CINE
Le Bonheur.
Nous retrouvons dans cette chronique les attaques contre les poélesses amateurs que nous avions déjà trouvées dans Monsieur Alphonse Lemerre ef L'Elément étranger (1). Lorrain exécrail également la tradition académique et le snobisme mondain. C’est pourquoi nous l'avons ainsi rapproché de Vieilles falaises.
Ce vase où meurt une verveine D'un coup d’éventail fut fêlé.
Le coup dut l’effleurer à peine.
Aucun bruit ne l’a révélé.
Mais l’invisible meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau claire a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé, Personne encore ne s’en doute,
N'y touchez pas, il est brisé (2) !
Et tous les éventails de palpiter et tous les corsages de susurrer d’une voix sirotée : « Ah ! délicieux, charmant ! »
M. Sully Prudhomme, vous l'avez tous reconnu à son Vase, a été longtemps le poète des salons et des femmes du monde ; bien avant M. Paul Bourget et M. Caro (3), il a régné par la toutepuissance du vague à l'âme sur les aspirations féminines ; si M. Bourget a été le Messie, M. Sully Prudhomme a été le Précurseur, et ses Solitudes (4), ses Stances (5) et ses Epreuves ont été aux
ns
(1) Cf. suprà, p. 93 à 97.
(2) Selon son habitude, Jean Lorrain a cité de mémoire et mal cité. Les inexactitudes sont signalées en italique. 11 faut lire : Le Vase... la légère meurtrissure.. son eau fraîche.
(3) Cf. p. 25 et 26.
(4) Les Solitudes et Les Epreuves ont été réunies en un volume en 1882.
(5) Les Stances avaient paru en 1872.