‹ Jean Lorrain: Un Second Oratoire Chroniques RetrouvéesChapitre 12 sur 41 · PEL QUE · texte numérisé non relu

PEL QUE

sa profession de foi : « C’est mon goût à moi : : j'aime l'artificiel, le compliqué, le miroitant, le joli, le délicat, le rare ; les femmes THIS les cheveux teints, les lèvres peintes. les étoffes Louis XV ; les tons fanés, la corruption du rose et du vert... J'ai le culte des res minces et l'horreur des femmes grasses. Leconte de Lisle est mon poëte et Baudelaire est mon ami» (1). Son portrait, à lui seul, nous la révélerait d'ailleurs suffisamment : « Et, charmante, sanglée dans une veste d'homme en drap gris, le pâle profil d'oiseau de proie posé sur le carcan en hauteur du faux-col, le plastron blanc épinglé d’un fer à cheval à clous de saphirs.… (2). »

La Petite Dachellery (3), c’est Blanche Cerny, l'actrice à qui avait été confié le rôle de la Petite Bachellery dans Numa Roumestan, joué le 15 février 1887 à l'Odéon. Les premiers mots de la chronique : « Le petit hôtel, laisse donc, je le vois venir », sont les premiers mots que prononce dans la pièce la petite Bachellery (4). Dès la première ligne de ce portrait, se trouve donc identifié l'original, et, jusqu’à la dernière, Lorrain nous présente en raccourci, mais exactement, un résumé de sa carrière. Elle est la meilleure élève de Guillemot au Conservatoire. En trois ans, elle décroche : « haut la main le premier accessit, le second et puis enfin le premier prix de comédie, aux applaudissements du tout-puissant M. Sarcey lui-même (5) ! » Puis c’est l’entrée dans le monde par les salons littéraires, chez Mme Aubernon, rue de Messine, et chez Abbéma, rue Laffitte (6). Un peu plus tard, les débuts à l’Odéon « à côté de Léonide Leblanc, dans la reprise de La Vie de bohême. Léonide Leblanc et la petite Dackhellery, le crépuscule et l’aurore » (7). Arrive enfin le grand succès avec Le Songe d’une nuit d'été, de Paul Meurice, où elle joue le rôle de Puck. Elle renouvelle le rôle en le jouant en clown : « Au lieu d’être ailée, vaporeuse, aérienne, elle s’était montrée très carrément acrobate, pirouettante, tintamarresque.. avait été le clou de la soirée, avait sauvé la pièce et les auteurs (8) ». Cerny-Bachellery avait fait coup double : elle avait conquis Le Rappel avec Paul Meurice et Goncourt en jouant Puck à la Zemgano. Elle pouvait entrer au Français ou au Vaudeville ; mais sa fortune ne fut pas ce qu’on avait prévu à ses débuts : Lorrain termine sa chronique sur cette note désanchantée : Lugete, veneres, cupidinesque (9).

(1) Dans l’Oratoire, p. 181-182.

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