‹ Jean Lorrain: Un Second Oratoire Chroniques RetrouvéesChapitre 9 sur 41 · ES EE · texte numérisé non relu

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et l'Albert de Mun du même livre (1) et les côtés mondains, car ce diable de Drumont n’est pas plus tendre pour les conservateurs que pour les républicains (2). »

D'ailleurs, la plupart des articles signés Bruscambille FépoRdEn ti à peu près à cette définition : Le Pays des Gondoles (3), Courrier de Paris (4), Les vieilles Falaises (5), Trop de Corsets noirs (6), Bords plats et dessous noirs (7), Divorces (8), Chronique de Paris (9).

Le pseudonyme Francine apparaît pour la première fois à L’Evénement le 29 décembre 1887, au bas d’une chronique intitulée Miroir de poche. Lorrain emprunte ce nom à Alexandre Dumas fils. On sait que Francillon, La dernière pièce du maître, avait été donnée à la Comédie française le 17 janvier 1887. Le succès en avait été immense. Tout Paris parla de la pièce et de Francine de Riverolles, sa principale héroïne. Aussi bien Lorrain, onze mois après la première, pouvait-il écrire : « C’est au plus moderne, au plus vivant de nos auteurs que j’ai demandé mon acte de naissance et, paradoxale comme toutes les femmes, j'ai pris pour nom le paradoxe même (10) et, n'en déplaise à M. Dumas fils, je nv'appelle Francine Francillon (11). » Francine se proposait de défendre les femmes contre les injustices des hommes : « Les jemmes trouvent donc en moi un avocat. Ah! quels avocats vous faites, messieurs, el comme il est juste qu'une diablesse du monde devienne avocate à son tour (12). »

Arlequine es{ d’un an plus jeune que Francine. Elle naquit le 6 décembre 1888. Tous les journaux, en ce lemps, s’adjoignaient des collaborateurs venus tout droit de la Comédie italienne. Il en fallait un aussi à L’Evénement et ce fut Lorrain-Arlequine.

« Deux Colombines (13), un Arlequin (14), Polichinelle au Figaro,

(1) La France juive.

(2) Lettre du 21 octobre 1888 (Chapoutot, p. 73).

(3) 31 mai 1887.

(4) 27 juin 1887.

(5) 3 février 1888.

(6) 23 février 1888.

(7) 25 mars 1888.

(8) 1°" juillet 1888.

(9) 19 juillet 1889.

(10) Mme de Riverolles qui, amoureuse de son mari, pour se venger re infidélité, va, dans l'espoir de le tromper, dans un cabinet particulier, avec un inconnu, paraît assez paradoxale en effet.

(11) L’Evénement, 29 décembre 1887.

(12) L’Evénement, 29 décembre 1887. Un certain M. Francillon, ayant protesté contre l’usage de son nom au cours des répétitions de la pièce de Dumas, celle-ci avait été baptisée un moment Francine. L’intéressé ayant retiré sa demande, elle reprit, avant la première, le titre définitif de Francillon.

(13) L'une à L’Echo de Paris (pseudonyme d'Henri Fouquier), autre au Git Blas (pseudosyme collectif).

(14) Au Gil Blas.

ce matin chez Magnard (1), c'est une avalanche, un envahissement, el cela va de plus en plus fort, non plus comme chez Nicollel, mais comme chez Guignolet, et c’est en efjet Guignolet qu'il faut dire. Tous les fantoches sont sur le boulevard ; après la comédie belge, la comédie italienne (2). René d'Hubert en a deux (3), Valentin Simon n'en a qu'une, la seule, la vraie Colombine, l'authentique et la bonne, il le prétend du moins. Colombine! Nestorine (4) lui siérait plutôt, il me semble ; mais peu nous en chaut, puisqu'en suprême argument sans réplique, René d’Hubert lui baille, en naïf qui veut être malin, la collaboration de mon frère de lait Arlequin (5).

Un bruit de claque el de sequin Rythmé d’un triple coup de batte Et jaune, bleu, noir, écarlate Miroite et surgit Arlequin (6).

» Ah! lous les batteurs d'estrade sont à la parade el je resterais dans la coulisse. Non point. L'Evénement m'entrebäille sa porte, clic, clac, me voici, moi-même Arlequine en personne. Colombine a ses dimanches, Arlequin a ses mardis, un peu d'espace, mes beaux amis, de grâce pressez-vous, et place aux mercredis d'Arlequine. »

PVE

Les sujets des chroniques qui composent L'Oratoire, comme celles que nous avons choisies pour les publier en ce volume, sont consacrées plus particulièrement à l'étude des milieux littéraires. Mais on se méprendrait sur la collaboration de Jean Lorrain à L’Evénement, si l’on négligeait de signaler les articles qu'il consacra à la société mondaine ou demi-mondaine de son temps.

On ne saurait signaler tous les articles de cette espèce.

Jean Lorrain, qui fréquente régulièrement les solennilés mondaines,

(1) Francis Magnard, rédacteur en chef du Figaro. Il s'agirait du numéro du 5 mars 1888. Mais nous n’avons trouvé aucun Polichinelle ni dans L’ Annuaire de la presse 1888, ni même dans Le Figaro.

(2) En effet, Colombine, Arlequin, Polichinelle sont des personnages de la Comédie italienne.

(3) René d’Hubert était rédacteur en chef au Gil Blas, où il y avait, en effet, une Colémbine et un Arlequin.

(4) Valentin Simon, rédacteur en chef de L’Echo de Paris. Sa Colombine était Henri Fouquier, alors célèbre, et qui usait aussi du pseudonyme de Nestor ; d’où l’allusion de Lorrain : Colombine, Nestorine.

(5) Le 28 novembre, en eftet, commença au Gil Blas une série d’Arlequin.

(6) Le poème Masques, dont est tiré cette strophe, a paru dans L’Evénement du 15 février 1888. L

suit le monde en ses déplacements. Il en résulte des séries de chroniques comme La Semaine des prix (1), La Semaine du Grand Prix (2), Les Régates (3), Paris à la Côte (4), fableau satirique des Parisiens sur les plages normandes ; La Cour à Fontainebleau (5), lorsque le séjour du Président Carnot vient à exciter la verve railleuse du chroniqueur.

Les plus menus incidents, s’ils soulèvent un moment l'attention des milieux mondains, suffisent pour provoquer une chronique. Le prince Zamoirska (sic) épouse Mie Pélissier. On conte, à Paris, que le mariage ne fut jamais consommé et c’est Mariage forcé (6). De la même veine sont Bords plats et Dessous noirs (7), où Lorrain traite à la fois de la mode des dessous noirs et des bandits mondains ; Rastaquouères (8), Le Chantage (9) et Public de premières (10).

Cette chronique est le type des articles à la fois artistiques et mondains, car Lorrain ne sépare guère la vie artistique de la vie mondaine, soit qu’il raille à son accoutumée les gens du monde se piquant d’art ou de littérature, soit qu’il réunisse en la même chronique mondains et artistes. C’est ainsi que dans Madame Parleydhondemoi (11), àl fait la satire des mondains à prétentions littéraires. De même dans Trop de Corsets noirs (12), il s'élève contre l’influence des femmes dans les élections académiques. Notamment à propos de l’élection où Nadaud et Théodore de Banville s'affrontent, il reproche à Banville d’être le candidat de Me Aubernon. Le titre de cet article est une allusion au corset noir dont Paul Bourget avait habillé une héroïne de Mensonges et qui suscita toule une polémique dans la presse littéraire et mondaine du temps.

En ces collectivités voisinent l’art et la mondanité. Il arrive qu’elles se trouvent réunies dans la même personne. Jean Lorrain ne ménage pas davantage celte union qu'il trouve mal assortie. Dans L’Elément étranger (13), il raille la comtesse qui, publiant un livre de vers chez Lemerre, y proclame coram populo son amour conjugal. Une autre comlesse plus connue est aussi sa victime dans Une Petite-Fille de

(1) 17 juin 1889.

(2) 15 juin 1890.

(3) 30 avril 1888.

(4) 16 août 1888.

(5) 21 août 1888.

(6) 5 mai 1888.

(7) 25 mai 1888.

(8) 2 août 1888.

(9) 26 avril 1889.

(10) 7 novembre 1889.

(11) 16 février 1887.

(12) 23 février 1888.

(13) 13 juillet 1887 ; cf. ci-après : Monsieur A tphonse Lemerre, p. 92.

Mirabeau (1), lorsque Gyp demande d'ajouter le nom de Mirabeau, son aïeul, & son nom patronymique.

D'autres chroniques de Jean Lorrain touchent à la fois au monde et à l'art par ce qu'elles rapprochent en un simple rapport de coïncidence, mondains et artistes. L'article le plus caractéristique en ce genre est celte Symphonie en Blanc et en B (2), où l’auteur traite à la fois de la neige en province et de plusieurs personnages d'actualité dont le nom commence par B. Bourget doit à son initiale d'y figurer à côté de Bismarck el de Boulanger. La Semaine magique (3) nous présente Péladan dans les milieux mondains de la côte normande. Parmi les Extravagants (4), nous retrouvons des artistes avec des hommes du monde et dans La Larme à l'œil (5), où Lorrain raille la vague d’attendrissement qui déferle dans le monde à l’occasion de la vente Secrétan, Hugues le Roux et Séverine versent des larmes en sympathie avec mondains el mondaines.

Des ennemis ont reproché à Lorrain d'être l'historiographe des pulains (6) et des amis lui ont fait un mérite d’avoir été le romancier du peuple. Il y a du vrai dans l’une et dans l’autre constatation. Mais quand il écrivait à L'Evénement, Jean Lorrain n'était encore ni l’auteur de la série Une Femme par jour, ni l’écrivain de Propos d’Ames simples, ni l’historiographe de La Maison Philibert.

Nous ne trouvons à L’Evénement que de rares chroniques sur le demi-monde.

Francine (7) est le premier de tous. Publié sous le titre plus général de Les Gueuses, il semblait devoir être le premier d’une série. Mais, pour retrouver de semblables articles, il faut attendre la série Une Femme par jour de L'Echo de Paris. Francine, c’est la « fille de l’égout et de l'égout parisien comme Nana, le prototype de la prostitution moderne » (8), dont la maison avait été baptisée Le Borda et qu’on appelait elle-même Frégate-Ecole, parce qu’elle s'adonnait avec succès à l’éducation de la jeunesse.

Aprés avoir portraicturé la plus voyante de ces dames, Lorrain s'attaque à l’une de ses pareilles, dans un article nécrologique (9), consacré à une célébrité de la voirie parisienne : Angèle Badin, baronne d'Ange. La plus grande partie en est consacrée, ainsi que l’explique le titre, au baron « presque aussi grand en paria d’infamie dans son ignominie et son isolement de lépreux moderne que le Rastignac du

(1) 23 mai 1888.

(2) 15 avril 1888.

(3) 9 septembre 1888.

(4) 26 avril 1888.

(5) 18 juillet 1889.

(6) Hector Fleischmann, Le Massacre d’une amazone (passim). (7) 15 juin 1887.

(8) Cet article a été publié Dans l’Oratoire, p. 114 à 125,

(9) Le Baron (4 février 188).

Père Goriot ». La baronne, spécialiste de l'avortement, avait mérité le sobriquet de Cimetière des Innocents. Elle est flétrie dans un sonnel des Modernités (1).

De Paris à Péra (2) met en scène deux demi-mondaines, Juliette Kesler et Anna Dilhy, qui se battirent en duel le 10 octobre 1888, au bois de Meudon, pour les beaux yeux du fils d’un banquier du boulevard Haussmann.

Très aü-dessus des mœurs de ce demi-monde et même du monde, Jean Lorrain place les mœurs du peuple, auxquelles il consacrera, ailleurs, de nombreux articles. Mais les chroniques sur ce sujet qu'il devait mettre à la mode, sont encore rares à L’Evénement. Soir d’été (3), c'est la description d’une soirée populaire aux Buttes-Chaumont.

Dans Mœurs foraines (4), l'écrivain nous présente la femme d’un.

lutteur, torturée par l'admiration et l'appétit que manifestent pour son homme mondaines et demi-mondaines. La saltimbanque jalouse finit par égorger l’une d'elles, l’innocente naturellement. Cette chronique est la première ébauche de la nouvelle La Femme à Wiülhem (5). Ainsi les chroniques de Jean Lorrain à L’Evénement {ouchent à tous les mondes, à tous les milieux, à toutes les manifestations artistiques de son temps. Il en sera de même à L'Echo de Paris et au Journal. Mais à L’Evénement, l'écrivain est encore plus artiste que journaliste ;

es articles littéraires y sont les plus nombreux. Ce sont les meilleurs: d'entre eux que Jean Lorrain à choisis pour composer L’Oratoire.

Ces chroniques sont les plus certaines de survivre. L’Oratoire es le plus magnifique témoignage de la collaboration de Jean Lorrain à L’'Evénement el constitue le plus précieux document sur la vie littéraire el mondaine à celte époque. C’est pourquoi il convient de l’étudier ici dans la forme et dans le fond, de voir comment Lorrain l'avait conçu, comment il l'a réalisé et surtout d'en expliquer les obscurités pour les lecteurs actuels.

Il faut chercher le premier germe de Dans l'Oratoire en un recueil chronologique de ses articles parus à L/Evénement en 1887, que, dés le débul de 1888, Jean Lorrain avait préparé pour l'édition (6). Une table soigneusement dressée, la division du recueil en six parties portant chacune un sous-titre, la disposition des feuillets écrits seulement au

(1) À la Fange, p. 6.

(2) 14 octobre 1888.

(3) 7 juillet 1887.

(4) 9 avril 1889.

(5) Le Crime des riches, p. 192 à 201.

(6) Cf. Bibliographie, p. 00.

recto, le soin avec lequel sont complétés à la main les articles tronqués par le collage, montrent bien qu'il s'agit là d’un travail préparé pour l'impression et non pas d'un simple choix d'articles à conserver.

Dans ce cahier, Jean Lorrain présente les articles dans l’ordre même de leur publication, suivant le plan qui avait guidé la suite de ses chroniques. Ainsi les vingt-quatre numéros composant ce recueil sont classés sous six litres :

Ï. — Portraits littéraires et mondains.

a: Comtesse d'Escarbagnas 4... (6 janvier 1887). BeDOcLEUANITACIE RU R rnctihnr aéthontins (14 janvier 1887). Jranbetites Bachelier ft aient nr (20 février 1887). HRANGUG PRES Peneat: pe es Lee (15 février 1887). II. —- Les Confesseurs de ces Dames.

MACEMOISENe BANCAIRE MNT (5 mars 1887).

ENiménier du Ghateau 74: (24 mars 1887).

AND DÉS TOO RE eee PALIER (2 avril 1887).

es rCneS SADHISTES SR rater, Re PRICE (14 avril 1887). IIT. — Paris d'aujourd'hui.

RO ACO BAIE RE SR (28 avril 1887).

elpremienNendredi AUuSAlon. 2 (7 mai 1887).

END OM TAC LÉTAITE RE CN ce tr (12 mai 1887). JOUR ALIEN SMANS AE 2 CL. (19 mai 1887).

TOUS EU INTER 1 nc (30 juin 1887).

Madame Parleydhondemoi............. (16 juin 1887). RICHES ACER OMIITICES EE er Ce (20 juin 1887). SOIR CMOS PE EE (7 juillet 1887).

BTOSIBASILOTS RE A ee use gere (16 juillet 1887). Monsteurelphonse Leémerre- "6... (21 juillet 1887). IV. — Paris aux champs.

PNRNCeRAUMICRATEAMEA ER ENT EL (27 juillet 1887). TERRE ATOME PRE En ME ME re A (sidi):

RéMRes le PA SC ENERR EEE ET (11 août 1887).

Che RER RE CRR ER (19 août 1887).

ONCE OM PR TO REC (25 août 1887).

PAC RATS Re re. (1e septembre 1887).

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