréé sa présentation, et le sieur Le Prince, ira chez M' le Directeur, qui lui ordonnera ce qu'il doit foire pour sa réception.

En exécution de cette décision de TAcadémie^ Le Prince reçut les ordres de M. le Directeur, qui était alors le Marquis de Marigny, et s'entendit avec lui sur le sujet qu'il devait traiter.

De 1764 a 1765^ la santé de Le Prince dut être assez bonne, car il produisit sans relâche. Parmi les cahiers d'eaux-fortes qu'il publia il faut citer les Divers ajustements et usages de Russie, suite de dix pièces in-4'' qu'il dédia à Boucher, son maître ; les Divers habillements des prêtres de Russie, édités sous le patronage de M. de Caylus; les Streliti, dédiés à M. de Sainscy; les Divers habillements des femmes de Moscovie^ dont il offrit Thommage à Lagrenée, et les deux Vues des environs de Sainte Pétersbourg, dédiées à M. deMontgeroux. En outre il peignit plusieurs tableaux, parmi lesquels il faut citer une Grande Vue de Saint-Pétersbourg, gravée par Ph. Le Bas, et Le Baptême russe, son tableau de réception, qui réunit les suffrages tant de ses nouveaux collègues que de Diderot, qui eut quelfois la dent dure pour notre artiste.

La réception du nouvel académicien eut lieu le 23 août 1765. Voici du reste la teneur du procès-verbal dressé à cette occasion :

3o O^otice biographique.

Du yendredi 23 août 1765.

Réception Le sieur Jean Baptiste Le Prince, peintre,

de agréé le 24 février 1 764, a présenté le ta-

M^ Jean Baptiste bleau qui lui a été ordonné pour sa récep-

Le Prince. tion, représentant un baptême selon le Rite

Grec. Les voix prises à l'ordinaire, L'académie a reçu et Reçoit le S' Le Prince, académicien, pour avoir séance dans toutes ses assemblées, et jouir des privilèges, prérogatives et honneurs attribués à cette qualité, a la charge d'observer les statuts et règlemens de l'Académie, ce qu'il a promis en prêtant serment entre les mains de M' le M» de Marigny, Directeur et ordonnateur général des bfttimens du Roy, etc., qui a présidé l'Assemblée.

Wille, le graveur, ne manque pas de parler de cette cérémonie dans son journal :

et, vers les quatre heures,' dit-il, je me rendis à

l'assemblée de l'Académie, où les prix des jeunes gens étoient exposés aux yeux de rassemblée. On fît un directeur, un recteur, un adjoint à recteur et un professeur. M. Le Prince, peintre, qui a été en Russie, mon ancien ami, y fut reçu académicien avec applaudissements. Son tableau représentant un Baptême russe, et qui doit rester à l'Académie, est un fort bon tableau.

Le Baptême russe resta en effet à T Académie. En 1781, il ornait la salle des portraits de l'Académie^ au-dessus de la porte de la galerie d'Apollon- Lors de la publication des Portraits inédits d'artistes français de M. de Chennevières, le tableau était au ministère de la justice^ où il est peut-être encore. Pourquoi n'est-il pas au musée

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du Louvre, qui ne compte qu^un tableau de notre artiste ? Cet ouvrage ne laisserait pas que de présenter au moins quelque intérêt, et il vaudrait probablement autant que d'autres toiles de la même époque que l'on rencontre dans la galerie.

Le Prince ne pouvait se dispenser d'exposer à côté de ses nouveaux collègues au Salon de ij65 ; mais il ne put le faire que comme agréé, car le Salon ouvrit avant sa réception comme académicien. Son exposition ne comprenait pas moins de quatorze numéros du catalogue avec plusieurs autres petits tableaux, sans compter le Baptême russe.

Dans sa critique, Diderot pense que le débutant n^est pas sans mérite, que son morceau de réception est un très-beau tableau et que, parmi ses autres compositions, quelques-unes peuvent arrêter im homme de goût ; qu'il possède la base de Fart, le dessin, et touche ses figures avec esprit, mais que chez lui la couleur ne répond pas à ces deux qualités. Plus loin, Tauteur des Salons met en scène Chardin admonestant Le Prince, et lui montrant les tableaux de J. Vemet : « Jeune € homme, regardez bien ; et vous apprendrez à € faire fuir vos lointains, à rendre vos ciels moins € lourds, à donner de la vigueur à votre touche, « surtout dans vos grands morceaux, à la rendre « moins lourde et à tendre Tefiet. »

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En général^ Diderot trouve les imitations russes de Le Prince faibles comme la santé de Tartiste, mélancoliques et douces comme son caractère.

Toutefois, il accorde des louanges sérieuses à une Pastorale russe (n"" 144), remplissant le but de la peinture^ qui est Tart d'aller à Tâme par Tentremise des yeux; àun Berceaupour les epi/antsÇn'' i5o),\me des meilleures compositions de Tartiste. A propos du n** i5i. Intérieur d'une chambre de paysan russcj Diderot se livre à une petite digression égrillarde sur le tableau qu'il trouve joli : c Le « jeune paysan, dit-il^ est vigoureux : jeune fille, « je n'entends pas trop ce qu'il vous promet; mais « en France^ je vous conseillerais d'en rabattre là « moitié. Mais laissons ce point. Il faudrait savoir^ « pour le traiter à fond^ jusqu'où les hommes tien- « nent parole aux femmes en Russie. » Le Baptême russe lui inspire aussi quelques réflexions risquées à l'adresse du parrain et de la marraine; mais il loue la belle cérémonie, la composition soutenue, l'intérêt que présentent toutes les figures et la couleur vigoureuse du tableau, tout en lui reprochant son coloris cuivreux et rougeâtre et ses fonds trop bruns. En somme^ il le croit fait dans un intervalle de bonne santé.

Nous ne donnerons pas la description du tableau qui se trouve analysé dans Diderot d'une façon bien plus intéressante que nous ne pourrions le faire ici.

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Nous ne connaissons d'ailleurs pas cette œuvre que Grimm aurait voulu voir gravée^ ainsi qu'il en formule le souhait dans une note trèsp-intéressante que cet auteur rédigea sur Le Prince justement au sujet de ce Salon de 176 5^ et qui a le mérite de donner quelques détails peu connus sur les grades des membres de TAcadémie de peinture :

Le Prince a été agréé par FAcadémie à son retour de Russie. On est agréé sur la simple inspection d'un tableau qui promet; mais pour être reçu Académicien, il &ut porter un tableau qui reste à l'Académie, si, sur ce tableau, l'auteur est jugé digne d'être reçu. Le Prince a offert son Baptême russe quelques )ours après l'ouverture du Salon, et a été reçu Académicien d'une Toix unanime.

Du grade d'Académicien, on monte successivement à celui de Conseiller; et, quand on est peintre d'histoire du grand genre, on parvient à la place d'adjoint à professeur, puis de professeur, enfin de recteur de l'Académie.

Le Prince a certainement du talent, mais il a une bien mauvaise santé. Il a de Tesprit, et il a l'air fin et malin. Le Salon prochain décidera du rang qu'il tiendra parmi nos artistes. Ce peintre a publié des cahiers gravés contenant la représentation des habitants de différents pays du Nord qu'il a parcourus, de leurs habits, de leurs usages, de leurs meubles, de leurs habitations, etc. Ce recueil est amusant, et si l'on peut compter sur la véracité et l'exactitude du crayon, il est aussi instructif qu'agréable*

n est à désirer pour Le Prince que son Baptême russe soit gravé. Comme il est précieux par le caractère des têtes, et que, s'il pèche par quelque côté, c'est par la couleur, il gagnerait beaucoup à la gravure.

En somme^ Le Prince subit heureusement sa première épreuve publique^ et il est certain que, s^il

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avait voulu éliminer quelques tableaux secondaires^ son succès, qui fut très-estimable, aurait été plus grand encore. Du reste^ le soin que mit Diderot à étudier Tœuvre du nouvel arrivé donne à penser quelle valeur on accordait déjà à Tartiste.

Sur la route du succès, Le Prince ne s'arrêta pas, et, cette même année lyôS, il faisait paraître de nouveaux recueils, tels que la Suite de divers habillements des peuples du Nord, la Première et deuxième Suite des cris des marchands de Russie, les Habillements de diverses nations^ et, enfin, la seule suite de paysages qu'il publia et qui est composée de six petites pièces en largeur, intitulées : Diverses vues de Livonie. On se fera une idée de tous les excellents rapports que Le Prince avait avec tous ses confrères et de l'estime dans laquelle ceux-ci le tenaient, quand on saura que G)chin, Chardin, Boucher, J. Vemet et Pajou avaient accepté la dédicace de tous ces petits albums si gentiment troussés, si spirituellement croqués et si amusants à parcourir.

Comme toutes les autres années, l'année 1766 commença par les visites officielles, et Messieurs de l'Académie de peinture ne manquèrent point à leur devoir ; c'est ce que constate le bon Wille dans son journal où nous lisons :

3 janvier 1766. — Le 3 : Toute rAcadémie royale alla souhaiter la bonne année à M. le marquis de Marigny, notre direc-

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teur général, de la manière accoutumée. Au sortir de là, je menai M. Le Prince dîner au lo^.

Il est probable qu'à cette réunion on organisa un petit complot dînatoire, que Ton jugea bon de ne pas trop retarder^ car il fut mis à exécution le surlendemain. C'est encore Wille qui commet Tindiscrétion :

Le 5y qui étoit, a)oute-t-iU le dimanche avant les Rois, dixneuf artistes, tous académiciens, et dont j'étois du nombre, dînèrent ensemble dans une maison sur le quay de TEcole. Nous étions tous de la meilleure humeur du monde et ne nous séparâmes qu'après neuf heures du soir.

Nous ne ferons point à Le Prince Tinjure de croire qu'il s'était, en pareille occurrence, séparé des membres de la docte Compagnie ; nous pensons bien, au contraire, qu'il saisit avec empressement cette occasion de faire plus ample connaissance avec ses nouveaux collègues et, avec son esprit ^n et malin, il ne dut pas être en reste de gaîté et d'esprit avec les autres convives , sur lesquels il avait d'ailleurs l'avantage de la jeunesse, en admettant toutefois que Ja maladie n'eût point apposé son peto sur la lettre de convocation.

Toute cette année 1766, Le Prince la consacra à la peinture, car nous ne trouvons pas une seule eau-forte du maître portant cette date. Probablement, outre les tableaux qu'il peignit, notre peintre dessina toutes les illustrations qui ornent la Rela-tion du voyage de C happe à Tobolsk pour observer

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le passage de Vénus sur le soleil, ouvrage qui parut en 1768, ainsi que les vignettes qui ornent l'édition de 1769 du poème des Saisons de Saint-Lambert. Toutes les planches du Voyage en Sibérie de Chappe sont, en effet, datées de 1766, 1767 et 1768.

L'année suivante, la pointe de Le Prince se repose encore, car le Printemps et les n"*' 4 et 5 de la Troisième Suite de divers cris de marchands de Russie sont les seules pièces gravées portant cette date. Nous pensons du reste que cette lacune de deux années, qui n'est peut-être pas absolue (quelques pièces sans date ayant pu être tirées pendant ce laps de temps), peut s'expliquer par la recherche du procédé de gravure au lavis, recherche qui déjà préoccupait notre artiste et qui ne devait trouver sa solution que Tannée suivante.

Ce reproche de chômage que nous adressons, sous toutes réserves, au graveur, nous ne pouvons le faire au peintre, qui aborda le Salon de 1767 aussi résolument qu'il avait affronté celui de 1765, mais cette fois avec le titre d'académicien et non plus d'agréé. Il n'exposa pas moins de quinze tableaxix, parmi lesquels se trouvaient trois portraits de femme et plusieurs toiles destinées à servir de modèles pour la manufacture de tapisserie de Beauvais. Ces dernières productions lui valurent une semonce un peu verte de Diderot, avec lequel

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Bachaumont fit chorus. Si ces tableaux sont faits pour des tapisseries^ lui cria-t-on avec raison, serrez-les et exposez les tapisseries ; nous n'admettons point que vous nous montriez des compositions médiocres sous le prétexte qu^elles doivent être reproduites en étoffes. C'est une plate excuse. Et il faut avouer que Messieurs de la critique avaient raison en fulminant ainsi. Leur censure ne se borna point là -, elle reconnut et constata que Le Prince montrait beaucoup de négligence sur le dessin^ la couleur et les détails. Tout dans ses tableaux est bien imaginé, bien ordonné^ les figures sont bien placées^ les objets bien distribués, les effets de lumière prêts à se produire; mais point de peinture, point de magie. Diderot va même plus loin et, dans une boutade comme il lui en prenait souvent^ il s'écrie : « Si vous n'entendez que les étoffes et « rajustement, quittez TAcadémie, et faites-vous

< fille de boutique aux Traits galants, ou maître € tailleur à TOpéra. A vous parler sans déguise- « ment, tous vos grands tableaux de cette année « sont à faire et toutes vos petites compositions ne

< sont que de riches écrans, de précieux éventails. « On n'a d'autre intérêt à les regarder que celui € qu'on prend à l'accoutrement bizarre d'un étran- « ger qui passe dans la rue, ou qui se montre pour € la première fois au Palais-Royal ou aux Tuile- € ries. Quelque bien ajustées que soient vos

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€ figures^ si elles Tétaient à la française, on les

« passerait avec dédain M. Le Prince^

€ vous êtes sans idées^ sans finesse et sans âme. « — Vous pouvez, M. La Grenée et vous, vous « prendre par la main. — Les gens du Nord n'ont « ni le cœur, ni les sens glacés. Il faut que Tartiste « soit encore plus malade cette année qu'il y a « deux ans. »

Il est bon cependant de ne rien exagérer et de ne pas croire que la critique de Diderot fût toujours montée sur ce ton de mauvaise humeur. Quelques tableaux de Le Prince trouvèrent grâce devant lui et même valurent à Tartiste de la part du censeur des éloges très-chauds, ainsi le Berceau ou Réveil des enfants, où les marmots sont réveillés au son des instruments de musique : « J'aime cette manière € d'éveiller les enfants » ; puis Diderot fait un éloge chaleureux de la toile et termine par un petit horsd'œuvre philosophique provoqué par une chicane qu'il cherche à l'artiste au sujet des vêtements des pauvres : « Qu'importe que le peuple soit ignorant « et grossier. Plus instruit, plus civil, qu'y gagne- « rait-il? Ma foi, je n'en sais rien. > Nous n'avons point heureusement à répondre à une question aussi grave, mais il nous sera bien permis de dire qu'elle était au moins intempestive.

Le Concert provoque une salve d'éloges de la part du critique, qui trouve la composition char-

T^otice biographique. Sg

mante et la toile une des plus jolies du Salon. Il n'a point assez d'yeux pour admirer la femme qui est le principal personnage du tableau. Il ne se lasse point de la voir ; il est ébloui de Télégance^ de la richesse et de la variété d'ajustements qui éclate dans cette composition qui a, du reste, été gravée par Gaillard sous le titre de Concert russien. Tout cela est ravissant^ en effet, au moins dans la gra* vure^ puisque nous ne pouvons guère maintenant juger des tableaux que par les estampes. Mais il nous faut bien reconnaître que les têtes des personnages sont toujours ses parties faibles^ et que Le Prince n'ayant plus la nature russienne (comme on disait alors) sous les yeux^ se trouvait embarrassé pour les tons de chair de ses personnages. Aussi n'est-ce pas sans raison qu'on lui conseillait d'éteindre ses étoffes ou de fortifier ses têtes, ajoutant avec malice qu'en prenant le premier parti la composition sera d'accord et tout à fait mauvaise ; mais qu'en suivant le second il y aura harmonie, unité et beauté.

Le jugement que Bachaumont porte d'ailleurs sur cette exposition de Le Prince ne fait que confirmer en tout celui de Diderot.

L'année 1768 est pour Jean Le Prince une année glorieuse, surtout si nous prenons l'artiste au point de vue qui nous intéresse le plus, c'est-à-dire si nous étudions spécialement le graveur, l'aqua-for-

40 T^otice biographique.

tiste (pour nous servir du terme usité aujourd'hui), en négligeant pour un instant le peintre.

Nous avons dit que, pendant Tannée 1766, Le Prince n'avait produit aucune estampe ; que, l'année suivante, il avait publié seulement la pièce du Printemps.

Ce sommeil n'était qu'apparent, car, en 1768, l'artiste se réveille. Coup sur coup il fait paraître trois suites d'eaux-fortes de six pièces chacune qu'il intitule :

3^ Suite de divers cris de marchands de Russie ; 2^ Suite d* habillements des femmes de Moscopie.

Et 5® Suite d'habillements de diverses nations.

Il donne aussi la charmante petite pièce de VHyver pour pendant au Printemps.

Cette petite estampe fut gravée par le maître, d'après un dessin qu'il avait fait en Russie à la sanguine. Ce dessin^ qui est lui-même une petite merveille, fut supérieurement reproduit par Demarteau au moyen de son procédé de gravure à la manière du crayon dans lequel il excellait (n** 432 de son œuvre).

Quelques amateurs sérieux, M. Guichardot en tête, ont pensé que ces deux planches du Printemps et de FHyver devaient faire partie d'une suite de Saisons; mais la grande difficulté était de retrouver l'Eté et P Automne qui ne figuraient nulle part dans

C^Çotice biographique. 41

l'œuvre de l'artiste. Alors, comme toujours^ on a forcé un peu la note et on a cherché à faire rentrer dans le cadre des deux pièces connues deux autres pièces qui, malheureusement, ne mettent aucune bonne volonté à s'enrégimenter ainsi dans une troupe avec laquelle elles n'ont jamais eu rien de commun.

Parmi les pièces rarissimes que nous avons acquises à la vente de M. M. de N., qui les tenait lui-même de M. Guichardot, se trouvent en effet deux pièces que nous avons baptisées la Marchande de fruits et V Officier tartare saluant (n^ 87 et 89 du Catalogue) •

D'après les annotations que ce dernier amateur, à la compétence duquel nous rendons d'ailleurs toute justice, avait consignées sur les feuilles d'appui de ces estampes, Y Officier tartare saluant aurait représenté VEté. Pourquoi ? Probablement à cause de son geste que nous avons pris pour un salut et qui ne serait que Tacte d'un homme qui se découvre parce qu'il a trop chaud. C'est peut-être bien subtil. Quant à faire de notre Marchande de fruits la personnification de V Automne y il n'y aurait rien d'impossible en tant que sujet ; mais le malheur est que cette pièce est de beaucoup antérieure aux deux autres, d'un faire tout autre, de la première manière du graveur, que le personnage y est beaucoup plus grand , qu'enfin elle n'a rien

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de semblable, comme aspect, à ses deux sœurs. Toutefois^ il faut reconnaître que les dimensions de ces quatre pièces ne varient entre elles que d'un centimètre et demi au plus. Mais cela ne suffit pas, à notre avis, pour reconstituer une suite que l'artiste n'a pas faite. Il a voulu^ comme cela lui est arrivé souvent, faire deux pendants ; il Ta fait, et il a marqué son intention en gravant ces pièces dans le même sentiment et en les soulignant d'un titre (ce que n'ont pas les autres). N'allons pas au delà et ne cherchons point à trop prouver pour donner raison au proverbe.

Si nous ne considérions que les suites d'eauxfortes que nous venons de citer, l'épithète de glorieuse que nous avons donnée à cette période de la vie de Le Prince qui nous occupe serait exagérée ; mais, en 1768, il se produit un fait qui la justifie : c'est l'invention par notre peintre de la gravure à la manière du lavis, procédé dont il se servira uniquement à l'avenir à l'exclusion de Teau-forte proprement dite. Cette découverte exigea des tâtonnements et des essais qui nous sont révélés par quelques pièces de Le Prince, dans lesquelles on le voit chercher à rendre les fonds et les ombres autrement que par un croisement de lignes, soit par une sorte de manière noire. On reconnaît trace de ces recherches dans quelques pièces datées de 1 768 et dans lesquelles l'eau-forte domine, accen-

T^otice biographique. 48

tuée toutefois par une sorte de grignotis lavé qui n'est ni Teau-forte pure, ni le procédé pur de la gravure au lavis. Cela est visible dans le Pope, le Magicien^ la Conversation russe que l'artiste gravera une seconde fois par son nouveau procédé, r Officier et les trois soldats, pièce très-rare, et la Vertu au cabaret. Nous avons le bonheur de posséder le tableau représentant cette dernière scène pleine d'effet.

Le Prince dut atteindre presque subitement le but qu'il cherchait, car, pendant cette même année, il grave les suites d'eaux-fortes que nous avons signalées plus haut, puis les pièces d'essai dont nous venons de dire un mot, et enfin seize pièces au lavis comprenant une suite de coiffures russes dessinées d'après nature et dix autres pièces de sujets divers, parmi lesquelles il nous faut citer la pastorale intitulée : Ofortunatos nimium..., qui ne mesure pas moins de 5o centimètres en largeur, et une nouvelle réplique au lavis du Jésus dans le temple^ cette scène si bien composée et si pleine de caractère qu'il avait déjà gravée à l'eau-forte en 1760. Du premier coup, on le voit, Le Prince, qui maniait d'ailleurs admirablement le pinceau et lavait ses compositions avec une grande habileté, arrivait à des résultats surprenants. Il attaque de suite des planches très-importantes par le sujet et la dimension^ et, dès le début, il trouve la perfection.

44 O^otice biographique.

Ce procédé, nous n'en ferons qu'une analyse très-succincte, et nous renverrons le lecteur à la description de ce secret tel que Le Prince ou plutôt sa nièce le remit à l'Académie de peinture, description qui se trouve relatée dans V Encyclopédie méthodique, édition de 179 1, et que nous avons fait réimprimer à la suite de cette étude. Pour donner une idée de ce* procédé, nous allons esquisser un aperçu rapide des opérations nécessaires pour graver au lavis sur cuivre.

La manière de graver au lavis consiste d'abord à tracer les contours de son dessin à la pointe, puis à faire mordre le trait à Teau-forte, ensuite à laver à Tencre et enfin à faire mordre le lavis.

Pour la première opération, on vernit la planche, on grave le trait à Teau-forte par le procédé ordinaire. Cela fait, on nettoie la planche et on vernit à nouveau. Ensuite, avec un pinceau que Ton trempe dans une encre spéciale qui a la propriété de dissoudre le vernis, on lave toutes les grandes masses d'ombre. Ensuite, au moyen de vieux linges fins, on essuie adroitement cette encre et on dégraisse la planche avec de la poudre à poudrer. Une fois le cuivre sec et nettoyé, on répand dessus avec un tamis de la résine pulvérisée très-fin, de façon que cette poudre couvre bien uniformément la planche, que Ton fait chauffer ensuite jusqu'à ce que cette poudre se soit transformée par la fusion en un ver-

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nis poreux. On laisse ensuite refroidir, et c^est seulement lorsque ce résultat est obtenu que Ton fait mordre à Teau-forte ; Tacide pénètre ce vernis poreux seulement aux places où le pinceau a passé et attaque le cuivre uniformément de façon à imiter un lavis. On nettoie à nouveau la planche^ et, si Ton veut produire des tons plus vigoureux ou accentuer des détails, on recommence la même opération jusqu'à ce qu'on soit arrivé au résultat que Ton veut obtenir.

De toutes les estampes gravées par Le Prince à la manière du lavis, il y a beaucoup d'états. Les premières épreuves sont non terminées, ce sont des épreuves d'essai; puis viennent celles tirées avant la lettre et enfin celles avec le titre dans la marge. Les plus belles sont presque toujours tirées au bistre, quelquefois à la sépia. Quant aux épreuves imprimées à Tencre de Chine, elles sont rarement belles. Les tirages modernes, car les planches doivent exister encore, sont déplorables.

Le Prince s'empressa de présenter à l'Académie les estampes gravées d'après son nouveau procédé, qui fut fort goûté, ainsi que le constate le procèsverbal suivant :

Du Lundi 28 Janvier 1769.

Estampes de ht le W Le Prince, peintre académicien, a Prince, gravées exposé des estampes imitant les dessins lavés par un nouveau à Pencre de la Chine ou au Bistre, qu'il a procédé qui est gravées par un procédé nouveau de son inapprouvé. vention, différent de tous ceux qui ont été

46 T^otice biographique.

tronvés jii9i]u*à présent» m moyen diu|ncl tout dessinateor, rdathremcnt à son d^ré de talent, peut exécuter sur le cuÎTre le dessin qu'il se propose de rendre avec presque autant de promptitude que le dessin même.

UAcadémie a Eût compliment à M' le Prince, sur cette découverte utile, qu'elle a fort approuvée.

Dans ses Artistes /rançais du xviii* siècle oubliés ou dédaignés^ M. Bellier de la Chavignerie dit que r Académie lui acheta, en 1769, son procédé. Cest une erreur, comme nous aiux>ns occasion de le prouver plus tard, car ce n'est qu'après la mort du peintre que sa nièce le vendit à cette Compagnie.

En 1 769, Le Prince continua activement d'exploiter son invention. Parmi les quinze estampes qu'il publia cette année, il faut citer ses deux Grandes Pastorales , la Danse russe ^ les Barques et le Berceau qu'il grava deux fois en sens différent.

Une de ces deux dernières planches ne dut fournir qu'un tirage très-restreint , car nous n'en connaissons qu'une épreuve qui est dans la collection de M. Meaume.

Au Salon de cette même année, Le Prince exposa cinq tableaux et vingt-neuf estampes au lavis. Ses toiles ne lui valurent que des boutades de la part de Diderot, qui lui reprocha d'avoir forcé les portes de TAcadémie par un bon morceau et de s'être ensuite

T^otice biographique. 47

arrêté court. Tous les critiques du temps le plaisantèrent aussi sur une note insérée au Livret et relative à une de ses toiles représentant un Caback ou espèce de guinguette des environs de Moscou. En revanche, les éloges ne lui furent pas marchandés pour ses gravures au lavis qui se produi* saient pour la première fois en public. Ce n'était, du reste, que justice.

Encouragé par le succès, il donna une suite de six vignettes gravées par ce procédé pour illustrer un ouvrage de Coqueley de Chaussepierre, qui parut en 1770. Ce drame, intitulé le Roué vertueux^ est la composition la plus insensée que nous connaissions. Les quatre chants ne se composent absolument que de mots sans suite séparés les uns des autres par un nombre infini de points et de virgules. Malgré cela, cette petite brochure se vend trèscher, peut-être à cause des planches qui ne sont pas signées.

Cette année 1770 ne dut pas être bonne pour sa santés car en dehors des vignettes du Roué vertueux, Le Prince ne grava que trois pièces : le Joueur de chalumeau^ le Poète et le Janissaire polonais. Il ne dut guère peindre non plus, car il n'exposa, en 177 1, que cinq tableaux^ un Médecin, un Géomètre, l'Intérieur d'un cabaret, des Baigueuses et des bambochades. Si la quantité ne s'y trouvait points il paraît que la qualité ne laissait

48 ChÇotice biographique.

rien à déârer^ car les louanges furent unanimes. Diderot est enchanté du Médecin, € tableau fort c remarquable et qui fera toujours honneur à son € auteur. »

Il compare le Géomètre à un Rembrandt, tout en ajoutant que le maître c est inébranlable à son € poste. » Bachaumont trouve^ dans ï Intérieur de cabaret, c toute la gaîté des peintres flamands »^ et proclame que le peintre € est digne d'être critiqué^ € parce qu'il est aisé de lui payer en louanges € l'équivalent de la censure. »

Les auteurs de la Lettre de Raphaël le jeune à un de ses amis et de la réponse de VOmbre de Raphaël y ci-devant peintre de V Académie de Saint-^ Luc y à son neveu Raphaël, élève des écoles de dessin, apportent aussi à Tartiste leur tribut de compliments.

Le succès du Salon lui valut^ Tannée suivante^ de monter en grade à TAcadémie, ainsi que l'atteste l'extrait suivant du huitième registre des procèsverbaux de la Compagnie :

Du Samedi y Mars 1 772 • M. Le Prince, En ouvrant la Séance l'Académie a pro-

peintre cédé à remplir la place de Conseiller vacante

nommé Conseiller, par le décès de M' Tocqué, M' Le Prince,

peintre académicien, a été nommé à cette place.

A Tannée 1771, il faut rattacher toute une série de gravures (quatorze environ) , très-réussies> telles

V^otice biographique. 4g

que le Cabaret ambulant, la Cascade, la Ferme, les Pêcheurs^ les Filets, les Laveuses^ etc.; mais nous devons foire une mention spéciale d'une grande pièce dans laquelle les personnages ont une dimension inaccoutumée . Intitulée le Repos, elle repré-sente une jeune fille endormie sur son lit et surprise par ses parents^ qui^ en voyant le désordre de ses vêtements, comprennent vite ce qui s'est passé. L'artiste prend soin^ d'ailleurs, de nous instruire à cet égard en posant sur le premier plan quelques œufs cassés près d'un panier renversé. Ce sujet avait déjà été peint par Le Prince, qui l'avait exposé en 1767. Diderot l'avait félicité d'avoir cherché un effet piquant; mais lui avait reproché de ne point assez faire comprendre la scène qu'il représentait^ € de n'être point vrai dans son technique^ ni clair € dans sa composition. » Puis, ne pouvant laisser échapper une si belle occasion^ il se livre à des réflexions très- égrillardes sur la posture delà jeune fille, et ajoute^ pour s'excuser, le sournois : «Voyez, € M. Le Prince, quand on est obscur, combien on < fait imaginer et dire de sottises. » Enfinil conclut, et nous adopterons la même solution pour notre estampe, « que ce morceau l'emporte à tout prendre € sur les autres du même artiste ; qu'il est certai- « nement plus soigné, mieux peint et plus fini. »

Débarrassé de la préoccupation de la découverte de son procédé, Le Prince chercha un nouvel ali-

5o T^otice biographique.

ment à son activité. Il se mit en quête d'un sujet qu'il pût traiter avec compétence, et se livra à la composition d'un Traité de paysage dont il commença la lecture à l'Académie le 9 janvier 1773, lecture consignée dans le procès-verbal suivant :

Du samedi 9* janvier 1773.

Lecture par M. Le Prince, Conseiller de Tacadémie,

M. Le Prince d*un a commencé la lecture de la première par-

traité sur la petn' tie d'un traité de sa composition sur la

ture dans le peinture dans le genre du paysage ; La

genre de passage. Compagnie lui en a témoigné sa satîs-

ÊLCtion.

Il est probable que cet ouvrage (qui n'a jamais été publié, croyons-nous) était, sous une forme plus littéraire, la reproduction d'un Traité de paysage, gravé en quatre cahiers de 4 planches par Demarteau, à la manière du crayon. Chaque feuille contient dans la marge un texte qui explique les modèles de croquis donnés à l'appui de la théorie. Le Département des estampes à la Bibliothèque nationale ne contient que deux de ces cahiers; mais dans le catalogue de la collection Paignon-Dijonval, sous le n*" 9229, nous trouvons ces quatre cahiers mentionnés avec l'indication que chaque livre se compose de quatre feuilles. L'assertion de Bénard est exacte, car nous possédons ces seize feuilles de principes de paysages. Il est très-rare de trouver ces quatre recueils complets.

T^otice biographique. 5i

Absorbé dans ses nouveaux travaux ou empêché par la maladie^ Le Prince ne produit plus que peu d'eaux-fortès au lavis. En 1772, il ne donne que le Marchand de gâteaux et la Halte de Calmoucks; et, en 1773^ quatre pièces seulement sont publiées : les Bateaux russes, la Vue des environs de Nerva, le Cabaret de Moscou et le Coche Seau.

La réputation du maître allait toujours en augmentant ; elle suivait d'ailleurs la même progression que son talent. Au Salon de 1773, il expose^ comme Conseiller^ plusieurs tableaux sous quatorze numéros^ et toutes ces toiles appartiennent à des amateurs qui portent les plus grands noms de France, à Mgr le duc de Chartres, à M. de la Fertë, contrôleur des menus plaisirs du Roi^ aux comtes Strogonoff, de Bezenval et de Choiseul-Gouflfier, au duc de Praslin, au baron de Breteuil, ambassadeur de Naples, etc. Aussi la critique ne tarit pas d'éloges sur la Consultation, le Marchand de lunettes t qui a eu les honneurs de la gravure, la Mère surprenant les secrets de sa fille, « tous < sujets pleins de vie et d'esprit, qui raniment, € fixent sans cesse le spectateur, toujours excité par € un nouveau plaisir. » Bachaumont félicite le peintre d'être encore plus fécond cette année en idées ingénieuses, d'occuper, d'intéresser et de donner à penser. Le Prince expose aussi pour la première fois des paysages peints d'après nature^ et

52 T^otice biographique.

il réussit à ce point que le critique (ou plutôt son continuateur) dit que son coup d'essai est un coup de maître et que Tartiste lutte contre M. Vemet lui-même.

Quoi qu'il en soit^ Jean Le Prince est certainement en progrès^ car nous trouverons aux expositions prochaines ses tableaux les plus célèbres. Du reste, il est tout à la peinture ; il ne grave plus ou trèspeu; il lui faut deux années (1774 et 1775) pour publier la petite suite des Sens, dont les cinq pièces étaient probablement destinées à illustrer un ouvrage que nous n^avons pu découvrir^ à moins que le graveur n'ait voulu tout simplement faire une suite sans texte, comme beaucoup d'artistes Tont fait souvent^ ce qui est encore très-possible.

En 1775^ Le Prince expose sous huit numéros et voit encore grandir le succès qu'il avait obtenu deux ans auparavant. La couleur charmante et les tons harmonieux de r Avare enchantent Diderot, qui, devant le Nécromancien, s'écrie : € Divin! t divin! la tête m'en tourne ; c'est encore à désoler, < c'est la couleur la plus séduisante. Et sa petite « femme, voyez donc sa mine ! En concevez-vous 4t une plus gracieuse ?» Il en arrive même à trouver que ses petites figures sont peintes avec esprit, peut-'être avec trop (téclat. On se rappelle qu'il faisait en 1765 le reproche contraire. Comme paysagiste, Le Prince est un très-habile homme ;

T^otice biographique. 53

suivant \m, il t|ent le premier rang, il est dans la vraie route et ne doit pas en sortir.

Quant au continuateur de Bachaumont, c'est r Avare qui le transporte et dont il trouve le caractère fortement exprimé par son action. « Il est € entouré de sacs remplis d'espèces : il en serre un < d'une main, il compte de l'argent de l'autre^ il € semble en ramasser avec ses pieds. J'aurais désiré « qu'il Teût couché dessus, qu'il l'eût enterré dans € son or. »

La Lanterne magique aux Champs-Elysées est peut-être moins louangeuse, mais l'auteur des Entretiens sur V Exposition des tableaux de fan-née 7775 ne craint pas de l'appeler le Rembrandt et le Ruisdaël de nos jours. C'était peut-être aller un peu loin, mais cette exagération même donne une idée assez exacte du charme répandu dans les productions de notre artiste.

Malheureusement, si le talent et la réputation croissaient, la maladie elle aussi augmentait et forçait Le Prince à acheter une maison de campagne à Saint-Denis-du-Port, près Lagny. Cette acquisition, dont nous donnons plus loin in extenso le contrat , eut lieu le 6 septembre 1775, devant ^ M* GiUet, notaire à Lagny .

Nous en trouvons la mention dans la lettre suivante, datée du 3 août 1776, que Le Veau^ le graveur, adressait à M. Haillet de Couronne,

54 T^otice biographique*

secrétaire perpétuel de l'Académie de Rouen et lieutenant général criminel au bailliage de Rouen^ et dont nous ne donnerons qu'un extrait (la lettre ayant déjà été publiée dans notre Notice biographique de ce graveur) :

J'ai désiré finir la planche que je gravois, pour

M. le prince, enfin de vous l'envoyer, avec ma notte; je oontois que cette planche ceroit finis pour la fin d*avril, mais M. le prince m'ayant retarde les retouche, par diférant voyage qu'il a fait, à une maison de campangne qui a achettée cette année ; a retardé ma planche jusqua mercredi de cette semaine ; et pour comble de poine il ne la veut mettre au jour qu'avec le pandanr, que l'on ne fait que commencer ; et que je craint qui ne dur plus dune année.

La planche dont parle Le Veau dans cette lettre est la belle estampe ayant pour titre le Corps de garde et qui est la reproduction d'un des meilleurs tableaux de Le Prince. Le peintre fut si satisfait de son interprète qu'il lui donna 200 liv. de gratification en sus du prix convenu. Nous trouvons ce renseignement dans le post-scriptum de la lettre de Le Veau dont l'original est aux archives de l'Académie de Rouen. Voici ce post-scriptum dans toute sa naïveté :

je croirois manquer Monsieur à vos bontés si je ne vous fesois part de ma satis&ction. Mon*' le prince a paru si sadsâdt de moi tant par mon ouvrage que par mon exatitude ma promis de me donner 200 liv. de gratification et me recommandant de nen parler a personne dans la crainte que cela ne vienne au aureille de ceux qui grave pour lui et qui pourait lexiger.

7^0 H ce biographique. 55

Le tableau que Le Prince fit graver par Née, pour faire pendant au Corps de garde^ représente une scène d'enrôlement. L'estampe a pour titre V Amour jie la gloire. Cette composition a, du reste, été reproduite sur bois dans V Histoire des peintres de M. Ch. Blanc^ mais sous le titré erroné de Corps de garde. Le Veau avait bien raison de craindre que la gravure de Née ne demandât plus d'une année. Elle ne fut publiée, en effet, avec son pendant, qu'en l'année 1778, c'est-à-dire deux ans après. L'original est au Louvre.

Le Veau n'est pas le seul graveur normand qui ait interprété Le Prince ; Noël Le Mire a aussi gravé d'après lui la Crainte, tableau appartenant alors à M. le duc de Liancourt. La composition représente une femme couchée dans un lit et effrayée par quelque bruit ; son petit chien aboie après l'importun que l'on ne voit pas. JPeut-être l'estampe ne se vendait-elle pas au gré des artistes; alors, pour accentuer l'intérêt de la scène, on ajouta dans les rideaux du lit la tête d'un amant qui se cache. Les premières épreuves de la gravure sont avant cette tête. Nous ne savons si le changement fut également opéré sur le tableau ; nous avons tout lieu de croire que cette addition fut faite seulement par Le Mire^ car l'estampe porte l'adresse d'un logement que ce dernier n'occupa que de 1 782 à 1792, c'est-à-dire après la mort du peintre.

56 T^otice biographique.

Au Salon de 1 777, Le Prince exposa onze tableaux sous huit numéros. Parmi ces toiles, on compte huit paysages^ dont trois représentant des vues prises à Lagny^ près de sa nouvelle maison de campagne, une étude de vache d'après nature^ la Crainte qui, nous venons de le dire, fut gravée par N. Le Mire, et enfin un Corps de garde de quinze pouces de haut sur un pied de large. Ces dimensions restreintes nous font penser que c'était une réplique réduite du tableau gravé par Le Veau. N'ayant point trouvé de critiques sur ce Salon, nous ne pouvons dire quelle fut l'impression du public sur les œuvres exposées.

Les choses allaient mal pour Jean Le Prince^ qui était obligé de rester à se soigner à sa maison de campagne de Saint-Denis-du-Port ; la maladie s'aggravait tous les jours, paralysait son travail et affaiblissait son courage. Les soins de Marie- Anne étaient impuissants à ramener au logis de son oncle l'aisance et la santé. La situation devint telle qu'il dut même recevoir des secours du Roi, si nous en croyons la lettre suivante adressée probablement au Directeur des bâtiments du Roy, qui était alors M. le Comte de la Billarderie D'Angiviller :

Monsieur

Il n'y a que ma vive reconnoissance qui puisse égaler vos bontés. Vous venés de diriger vers moi la main bienfesante de Sa Majesté, mais je regarde cette faveur moins comme un bon-

7>Çfltice biographique. 5j

near que j'aurois pu mériter que comme un e£fet de cette générosité qui vous est si naturelle, et qui vous fait découvrir et prévenir les besoins des artistes jusque dans le sein de leur retraite. Vous avés deviné les miens Monsieur, malgré que mon amour propre cherche à les cacher^ et se plaise à laisser beaucoup de personnes me croire fort à mon aise, sans Êiire reflection que la mort presque toujours le bras levé sur moi me dérobe les trob quarts du temps que je pourrais employer à tirer parti de mes Êiibles talens.

Une crise de ner& que je viens d'essuier me laisse dans une si extrême foiblesse que je commence à peine à pouvoir me promener autour de ma maison.

Agréez donc Monsieur sil vous plaît dans ce moment cy mes sincères remerciemens par cette lettre, et Élites moi Thonneur de me croire avec la reconnaissance, etc..

Monsieur

Votre très etc....

Le Prince

a St Denis du Port, près Lagni le 12 juin 1778.

Comme nous, le lecteur trouvera que cette lettre est poignante ; mais ce que^ comme nous aussi, il jugera plus navrant encore, c'est l'article suivant que le continuateur de Bachaumont écrit à propos des œuvres de Le Prince exposées au Salon de 1779:

U serait grand besoin, Monsieur, de pareils débutants -et il en faudrait beaucoup de cette espèce pour remplacer M. Le Prince que nous sommes menacés de perdre. Cet artiste à la fleur de rage, trop livré aux plaisirs et déjà recueillant les fruits amers d'une vie licentieuse que fevorise sa profession, est attaqué de vapeurs, de vertiges, est dans un état d'épuisement qui &it désespérer qu'il puisse jamais reprendre la palette. Sa fécondité lui a Élit heureusement produire avant sa nullité de quoi nous amu-

58 7>Qotice biographique.

ser encore cette année; car il est toujours spirituel et piquant. Des paysages riants où le goût de la belle nature se retrouve sans cesse, occupent les connaisseurs tandis que des scènes folâtres ravissent la multitude. On ne se lasse point d'étudier ses Marionnettes du plus joli détail, ses Joueurs de boule, ses Joueurs de petit palet. Dans son Cabaretier qui vient avertir un voyageur que son cheval est prêt^ un autre se serait contenté de bien rendre ce sujet simple; M. le Prince y a jeté un incident qui le relève, et fixe les regards dès qu'on l'aperçoit ; c'est que l'aubergiste trouve le cavalier caressant sa femme ; saillie charmante, exprimée avec toute la finesse du pinceau de cet aimable artiste. Heureusement, Monsieur^ tout se compense; pour nous dédommager de la perte de M. le Prince, deux autres confrères qu'on regrettait au Salon dernier reparaissent aujourd'hui ; il est à espérer que Paris fixera enfin leur légèreté, ce sont MM. Casanova et Loutherbourg.

Eh bien, monsieur Tauteur, votre critique est tout simplement écœurante et votre place n'était point d*étre chroniqueur, mais bien attaché aux pompes funèbres. Au moins là vous n'auriez enterré les gens qu'après leur mort. Dieu merci ! la critique contemporaine est mieux élevée et^ parmi nos Salonniers, on n'en trouverait pas un qui consentirait à ouvrir ainsi un cercueil devant un mourant et à prendre d'avance la tête du convoi d'un artiste, un an et demi avant que la mort n'ait achevé son œuvre.

Il est à croire que Le Prince n'eut jamais connaissance de pareilles aménités et que sa nièce réussit à écarter de la vue de l'artiste de semblables ignominies.

T^otice biographique. Sg

Quoi qu'il en soit, il est certain que la situation du peintre devenait de plus en plus précaire, et que, n'ayant plus la force de travailler, la pension que lui faisait le Roi ne pouvait suf&re à ses besoins. Il fallait donc absolument se créer des ressources, et c'est alors qu'il songea à vendre le secret de son procédé de la gravure au lavis.

Pour arriver à ce but, il dut s adresser à la direction des bâtiments, et il trouva dans l'architecte Heurtier, inspecteur des bâtiments, un négociateur dévoué, sinon heureux, ainsi que le témoigne la lettre suivante adressée au directeur alors en exercice :

Monsieur Le Comte.

Lorsque j'eus Thonneur de vous entretenir dernièrement du secret de M. Le Prince de graver dans le goût du lavis, je n'en parlai alors que comme d'une découverte qui m'avait paru merveilleuse et que je n'avais pas encore examiné sous tous ses rapports utiles. Depuis il m'est venu dans l'idée que l'architecture pourrait peut-être en tirer le plus grand avantage ; j'ai sçu que je n'avais pas été le premier à le penser. Quoiqu'il en soit, j'ai rhonneur de vous soumettre les reflexions que j*ai fiiites à ce sujet.

M. Le Prince assure positivement qu'on peut graver aussi rapidement avec son secret que si l'on dessinait ; que l'opération est la même et que celui qui sait dessiner est en état, suivant son procédé, de graver sans étude particulière.

M. Le Prince assure encore qu*il a proposé de donner son secret pour 23,ooo liv. D*après ces deux assertions que je suppose vraies, ainsi que vous pourries faire vérifier. Monsieur le Comte, cette somme de 23,oop liv. une fois payée épargnerait à l'admi-

6o T^otice biographique.

nistration une dépense annuelle de plus de 8 à 10,000 Ihr. qu'elle serait obligée de payer pour monter le bureau des dessinateurs copistes, s'il arrivait que le projet de la reconstruction du Château eut lieu, ou que vous voulussiés rendre conformes tous les plans des châteaux et maisons royales et £ûre Cuire des copies convenables de tous ces plans. Vous n*auriés besoin alors dans votre bureau des dessinateurs que de gens instruits qui seraient chargés des originaux et feraient pour le besoin une ressource de sujets en état de travailler. Au moyen de la presse on multiplierait les copies des plans autant que le besoin l'exigerait. Je n*étends pas davantage mes réflexions à cet égard parce que l'avantage du secret de M. Le Pnnce, si je ne m'abuse pas, est trop sensible pour n'être point remarqué au premier coup

d'oeil.

J'ai l'honneur d'être. . . .

Heurtier.

Versailles le 22 mars 1780.

En tête de cette lettre se trouve cette note de Montucla^ premier commis des bâtiments :

M. Le Comte à qui j'ai remis cette lettre sous les yeux m'a dit que 2 5, 000 liv. pour l'achat du secret de M. Le Prince étoit ime somme bien considérable, qu'il &llait voir, etc. Pendant ce temps M. Le Prince s'est retourné d'une autre manière et a proposé par souscription un ouvrage sur sa nouvelle gravure au moyen duquel le public, et non les Bâtimens seuls, fera probablement la dépense nécessaire pour la publication du secret de M. Le Prince.

Voici du reste le mémoire que Le Prince avait remis à Tappui de la demande qu'il faisait à la Direction des bâtiments pour la cession de son secret :

Le Prince pénétré de la plus vive reconnoissance sur les espérances flateuses que fui a donné Monseigneur le Contrôleur

V^otice biographique. 6i

Général ose le suplier de déveloper envers lui son généreux penchant à encourager les efforts de ceux qui travaillent à mériter sa bienveillance.

Il est prêt à dévoiler le secret de cette découverte de gravure si utile pour les artistes les plus célèbres qui la désirent avec impatience.... Elle servira à mettre au jour les plus beaux dessins des grands maîtres et à communiquer par là cette flâme de génie ^ nécessaire aux progrès des beaux-arts.

Ce procédé qui donne la plus grande fiicilité pour exécuter toutes sortes de genres de desseins, est aussi d'une œconomie considérable dans les départements où il Êiut indispensablement multiplier les desseins et les planches gravés.

La bonne foy et la délicatesse de Le Prince ne lui permettent pas de s'étendre davantage sur les avantages réels de cette méthode. Il suplie Monseigneur le Contrôleur Général de consulter sur cela M. de Trudaine, M. Peronet. M. Soufflot et M* Pierre.. .

Il espère qu*en récompense de son zèle, et de cet utile procédé, il lui sera accordé une fois payé, la somme de vingt cinq mille livres, et s'il n'etoit pas possible de lui âiire cette grâce, il en accepteroit la rente viagère qu'il regarderoit comme un juste salaire de ses travaux, et un dédommagement de ce qu'il perdra en communiquant son secret.

Au-dessus de ce mémoire M. Cuvillier^ commis des bâtiments^ a écrit la note suivante :

Au travail du 6 avril, M . le D. G. a rejette la proposition comme excédant toutes les bornes dont l'objet pouroit être susceptible.

Sera écrit pour annoncer le refus.

La réponse très polie, est au 2« feuillet du mémoire.

M. J.-J. Guiffrey^ qui nous a si obligeamment procuré copie de ces pièces» n'a pu nous donner cette réponse.

62 tJ^otice biographique.

Ainsi qu'on Ta vu par la note de Montucla, Le Prince, en présence du refus de ladministration, eut recours à une autre combinaison. Il fit appel au public et déposa, le lo juillet 1780, chez M* Lesacher, notaire à Paris, à Tappui de la souscription qu'il ouvrait pour la publication d'un ouvrage qui devait contenir la divulgation de son procédé de gravure au lavis, un prospectus que nous donnons tout au long à la suite de cette notice.

Cette souscription n'eut pas plus de succès que les sollicitations adressées à l'administration, car l'ouvrage ne parut jamais.

Le Prince ne se trouvait pas au bout de ses ennuis, car, outre le désagrément de ne pouvoir tirer profit de sa découverte, il eut encore la contrariété de se la voir contester par un sieur Boizot, ingénieur. Nous trouvons sur le 9* registre des procès-verbaux de T Académie la trace de cette contestation qui se termine du reste à l'honneur du peintre :

Du samedi 3o septembre 1780.

Le Secrétaire a £ût lecture d'une lettre de

Lettre M. Le Prince, conseiller de cette Académie en

de date du 27 de ce mois par laquelle il réfute une

Mr Le Prince, lettre qui lui a été envolée et écrite par la dame

épouse du sieur Boizot, ingénieur, pour revendiquer le secret de la gravure en lavis qu'elle prétend être celuy de son mary. M' Le Prince, a qui le S' Boizot a communiqué son procédé, proteste que celui qu'il propose par souscription

V^otice biographique, 63

n'est pas celui du Si* Boizot. Il assure en outre ce prétendu secret est impraticable. Il conclut par suplier la Compagnie de donner acte de sa déclaration formeUe. L* Académie a reçu sa déclaration et le Secrétaire lui délivrera l'extrait des Registres sur cet effet.

Du samedi 7 octobre 1780.

Le Secrétaire a fût lecture d*une lettre de

Lettre de M. Boizot fils académicien dans laquelle

de M. Boizot fils, il témoigne sa sensibilité sur quelques expres-

Académicien sions vives de la lettre de M' Le Prince, lue à

en réponse à celle la dernière Assemblée relativement à la dis*

de cussion élevée entre la dame Boizot sa belle

M^ Le Prince, sœur et M r Le Prince. Il y annonce que

d'après le désaveu formel de Mr Le Prince, la querelle est terminée, et que les prétentions de sa belle-sœur tombent d'elles mêmes.

Le terme des tribulations et des souffrances arrivait à grands pas. Cependant Le Prince envoya encore quelques-unes de ses œuvres au Salon de 1781. Il exposa plusieurs tableaux sous deux numéros.

Dans une critique du temps intitulée : Jugement surnos peintres et sculpteurs, Philadelphie^ 1781, Fauteur s'exprime ainsi :

CLÉOPHILS.

Et qu'allez vous voir daqs Monsieur Le Prince ?

SAINT CYR

Non pas le Prince du talent.

64 tjh^otice biographique.

CLiOPHILB.

Mais du moins un peintre charmant ?

SAINT CYR

Madame, son pinceau n^est il pas un peu mince ? Je ne lui trouve point assez de naturel.

CLÉOPHILB.

Vous oubliez qu'il fait très bien le paysage.

SAINT CYR

Oui, très bien un feuillage :

Et mal une figure, un Ciel.

Voilà ce que j'en pense.

Je lui reproche encore trop de réminiscence; Comme amateur, enfin son mérite est réel.

CLÉOPHILB.

Ah, votre vertu ÙLVonxc

Est de n'être content de rien !....

On nous excusera de citer cette critique dont la forme ne vaut pas mieux que le fond^ mais nous avons voulu ainsi donner une idée des petites brochures qui paraissaient tous les deux ans et qui avaient la prétention de juger nos artistes.

A vraidire^ les seuls critiques sérieux de l'époque étaient Bachaumont et Diderot. Ce dernier fit aussi le Salon de 178 1, qui ne parut point de son vivant, mais seulement de nos jours, en iSSj, dans la Repue de Paris. Bachaumont garda le silence, il avait enterré Le Prince deux ans auparavant.

7^0 tic e biographique. 65

Dans son Salon^ Diderot commence par annoncer la mort de Le Prince survenue dans Tentrefaite^ puis il porte sur cet artiste le jugement suivant^ empreint d'une certaine justesse :

Si ses compositions manquent souvent de sagesse et de régularité, elles se distinguent presque toutes par un caractère original et spirituel ; sa touche brillante et légère a un charme qui ne permet pas d'en apercevoir les dé&uts ou qui les lui fiiit pardonner.

Puis il fait Téloge des Joueurs de boule qu'il trouve très-jolis^ d'une belle couleur et aussi charmants que le sujet le comporte^ et du Ménage ambulant y auquel il reproche toutefois de ne pas être d'un effet assez tranquille, et de présenter une multitude de petites choses qui pétillent^ quelquefois des figures qui pourraient être mieux dessinées.

Ces quelques tableaux furent le dernier effort de l'artiste, qui mourut à Saint-Denis-du-Port le 3o septembre 1 781, à six heures du matin, ainsi que le constate l'acte de décès et d'inhumation suivant :

Le Premier Octobre, Jean-Baptiste Lk Prince, 10 Peintre du Roy, et Conseiller de son Académie

D Royale de Peinture, Sculpture et Architecture, âgé

Le Prince de quarante sept ans, veuf de Damoiselle Marie Ju Bit. Guitton, son épouse, décédé la veille en sa maison a été inhumé au cimetière commun de cette Paroisse, en présence de François Le Prince, son frère, Premier Musicien du G>ncert de Rouen, Jean-Baptiste- Jude Charpentier, Maître de langues de l'Académie

66 T^otice biographique.

Impériale des Sciences de St Pétersbourg, son beaufrère, et autres qui ont signé

> Omethbs architecture Charpentier Le Prince

Lbfebvre Ramard

AUSONNB

p. j. Abry Curé de St Denis du port

Le jour du décès> M"* Le Prince écrivit à Pierre, alors directeur de l'Académie^ pour lui notifier la mort de son oncle. Pierre transmit le billet au contrôleur général des bâtiments avec cette lettre :

Monsieur Le Comte,

M. Le Prince mourut hier à six heures du matin, et Cest une vraye perte pour l'Art. Sa mort laisse vacante une Pension, un Logement dans le Louvre, et une place de Conseiller à PAcademie. J'ai Thonneur, pour le présent, de vous rappeler les Espérances que vous avez laissées pressentira M. Bachelier pour le Logement.

Ci-joint un Billet de cette malheureuse Mad«u« Le Prince, sa Nièce, qui a sacrifié toute sa jeunesse pour le soigner, sans pouvoir cultiver ses talens pour la Peinture, et peut être sans aucunes espérances, quoiqu'elle soit dans la classe des personnes remplies de mérite à toute sorte d'Egards.

Je ne suis pas assez au fait du Logement vacant pour entendre ce qu'elle demande.

Vous avez eu la bonté. Monsieur le Comte, de promettre à M' Mouchy un a compte sur ceux de ses ouvrages qui ne sont

I Ces mots ne doivent pas être une signature. Ils sont illisibles, mais paraissent être de récriture du curé Abry et non de celui qui a dressé l'acte. Peut-être une note.

V^otice biographique. 67

pas dans la classe de ceux d'Emulation, tels que la copie de L'Amour de Bouchardon et les Bustes repaies pour M. de Marigny ; Les Mémoires sont fournis.

M . Vincent tous suplie aussi de le tirer d'un embarras momentané ; il lui est dû la Copie du Président Mole dont le Mémoire est fourni. M. David Agréé profite de la circonstance d'un voyage de M. Sauvage en Flandres, pour voir cette belle Ecole pendant un mois ; comme on ne peut qu'aplaudir à cette démarche, Je vous suplie, Monsieur Le Comte, de lui donner un congé ; une Lettre de quatre mots de vous suffira.

Je n'ai point l'honneur de vous envoyer le détail de ce qui s'est ûit samedi à l'Académie, parce que Ton n'a fiedt qu'y entamer les conférences sur les nouvelles couleurs dont vous aves été informé.

Je reviens à M. Le Prince envers lequel vous serez dans le cas d'exercer vos bontés, s'il ne s'y trouve pas d'obstacle.

Je sub. Monsieur le Comte, dans des souflfrances telles que je ne puis dicter que ces alinéa.

Agréez, etc. • • .

Paris ce i«' 8ï«« 1781.

Monsieur le Comte n'oubliera point ses vues pour M. Beaufort. M. Pierre le supplie de les &ire pressentir.

Sur la lettre de Pierre on trouve cette note en forme de réponse :

M. le Comte m'a dit qu'il avait besoin de'causer de cela avec M. Pierre, ce qu'il feroit la première fois que led. M. Pierre viendroit à VersaiUes.

L'Académie mentionna le décès sur son procèsverbal de la première séance qui suivit :

Du 6 Octobre 1781.

Mort de En ouvrant la séance le Secrétaire a notifié

Af. Lt Prince, la mort de M^ Jean Le Prince, Conseiller de

68 thÇotice biographique.

cette Académie, décédé le 3o de ce mois, en sa maison de S^ Denis du Port près Lagny sur Mame dans la 46* année de son âge.

Le Prince mourait à six heures du matin. Â sept heures M"" Bureaux» procureur au bailliage de Lagny ^ agissant au nom et comme mandataire de Marie- François Le Prince, frère du défunt^ qui lui avait donné pouvoir à cet efifet dès le 24 juillet 1781, présentait requête au bailli Aublan, pour obtenir de ce dernier l'apposition des scellés sur le mobilier garnissant la maison de campagne de Tartiste. Dès sept heures et demie du matin^ on procéda à cette opération.

Dans le préambule du procès-verbal^ le bailli s'exprima ainsi :

Quêtant y aurions trouvé Gissant sur la paillasse le

corps mort dud. S^ Jean B^e Leprince, et après aspersion d'eau bénite et prière accoutumée, avons procédé à notre apposition de scellés ainsy qu'il suit :.....

Le 20 février 1781, Le Prince avait fait un testament olographe par lequel il instituait sa nièce Marie- Anne sa légataire universelle, et nommait pour son exécuteur testamentaire le sieur Luce, son cousin, greffier au Parlement. On trouvera cette pièce au chapitre des documents que nous avons fait imprimer plus loin.

Les 25 et 26 octobre 1781 , on procéda à la levée des scellés apposés à Saint-Denis-du-Port ; mais on dut appeler, outre les héritiers, sept habitants de

Notice biographique. , 69

Lagny, créanciers de Le Prince, qui avaient fait opposition à ce que cette opération eût lieu hors leur présence.

L'inventaire fut dressé en même temps par M* Lemoine et Lesacher, notaires à Paris ; ces mêmes officiers ministériels inventorièrent également le mobilier repo3té au logement du Louvre. Cette opération eut lieu les lo, 12, i3, i5, 16, 17, 22, 23, 25 et 26 octobre 1781 .

Après le décès, M"" Le Prince voulut élever un monument à la mémoire de son oncle, probablement dans une chapelle de Téglise de Saint-Denisdu-Port. Pour cela elle s'adressa à Pajou, qui avait été Tami du peintre^ et occupait au Louvre un logement voisin de celui que ce dernier avait habité.

Pour obtenir la perpétuité de ce monument, elle n'eut qu'à en faire la demande à un sieur Pellier, alors seigneur du fief dont dépendait la chapelle, et ancien ami du défunt.

Pajou s'empressa de consacrer à la mémoire de son ami un médaillon dans lequel Le Prince est vu de profil, médaillon qui fut fixé contre le mur de la chapelle, et qui depuis est passé, on ne sait par quelles vicissitudes, dans le cabinet de M. le comte H. de Viel-Castel, avec la plaque qui avait été posée au-dessous, et qui portait l'inscription suivante :

^o T^otice biographique.

CE MONUMENT DU RESPECT DE MUe LE PRINCE POUR / LA MEMOIRE DE SON ONCLE, DECEDE LE 3o 7»« 1781 ÂGÉ/ DE 47 ANS, A ÉTÉ ÉLEVÉ DANS CETTE CHAPELLE POUR Y / RES- TER A PERPÉTUITÉ; ET CE, CONFORMEMENT AU DESIR / DE M. PELLIER, AMI DU DEFUNT, ET SEIGNEUR DE CE FIEF,

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