‹ Jean Lorrain: Un Second Oratoire Chroniques RetrouvéesChapitre 27 sur 41 · HE · texte numérisé non relu

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peinture italienne et école flamande, où l’on explique que Franklin, Montgolfier, Wenzel, Dalton, Bichat et

Lavoisier criblant au passage L'air. par la poitrine exhalé, Et fixant le poids et l’usage Du charbon dans le sang brûlé.

et

Quand l’âme de Faustus, par degrés apaisée, Offre au plus fin délice une aventure aisée,

en vain Stella le conduit-elle par un chemin secret Vers l’oasis cachée au sein de la forêt (1).

Le paysage ci-dessous, peint par l'abbé Delille, et signé par Sully Prudhomme, qu'il y rencontre et que (sic) M. Lemaître a eu la cruauté de citer avec épithètes laudatives dans son feuilleton de lundi des Débals (2), le passage ci-dessous :

En cirque devant eux s'élève une colline

Qui jusques à leurs pieds languissamment s'incline, Ure flore inconnue y forme des berceaux

Et des lits ombragés de verdoyants arceaux,

achève d’impressionner péniblement son âme romantique (3). À moi là deux sylphes, à moi Berlioz et la course à l’abîme, soupire-t-il intérieurement, et en vain la philosophante et dilettante adorée, la bien disante Stella lui chante-t-elle en langage très terrestre

Je m’abandonne entière, épouse, à mon époux,

le docteur Faustus, qui a jadis connu sur terre, le Boken (sic) et ses jeunes sorcières nues (4),

Devant un grand miroir ajustant bien leurs bas,

(1) et (3) Ces phrases sont d’excellents modèles de ces phrases à la Lorrain, où lécrivain suit sa pensée dans tous ses méandres, dussent la clarté et la correction grammaticale en soufirir quelquefois.

(2) Le Journal des Débats, 6 février 1888.

(4) Exactement le Broken, montagne magique dont parle Heine dans son Hartzreisen et où fréquentaient les sorcières de Walpurgis.

hésite un peu devant une joie où

L'âme, vêtue ici d'une chair éthérée,

Sœur des lèvres, s’V pose, en paix désaltérée

Et goûte une caresse où, né sans déshonneur, Le plaisir s’attendrit pour se fondre en bonheur.

Ces vers sont nobles et beaux, ils sont remarquables de netteté, de justesse et de concision, écrit encore à ce sujet M. Jules Lemaître, qui doit s’y connaître en galimatias. Mais ils ne parlent qu’à l'esprit, ils ne chatouillent pas, pour parler comme Boileau, et ils ne chatouillent pas davantage Faustus qui, l'oreille tendue vers les bruits de la terre, offre, durant tout le poème, le contristant aspect d'un homme qui voudrait bien s’en aller.

On s’en irait à moins d’ailleurs : le moyen d’habiter ce vallon d'Arcadie stellaire avec une sempiternelle raisonneuse comme Stella ; les bergères de Florian étaient du moins enrubannées, et ce qu'elles minaudaient de leurs voix sucrées n’était pas des traités d'esthétique et de philosophie comparée, mais des petits vers maquillés de Dorat (1), jolis comme des hibelots et précieux comme des vieux Sèvres, aussi Faustus, de plus en plus distrait, se penchet-il de plus en plus également vers la terre, la terre d’où viennent d’ailleurs les seuls vers de médaille et les seules grandes pensées du poème.

Les voix.

Je suis Tulbacaïn. Je vois s’enrtr'égorger - Mes fils avec le fer que j’enseigne à forger. — Moi, je suis Triptolème, et je vois mes semailles, En fécondant les champs les vouer aux batailles ! — J’attachai, le premier, les chevaux au timon, La roue au char : ces chiens sauveront-ils mon nom ? — Moi je suis Prométhée : un vautour me dévore. — Je suis Harmodius : le crime est couronné Et je meurs. — Moi, Socrate, en saluant l’aurore, J'accepte la ciguë : ils m'ont empoisonné !

— Je suis le Christ en croix : j'attends mon père encore. Seigneur ! Seigneur ! Pourquoi m'avoir abandonné ?

(1) Auteur de poésies légères du dix-huitième siècle. L'œuvre la plus connue est Les Baisers.

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