‹ Jean Lorrain: Un Second Oratoire Chroniques RetrouvéesChapitre 4 sur 41 · IT · texte numérisé non relu

IT

Mais avant d'en venir aux articles mêmes de Lorrain, il est nécessaire d'étudier les 68 lettres de Lorrain à Edmond Magnier, publiées par Henri Chapoutot, et qui nous éclairent sur les conditions de la collaboration du chroniqueur à L’Evénement. Or, nous savons, par les indications données à la bibliographie (2), que le classement des lettres dans ce recueil est erroné d'un bout à l’autre. Il convient donc, avant toute chose, de rétablir l’ordre de cette correspondance.

Il est d’ailleurs assez facile d'y arriver, car, à part deux ou trois exceptions, on peut dater d’une façon très précise toutes les lettres de Lorrain à Magnier, en tenant compte des articles qu’elles annoncent ou auxquels elles font allusion, des événements littéraires et mondains dont elles parlent, des circonstances méme de la vie de Lorrain auxquelles elles se rapportent. C’est ce que nous allons essayer de faire d’abord.

Pour procéder à ce classement, il faut commencer par la lettre II. Elle est précédée de cette note de l'éditeur : « Quatre pages carte-correspondance sans date, au crayon bleu de la main d’Edmond Magnier : 3 janvier 1887. » Il semble qu'il n’y ait point à hésiler. Avec un pareil point de départ, on peut aller de l'avant. Cette date, 3 janvier 1887, semble êlre un point fixe et assuré. Mais précisément, datant cette lettre, Magnier s’est trompé. Aux premiers jours de l’année nouvelle, par la force de l'habitude, il a écrit 3 janvier 1887 au lieu de 1888.

Car cette lettre II est de 1888, on ne saurait en douter. Le premier article de Lorrain à L’Evénement est du 6 janvier 1887. Comment le chroniqueur aurait-il pu, le 3, réclamer dix louis à son directeur en ces termes pressants : « Vous ëtes un homme terrible avec vos promesses ; je comptais sur dix louis samedi et la portion congrue de cinq louis à laquelle vous m'avez réduit m'a créé de sérieux ennuis » (3)?

Toutes les autres lettres, datées par rapport à celle-là, seront évidemment mal classées.

La lettre I est aussi de 1888. Elle fait allusion à ces dix louis transformés en cinq : « Cher Monsieur, je vous prierai en grâce de vouloir bien donner des ordres à Colombier relativement aux dix louis que vous m'aviez dit de passer toucher jeudi à L'Evénement (4). »

(1) Cf. Bibliographie, p. 146.

(2) Tbid., p:139.

(3) Chapoutot, p. 4.

(4) Ibid., p. 3.

La lettre III, il esl bien difficile de la classer, elle n’est datée que du 3 janvier el rien dans son texte ne permet de dire si elle est de 1887, 1888 ou 1889.

La lettre IV est certainement du début de janvier 1888 et pour ces deux raisons :

1° Il y demande Pierre et Jean, de Maupassant : « Je vous serais reconnaissant de me faire adresser Pierre et Jean, de Maupassant, aussitôt paru. » Or Pierre et Jean parut le 12 janvier 1888.

20 Il y fait allusion à un article Francine, paru le 15 février 1887, el à son pseudonyme Francine, imaginé le 29 décembre 1887 au bas de l’article Miroir de poche.

Pour la même raison, la lettre V, datée du 13 janvier, est de 188$. Jean Lorrain y parle de Francine. De plus, le post-scriptum de cette lettre manifeste un état de tension entre Lorrain el L'Evénement, une manière de disgrâce : « Sans lettre de vous, je n’envoie désormais plus rien au journal » (1). Or, en ianvier 1888, nous n'avons, de fait, que deux chroniques à L’Evénement.

Quant à la lettre VI, simplement datée : « Ce vendredi matin », elle est de 1888, puisque Lorrain écrit : « Vous envoie un Bruscambille assez original avec tous les B. de la semaine... une symphonie en B assez drôlement venue el, pour commencer, une lamentation sur cel avril gelé blanc... » (2). Or, cette chronique a paru le 15 avril 1888 sous le titre : Symphonie en Blanc et en B. La lettre fut écrite probablement le vendredi précédant la chronique, soit le 13 avril 1888.

La lettre VII ne porte aucune indicalion de date, ni jour, ni mois, ni quantième. Mais certaines allusions permettent de la situer en août 1887 : Lorrain y annonce son Bruscambille sur les Cinq (3), pour le 22 avril 1887, et Logis de poète pour le 25 du même mois. I s’y plaint, d'autre part, que L’Evénement ait consacré un article élogieux à L'Adorée, de Maizeroy, article paru le 18 août 1887. Au plus tot, Lorrain pouvait écrire cette lettre le 19 et, au plus tard, le 20. à cause de la chronique du 22. Elle est donc du 19 ou 20 août 1887.

La lettre VIII propose à Magnier un article sur Paul Bonnetain, Paul Adam et Paul Hervieu, « trois Paul et trois tendances différentes aux anecdotes à l'appui » (4). Cet article a paru le 4 juin 1888, sous le titre Steaples. La lettre, datée seulement 27 mai, est du 27 mai 1888.

La lettre IX, datée de Fécamp 28 mai, est de 1887. Elle fait allusion à une crise d'estomac dont Lorrain parle aussi dans la lettre X qui, elle-même, est de 1887. Nous y voyons, en efjet, que Lorrain fait des projets pour son installation définitive à Paris, réalisée en 1888. Elle

(1) Chapoutot, p. 10.

(2) 1bid.;<p. 11.

(3) Lettre à Edmond Magnier, p. 12.

(4) Zbid., p. 15.

Page 1