‹ Jean LoupChapitre 72 sur 153 · SOUVENIRS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS

Jean Loup était encore avec son maître d'armes lorsque son précepteur vint lui annoncer l'arrivée de son bienfaiteur.

Aussitôt il jeta son fleuret et, les yeux rayonnants de joie, il s'écria :

— Où est-il?

— Il cause en ce moment avec M™® Sandras ; vous avez donc tout le temps de vous préparer à le recevoir.

Jean Loup s'élança hors de la salle d'escrime et monta dans sa chambre, où il 8e vêtit d'un habillement complet de drap noir, après avoir soigneusement passé le peigne dans sa barbe noire, courte, frisée, qu'il

portait entière, et dans ses cheveux bien taillés, se séparant par une raie droite «ur le côté gauche de la tête.

Certes, le Jean Loup d'aujourd'haii, élégant, distingué, vêtu à la dernière mode, ayant déjà les manières de Thornme du monde, ne ressemblait guère au Jean Loup d'autrefois, à ce malheureux qu'on voyait passer à travers les taillis couvert de deux peaux de loups, les jambes et les bras nus, la barbe poussant inculte, les cheveux au vent comme une crinière de lion.

La transformation était complète; c'était une vraie métamorphose.

Il aurait pu, certainement, traverser les rues de Mareille et de Blignycourt sans entendre dire derrière lui : « C'est Jean Loup! » Ceux qui l'avaient vu le plus souvent, les charbonniers et ses deux amis Jacques Vaillant et Jacques Grandin, auraient longtemps hésité à le reconnaître. Et quelques niois seulement avaient suffi pour opérer ce changement.

Sa taille s'était amincie peu à peu sous le vêtement et avait pris d'élégantes proportions; maintenant, il portait l'habillement sans gêne, avec aisance. Sa voix rude s'était singulièrement adoucie ; plus rien de brusque dans ses mouvements ; plus rien de farouche dans son regard, de la douceur, de la bonté. Ce qu'il avait conservé pendant un temps de son enveloppe sauvage avait fini par disparaître. La peau de ses mains et de ses pieds était encore dure, mais n'avait plus de callosités.

Ses mains, dont il prenait grand soin, jadis d'un brun foncé, blanchissaient par l'emploi du savon et de la pierre ponce; son visage était encore légèrement bronzé, mais n'avait plus la teinte rouge de terre de Sienne d'autrefois. Le carmin de ses lèvres ressortait maintenant, ainsi que le rose tendre qui estompait ses joues. Sa force, sa souplesse, son agilité qu'il n'avait pas perdues, ne se faisaient plus remarquer que par la facilité, l'élégance, la grâce de tous ses mouvements.

Il était prêt depuis un quart d'heure et attendait, les yeux fixés en face de lui sur une fenêtre oii la ravissante figure d'Henriette avait dû se montrer souvent.

Entin, un domestique vint lui dire que M. Lagarde pouvait le recevoir.

— Où le trouverai-je? demanda-t-il.

— M. Lagarde est dans son appartement.

Jean Loup se glissa hors de la chambre par une petite porte de côté, traversa une pièce, qui était en même temps un petit salon et une salle d'étude, ouvrit une seconde porte et se trouva en face de son protecteur, qui l'attendait debout, les bras croisés.

— Oh ! monsieur, monsieur ! dit-il très ému.

Et, respectueux, une main sur son cœur, le bonheur dans les yeux, il s'avança.

M. Lagarde était, lui aussi, visiblement ému; il y avait des larmes sous ses paupières et il enveloppait Jean Loup d'un regard où éclatait une tendresse indicible.

— Mon ami, prononça-t-il d'une voie troublée.

il prit dans ses mains la tête de son protégé et la baisa au front. A son tour, Jean Loup l'embrassa sur les deux joues.

Ils s'assirent sur un canapé, M. Lagarde tenant la main du jeune homme.

— Jean, dit le protecteur après un assez long silence, je suis content de vous; vous avez répondu comme je le désirais à ce que j'espérais de vous et, je suis heureux de le reconnaître, je vous ai toujours trouvé digne de l'intérêt que vous m'avez inspiré quand, abandonné, déshérité de tout, misérable, vous viviez dans les bois à l'état sauvage.

— Pouvais-je faire moins, monsieur, pour prouver ma reconnaissance à celui qui m'a tiré de mon abjection? Ah! c'est plus, bien plus encore que j'aurais voulu faire !

— On ne peut pas demander à l'homme des choses au-dessus des forces humaines. Vous avez travaillé, étudié, vous donnant toute la peine qu'il fallait j et vous avez appris. Sans doute il manque encore quelque chose à votre éducation et beaucoup à votre instruction; mais vous acquerrez cela peu à peu, successivement. Devant vous l'horizon s'est agrandi; vous avez l'avenir!

Jean, vous vous êtes dépouillé de votre enveloppe sauvage, poursuivit M. Lagarde, le caressant du regard; de Jean Loup, il ne reste rien que les bons et nobles sentiments qui ont toujours existé en lui ; enfin, mon ami, vous êtes devenu ce que je voulais que vous fussiez : un homme!... Ah! croyez-le et ne l'oubliez jamais, voilà la première et la meilleure récompense de ce que j'ai eu le bonheur de faire pour vous.

Jean s'inclina et colla ses lèvres sur la main de son bienfaiteur.

— Vous m'aimez bien, n'est-ce pas, mon ami? dit M. Lagarde. Jean se redressa, les yeux illuminés, le front irradié.

— Oh! oui, je vous aime, répondit-il, je vous aime comme M"® Henriette aime sa mère !

M. Lagarde eut un sourire d'ineffable bonté. Après un moment de silence, il reprit : ' — Jean, dans trois jours, vous allez quitter ÉpinaL Le jeune homme fit un mouvement de surprise.

— Je vous emmène à Paris.

704 LE PUOTECTEUU.

— A Paris ! exclama Jean.

— Oui. Pour des raisons qu'il ne vous est pas utile de connaître, il raut que vous veniez demeurer à Paris, près de moi . Je sais que vous avez (le l'affection pour M. Popinot, votre précepteur, il vous suivra. Pendant quelque temps encore, votre existence restera à peu près la même ; vous continuerez à travailler, à vous instruire; comme ici vous aurez des maîtres qui compléteront autant que possible, et avec le même dévouement, la tâche des premiers.

Le visage du jeune homme s'était subitement attristé et il regardait M. Lagarde d'un air inquiet.

— Jean, je devine votre pensée : vous vous demandez si M"® Henriette et sa mère vont aussi aller à Paris. Non, mon ami, cela n'est pas possible. Forcément, vous devez être séparé d'Henriette.

Le pauvre Jean. laissa échapper un soupir et baissa la tête.

— Vous le savez, mon ami, poursuivit M. Largarde, c'est à ma prière, par dévouement et par reconnaissance, que M"® Henriette et sa mère sont venues s'installer ici près de vous, afin d'encourager vos premiers efforts et de vous rendre le travail et l'étude moins pénibles.

M"^ Henriette vous doit la vie; vous lui devez beaucoup aussi; c'est grâce à son influence de fée bienfaisante qu'un changement si rapide s'est opéré en vous; votre transformation est son œuvre; sans que vous vous en doutiez, elle a fait plus pour vous que vos professeurs. Ceux-ci ont développé votre intelligence,- cultivé votre esprit; Henriette a vaincu votre sauvagerie, assoupli votre volonté, ouvert votre cœur et votre âme. Ce que je lui avais demandé de faire pour vous, elle l'a fait. Sa tâche est terminée.

Allons, ne baissez pas ainsi la tête, regardez-moi. Bien ! Il y a des larmes dans vos yeux. Pourquoi pleurer? Ah! cela vous coûte beaucoup de vous éloigner de M''° Henriette!... Voyons, est-ce que je ne serai pas près de vous, moi., que vous aimez comme Henriette aime sa mère?

Enfant! grand enfant ! Tâchez donc de comprendre qu'il y dans la vie des choses nécessaires. Vous l'aimez, vous vous êtes habitué à la voir chaque jour, et il vous semble que vous éloigner d'elle, c'est la perdre pour toujours. Non, mon ami, non. Rassurez-vous donc : quand le moment sera venu, vous la re verrez.

En changeant votre existence et le cours de votre destinée, j'ai juré que vous auriez tout le bonheur qu'il est en mon pouvoir de vous donner. Je sais que sans Henriette vous ne pouvez être heureux; eh bien, Henriette sera la compagne de votre vie, votre femme !

Voulez-vous une joie, un premier bonheur? Écoutez ce que je vais

... Jo sortis de mon abri et je me mis à sauter dans l'herbe, eu ma rapprociiant de la fenêtre (page 710).

TOUS dire... Mais déjà, peut-être, vous l'avez senti, deviné: Henri'^.tte vous aime! Maintenant, dites, cette séparation nécessaire est-elle si cruelle? Vaurez-vous pas, avec l'espoir au cœur, la patience d'attendre?

— Oh! mon bienfaiteur, mon ami, mon père! s'écria le jeune homme avec un accent intraduisible.

Et, comme un enfant qui, après avoir été grondé, demande une caresse, il laissa tomber doucement sa tête sur Tépaule de M. Lagarde.

Liv. 89. E. RiCHEBouRG. -- Jean Loup. — Éd. J. Rouif et G'«. Liv. 89.

Celui-ci l'entoura de ses bras et le serra" fortement contre sa poitrine. II pouvait à peine contenir son. émotion.

Pendant un instant ils restèrent silencieux, puis M. La garde reprit:

— Jean, jusqu'à ce jour, je ne vous ai adressé aucune question sur votre jeune âge, je ne vous ai point demandé quels souvenirs vous avez pu garder âe votre enfance; aujourd'hui, vous me feriez grand plaisir en me disant tout ce qui est resté dans votre mémoire. Je sais déjà bien des choses de votre existence passée ; mais je serai heureux de vous entendre parler de vos plus anciens souvenirs surtout.

— Tout cela est bien vague, bien confus dans ma mémoire.

— N^importe, dites toujours.

Le jeune homme resta un instant recueilli, réfléchissant, et commença ainsi :

— Du plus loin que je me souvienne, je suis déjà dans un bois. A peine vêtu, les pieds nus et rien sur la tête, je cours dans les taillis. J'ai pour compagne, pour unique amie une chèvre blanche; cette bête est ma nourrice et a été tant qu'elle a vécu ma seule, mon unique affection. Quand j'ai faim et soif et que je ne trouve rien à manger, rien à boire, je me mets à genoux sous la chèvre et je la tette. Ah! nous nous aimions bien tous les deux ! Je la suivais partout.

Quand elle s'éloignait de moi, en broutant l'herbe, et que^, tout à coup, je ne la voyais plus, je poussais un cri. Aussitôt un bêlement me répondait. Je me mettais à courir du côté oii se trouvait ma chèvre et bientôt je la voyais reparaître, accourant vers moi. Alors *elle me caressait; je lui passais mes bras autour du cou et je Tembrassais.

La nuit, l'été, nous dormions tous les deux sur la mousse, au pied d'un arbre, ou au milieu de grandes herbes contre un buisson. Je la tenais par le cou, elle me tenait entre ses pattes, et nous reposions ainsi serrés l'un contre l'autre.

Nous avions une cabane dans le bois, iine sorte de grotte dans laquelle on avait jeté une litière de paille; c'est là que nous nous réfugiions l'été quand il pleuvait ou que les nuits étaient fraîches, et l'hiver pour nous garantir du froid, du vent et de la neige.

Un matin, en me réveillant, je vis ma chèvre étendue sur le flanc, les pattes allongées, sans mouvement. Elle ne dressa point sa tête comme d'habitude pour me regarder et me caresser. Je me levai, elle ne bougea pas. Je poussai le cri qu'elle connaissait si bien et entendait de si loin; mais j'attendis vainement qu'un bêlement me répondît. Je la pris dans mes bras et je me mis à l'embrasser en me roulant sur son corps.

Toujours sans mouvement, raide et froide. Alors je jetai des cris

perçants, je pleurai, je sanglotai. Je ne savais pas encore ce que c'était que la mort.

A la fin, je me recouchai près de la chèvre, et, pleurant, gémissant, la secouant, l'embrassant, je restai près d'elle toute la journée et toute la nuit. J'avais grand'faim. J'avais bien essayé de téter, mais la chèvre morte n'avait plus de lait. Le jour venu, je me décidai à quitter la chèvre pour aller chercher ma nourriture à un endroit où je trouvais toujours un morceau de pain, une ou deux pommes de terre cuites sous la cendre, et quelquefois, rarement, un os avec un peu de viande autour.

L'endroit où l'on mettait ce qu'on me donnait à manger n^était pas éloigné d'une grande maison noire et silencieuse, dont je n'approchais qu'avec crainte, car il y avait là un homme qui me faisait une peur affreuse. Et pourtant il ne cherchait pas à me faire du mal. D'ailleurs, il ne m'adressait jamais la parole. Je ne me rappelle pas avoir entendu sortir de sa bouche autre chose qu'une espèce de grognement semblable à ceux qui, depuis, ont souvent frappé mes oreilles dans la forêt de Mareille.

Je venais de m'emparer d'un morceau de pain dur et d'un os à ronger, lorsque je vis l'homme sortir de la maison. La peur me saisit et je me sauvai de toute la vitesse de mes jambes.

L'homme me suivit. Quand je le vis s'approcher du buisson derrière lequel je m'étais réfugié, près de la chèvre, je m'enfuis de nouveau, plus effrayé encore, et j'allai me cacher au plus épais du taillis, sans perdre de vue, toutefois, mon croquemitaine.

Ce n'était pas à moi qu'il en voulait, c'est la chèvre qu'il cherchait. Il la chargea sur ses épaules et l'emporta. De loin, je le vis creuser un trou dans la terre ; il y jeta ma pauvre chèvre et la recouvrit avec la terre enlevée. Sa besogne finie, il s'éloigna et rentra dans la maison. Aussitôt je sortis de ma cachette et je vins m'asseoir en pleurant sur le trou comblé. J'avais compris : c'était fini, je ne reverrais plus ma chèvre blanche.

Je me trouvai bien seul et je fus longtemps à m'habituer à mon isolement. La chèvre me manquait.

Depuis longtemps déjà je cherchais moi-même ma nourriture dans le bois ; je devins peu à peu habile à la trouver. D'instinct, je distinguais les fruits bons à manger de ceux auxquels il ne fallait pas toucher. J'étais friand de fraises, de mûres, de framboises. En mordant à toutes les herbes, j'en découvris une dont je me faisais souvent un régal; je Tai retrouvée depuis dans la prairie de Mareille : c'est le salsifis des prés.

J'appris à grimper sur les arbres, afin de pouvoir manger la cerise rouge ou noire et les pommes et les poires vertes.

Tant que je trouvais ainsi ma nourriture, je dédaignais celle qu'on me donnait; aussi étais-je souvent des semaines entières sans aller à l'endroit oii était déposé le morceau de pain.

Un jour, l'eau étant basse, je tombai dans une pièce d'eau en buvant. J'allai jusqu'au fond, la tête en avant.

Revenu à la surface, je me débattis, en agitant mes jambes et mes bras, et je m'aperçus qu'au lieu d'enfoncer encore, je me soutenais sur l'eau ; je continuai à m'agiter et je parvins à gagner le bord et à sortir de l'eau.

Je savais nager sans avoir appris.

Il en est ainsi de tous les animaux qui n'ont que l'instinct de la conservation. La peur, le raisonnement, l'idée qu'on va périr, paralysent. Sans doute, si j'eusse eu conscience du danger que je courais, je me serais noyé.

L'espace dans lequel je vivais, entouré de murs élevés au delà desquels je ne voyais rien que le ciel s'abaissant pour prendre la forme d'un dôme immense, était pour moi la terre entière. Je ne pensais point que d'autres choses pouvaient exister derrière ces murs dont souvent, cependant, mes yeux d'enfant mesuraient la hauteur. J'aurais pu sans trop de . peine les escalader; mais je ne le faisais pas. Pourquoi? Je ne saurais le dire. Une crainte sans doute me retenait. D^ailleurs, j'avais tout l'espace que je pouvais désirer, et je me plaisais sous les hautes futaies et dans les massifs sombres des taillis.

Les choses que j'avais sous les yeux, les animaux qui couraient sur terre, ceux que je voyais dans les arbres, les insectes, les fleurs, les oiseaux dont j'écoutais les chants, tout cela, avec moi et l'homme dont j'apercevais de temps à autre la vilaine figure, était le monde, l'univers.

La nuit succédait au jour, le soleil disparaissait, la lune se montrait, les étoiles scintillaient, tout se taisait autour de moi; que m'importait? La pluie, la neige ou la grêle tombait : j'acceptais tout, sans songer seulement qu'il y avait à cela une cause.

Le jour, je courais, m'amusant de tout, mangeant n'importe quoi; la nuit, je dormais. Je vivais absolument comme les bêtes, ne me doutant pas qu'il y avait entre elles et moi une autre différence que celle de la force physique.

Un large terrain non boisé, couvert partout de hautes herbes, séparait le bois, mon domaine, du grand bâtiment noir, duquel je ne m'approchais qu'avec crainte et toujours avec circonspection, en me cachant le mieux que je pouvais.

Pourquoi cet énorme amas de pierres î

Assurément je ne remarquais point le travail de construction et moins encore les détails d'architecture. Une maison! Je ne comprenais pas que ce fût une chose nécessaire. Sans doute, je m'en serais approché plus souvent, ne fût-ce que par curiosité, si j'avais eu moins peur de l'homme, et peut-être même y serais-je entré par un des trous noirs qui s'étaient faits, probablement, par des écroulements.

Un jour, c'était peu de temps après la mort de la chèvre, je fus surpris dans le terrain par une pluie battante ; je me fourrai sous des ronces 011 je me blottis. N'ayant rien de mieux à faire, je me mis à regarder le bâtiment, principalement du côté où il y avait trois grandes fenêtres avec des vitres; les autres fenêtres n^étaient plus que des trous carrés, sans croisées, ouverts à tous les vents. Je n'avais jamais vu la maison aussi bien; j'examinais, cela m'intéressait.

Soudain, à une des fenêtres, derrière une vitre, je vis apparaître une figure.

M. Lagarde eut un haut-le-corps et laissa échapper une exclamation qui coupa la parole au conteur.

— Ce n'est rien, Jean, dit M. Lagarde d'une voix vibrante ; continuez, mon ami, ce que vous me racontez m'intéresse d'une façon extraordinaire.

Après un court silence, le jeune homme reprit :

— C'était une figure longue et maigre, qui me parut blanche comme cette fleur sphérique qu'on appelle boule-de-neige. La tête était couverte de longs cheveux dénoués, qui tombaient sur les épaules.

Je ne me rappelle plus quelle fut alors mon impression, quelles sensations j'éprouvai ; mais je me souviens que mon coeur battait violemment, que je tremblais comme si j'avais eu froid et que, loin d'être effrayé, j'aurais voulu pouvoir m'élancer d'un bond vers l'apparition.

Qu'était-ce que cette figure ? Rien ne me Texpliquait.

Aubouf d'un instant, cependant, je finis par comprendre que j'avais, en face de moi, un être de même nature que la mienne. J'ai su plus tard, après en avoir vu d'autres, que c'était une femme.

Elle restait à la fenêtre, içamobile, tantôt regardant en haut, le ciel ; tantôt regardant en bas, la terre. Je ne ia quittais plus des yeux. Oh I non^ je n'étais pas effrayé; j'aurais voulu être près d'elle, au contraire , je sentais renaître en moi une affection semblable à celle que j'avais eue pour ma chèvre ; il me semblait que j'aurais eu du bonheur à la presser dans mes bras et à l'embrasser comme j'embrassais ia chèvre blanche.

M. Lagarde soupira et essuya furtivement deux larmes.

— La pluie cessa de tomber, continua Jean ; je sortis de mon abri et je mis à sauter dans l'herbe, en me rapprochant de la fenêtre sur laquelle j'avais toujours les yeux. Loin de me cacher, je voulais être vu.

— Eh bien ? interrogea avidement M. Lagarde.

— Elle me vit.

— Ah !

— Je le compris en voyant ses bras s'agiter, à ses mouvements de tête. Évidemment, elle me faisait des signes, avail l'air de m'appeier. Tout à coup je la vis se débattre comme dans une lutte; alors je crus apercevoir une autre figure, puis je ne vis plus rien Aussitôt mon cœur se serra, et, sans savoir pourquoi, je me mis à pleurer.

Je restai encore longtemps à la place où je me trouvais; mais la figure blanche ne reparut pas à la fenêtre. Je rentrai dans le bois, tristement.

— Et depuis, l'avez-vous revue ?

— Le lendemain et encore le jour suivant.

— Et après, plus ?

— Plus. On avait bouché la fenêtre et une autre avec des planches.

— C'est odieux ! Ah ! mon pauvre Jean !

— Il me sembla que j'avais perdu une seconde fois mon amie la

chèvre.

— Jean, la pâle figure de cette femme est-elle restée dans votre mémoire ?

— Oui, car je l'ai revue bien souvent dans mes rêves.

— Après tant d'années écoulées, si elle vous apparaissait de nouveau, la reconnaîtriez-vous ?

— Je ne sais pas, mais je crois bien que oui.

— Continuez, mon ami, continuez.

— Je vous raconte ce dont je me souviens, les choses qui ont pro-

duit sur moi une impression, qui m'ont frappé, mais sans ordre, ne pouvant dire si ceci s'est passé avant ou après cela.

— Ce sont vos souvenirs, Jean; qu'importe dans quel ordre vqus les présentez!

— Pendant. un certain temps encore, mon existence resta la même; mais la liberté me fut brusquement ravie. On avait jugé, sans douter, qu'il y avait du danger à me laisser vivre dans le bois en sauvage.

Une nuit, pendant mon sommeil, l'homme vint me prendre. Je m réveillai en sursaut entre ses bras ; il m'emportait. Vainement j'essayai de me défendre. Je fus jeté dans un endroit sombre, fermé de tous les côtés, lequel devait être une cave dont la voûte s'était effondrée.

Quel âge avais-je alors ? Je ne saurais le dire. Combien de temps suis-je resté enfermé dans cette prison? Je l'ignore également.

Ici, il y a une lacune dans mes souvenirs. Plus rien ne me frappe, ne m'impressionne, ne m'émeut. Pendant tout le temps de mon emprisonnement, j'ai plus que jamais vécu comme une bête.

Enfin, on me sortit de mon espèce de tombeau; on me fit monter dans une voiture en compagnie de l'homme que je connaissais et de deux autres qui m'étaient inconnus. Nous voyageâmes toute la nuit. Au jour, nous nous arrêtâmes et les hommes causèrent un instant avec un autre homme et une femme, qui se trouvaient là.

Nous étions sur une route, au milieu d'un bois. Je me souviens de cela comme si c'était d'hier, tant fut grande la joie que j'éprouvai de revoir des arbres, de la verdure, d'entendre chanter les oiseaux.

Enfin, la conversation terminée, je fus transporté de la voiture qui m'avait amené dans une autre.

J'ai compris depuis qu'on m'avait livré, vendu pour une somme d'argent.

L'homlEie et la femme m'emmenèrent, paraissant très satisfaits de m'avoir; ils m'examinaient curieusement, comme un phénomène, me palpaient, passaient leurs mains dans mes cheveux : je crois même qu'ils me firent, ce jour-là, quelques caresses.

Arrivé chez eux, c'est-à-dire à leur maison roulante, une grande boîte très longue, fixée sur quatre roues, je fus enfermé dans une espèce de cabine à peine éclairée oii il m'était impossible de me tenir debout. Mais ce n'était qu'une prison provisoire, car au bout de quelques jours on me mit dans une cage de fer, éclairée par un peu de jour venant d'en haut, à travers un petit grillage carré, large comme la main. J'avais avec moi un paquet de paille sur lequel je pouvais me coucher et dormir. On ne m'adressait jamais la parole. J'obéissais passivement, craintivement

à des signes, à des regards de mon maître, qui avait toujours un fouet à la main, prêt à me frapper.

Je n'entre pas ici dans des détails inutiles, puisque vous savez que j'appartenais à des saltimbanques, qui me faisaient voir dans leur baraque comme un jeune sauvage venant de je ne sais quelle contrée inconnue.

On me passait ma nourriture à travers les barreaux de la cage ; sous ce rapport je n'ai pas eu à me plaindre : on me donnait toujours plus que je ne pouvais manger. On ne me faisait sortir de ma cage que lorsque je devais paraître devant le public. Alors on me revêtait d'un costume bizarre fait d'un assemblage de plumes de toutes les couleurs. Parfois, pour changer, on me couvrait la tête d'une espèce de toque, coupée dans une peau de bête et également ornée de plumes rouges, bleues, jaunes, vertes.

Je ne vous dirai pas quels furent mes étonnements quand, au commencement, je vis devant moi une foule remuante, bruyante, qui me dévorait des yeux ; je ne vous dirai pas non plus mes essais de résistance, chaque fois répétés, pour ne pas remplir mon rôle, mes révoltes intérieures, mes colères sourdes, mes sanglots retenus, mes larmes refoulées, mon écœurement, mon dégoût.

Mais mon maître, qui ne se gênait pas pour me rouer de coups, avait sur moi la puissance du dompteur sur ses animaux : je tremblais sous son regard et, esclave dont on avait broyé la volonté, j'obéissais. Quel martyre ! Souffrances sans nom ! Car, hélas ! j'avais conscience de mon humiliation, de ma dégradation, de ma honte!

Devant ce public qui battait des mains, qui riait à se tordre, il me fallait manger de la viande saignante, et, chose plus horrible encore, de jeunes lapins et des oiseaux vivants que j'écorchais et plumais avec mes dents. Quand, pris de dégoût, je ne voulais pas faire ce qu'on m'ordonnait, mon maître m'enfonçait dans la chair une aiguille fixée à l'extrémité d'une baguette qu'il avait à la main. Alors je poussais un cri de véritable sauvage, et la douleur me faisait faire des grimaces devant lesquelles les éclats de rire des spectateurs redoublaient.

Mais c'est assez vous parler de ces choses douloureuses, dont maintenant encore le souvenir me fait frissonner.

J'étais devenu, en dépit de tout, grand et fort et, depuis longtemps déjà, je n'avais plus qu'une seule pensée, m'échapper des mains de mes tyrans, reprendre ma liberté. La chose était difficile, car, lorsque je n'étais pas enfermé dans ma cage^ on avait constamment l'œil sur moi.

Une nuit, après une représentation pendant laquelle la terrible aiguille m'avait piqué quatre ou cinq fois, je m'aperçus, ô bonheur! que,

Je me mis k genoux et regardai le ciel avec un vif sentiment de reconnaissance (page 714).

par oubli ou maladresse, on n^avait pas fermé à clef la porte de ma prison; je n'eus qu'à la pousser pour Touvrir. J'étais seul dans la voiture. La troupe, il est vrai, n'était pas loin. Réunis sous la tente, les saltimbanques faisaient bombance. Sans doute, les recettes de la journée avaient été excellentes. J'entendais des bruits de vaisselle, des éclats de voix, des chants, des rires. Et j'étais seul, hors de ma prison ! Oh ! comme mon cœur battait ! Le moment de prendre la fuite était enfin venu.

LiV. 90. E. RiCHEBOURG. — Jeam Loup. — Éd. J. Rouff et Qi». LiV. 90.

Certes, l'occasion était trop belle pour que je la laissasse échapper. Je traversai les deux compartiments de la voiture faisant suite à celui que la cage occupait dans le fond, et je vis le beau ciel constellé d'étoiles. La luné éclairait les alentours. Je jetai de tous les côtés des regards rapides. Pas un homme, pas même le gros chien, un de mes gardiens, qui aurait pu donner Talerte et faire accourir mes tyrans. L'animal était sans doute auprès de ses maîtres, en train de dévorer, sous la taJDle, les reliefs du festin.

Les cris joyeux, les chants continuaient. Je compris cependant que je ne devais pas perdre une minute. Je sautai en bas de la voiture et je filai à toute vitesse.

Bientôt une route se trouva devant moi, je la suivis. Où allais-je? Je l'ignorais. Mais qu'importe? J'étais libre, libre!...

Ah! comme je respirais avec ivresse! Gomme cela me faisait du bien de boire en courant, en bondissant, l'air frais et embaumé de la plus belle de mes nuits ! Je courus ainsi sans m'arrêter, sans éprouver la moindre fatigue jusqu'au moment où parurent les premières lueurs du jour.

Je fis halte. La ligne blanche de la route était devant moi; à droite, des champs, des prairies; à gauche, je vis un bois. Aussitôt, tous les instincts de mon enfance se réveillèrent en moi et je poussai un cri de joie, un cri de délivrance ! En moins de dix minutes je fus dans la forêt, et je m'y enfonçai, cherchant de préférence les plus épais fourrés. Je retrouvai ces lianes dentelées, les ronces qui m'étaient si chères autrefois. Je rencontrai un ruisseau dans lequel je me jetai pour me désaltérer. Un peu plus loin, je m'arrêtai dans un endroit sombre, sauvage; je me roulai sur l'herbe et la mousse en pleurant de joie, puis je m'endormis. Quand je me réveillai, le soleil avait déjà fait les deux tiers de sa course. Je ne savais pas prier, je n'avais aucune idée de la divinité, et cependant je me mis à genoux et r^raxdâi le ciel swec un vif sentiment de reconnaissance. Je sentis que j'aTais faim. Mai.s trouver ma nourriture dans le bois n'était pas d'une extrême difficulté : je me souvins de mes jeunes années, et vous savez comment j'ai trouvé les moyens de vivre dans la forêt de Mareille.

Je restai dans mon bois pendant je ne sais combien de jours, ne m'éloignant guère des fourrés, tremblant au moindre bruit, tellement je redoutais de retomber entre les mains des saltimbanques. Homme sauvage, ne sachant rien, ne connaissant rien, j'avais peur de tous les hommes; l'homme était pour moi le pire des ennemis. Quand je voyais les chevreuils, les sangliers, les loups eux-mêmes s'enfuir à mon approche,

JEAN LOUP. 'éio

je pensais à cet autre animal, pareil à moi, qui, seul, m'avait fait du mal.

Enfin, je devins moins craintif et je me mis à explorer le bois. Sans doute je ne le trouvai pas assez grand, car je le quittai pour me réfugier dans un autre, dont je m'éloignai bientôt également et probablement pour la môme cause. Je fus ainsi errant, ne me fixant sérieusement nulle part, pendant tout le reste de Tété et l'hiver suivant. Je me souviens que c'est au commencement de la belle saison que j'arrivai ainsi, de bois en bois, dans ceux de Mareille.

Vous savez, monsieur, comment je fus pris un jour par les chasseurs, et comment la bonne Catherine et Jacques Grandin, devenu depuis l'ami de Jean Loup, m'ont rendu la liberté.

Rentré dans le bois, ma première pensée fut de fuir pour toujours un endroit où j'avais tout à redouter. Mais il y avait à Mareille trois personnes qui, loin de me maltraiter, m'avaient au contraire témoigné de l'affection; je me rappelais le regard doux, affectueux du vieillard, sa bonté; le jeune garçon m'avait pris la main, et le son de sa voix avait pénétré jusqu'à mon cœur; j'avais vu pleurer la femme qui me rappelait la figure blanche aperçue à la fenêtre.

Tous les hommes n'étaient donc pas méchants? Il y en avait donc de bons ?

A cause de la bonne Catherine, de Jacques Grandin et de Jacques Vaillant, je restai dans la forêt, sentant bien que j'avais en eux des amis qui, au besoin, me protégeraient et me défendraient. D'ailleurs nul ne cherchant plus à m'inquiéter, je ne tardai pas à comprendre que je n'avais plus à avoir aucune crainte.

Savoir que les hommes n'étaient pas tous méchants, qu'il y en avait de bons, avait été pour moi une découverte dont je devais subir peu à peu l'heureuse influence. En effet,> je devins moins farouche et perdis beaucoup de ma sauvagerie.

Cela m'amena à faire successivement d'autres découvertes qui m'impressionnèrent vivement et m'émurent souvent jusqu'à me faire venir des larmes.

Il en était ainsi chaque fois que je voyais une mère embrasser son enfant. Je ne m'expliquais pas bien quelles attaches puissantes il y avait entre ces deux êtres; mais je comprenais que l'enfant appartenait à sa mère, était son bien, sa joie, et je devinais le sentiment de la maternité; d'ailleurs, n'avais-je pas vu, souvent, des petits dans des nids, auxquels d'autres oiseaux apportaient à manger? Cela me faisait comprendre vaguement les mystères de la génération.

D'autres fois, je voyais passer dans les sentiers de la forêt un jeune

couple, les mains unies, ou bien l'un contre l'autre, les bras autour du corps, se serrant; mais toujours se parlant doucement, se regardant, se souriant, s'embrassant. Gela encore, je le comparais aux caresses que les oiseaux se donnaient sous mes yeux. Alors il se faisait en moi comme une clarté, et, sans que je puisse rien définir, bien des choses m'étaient confusément révélées.

Je sentais que dans la nature tout s'aimait; je comprenais l'affection entre eux des êtres semblables; j'avais la compréhension vague de l'amour, et, avant de le connaître, j'en devinais les ivresses.

C'est ainsi que mon cœur s'est vite ouvert à l'amitié et que l'amour naquit si facilement en moi lorsque, sur la Bosse-Grise, je tins M"* Henriette sur ma poitrine, serrée dans mes bras.

Mais, avant cela, que de soupirs poussés, que de larmes versées sans savoir pourquoi ! Que de rêves commencés, repris chaque jour et jamais achevés !

Quand j'avais vu des mères embrasser leurs enfants ou rencontré par hasard deux amoureux, je me sentais remué dans tout mon être, et des sanglots me montaient à la gorge. Je m'enfuyais et allais me cacher dans mes pierres, sur mon lit de feuilles sèches. Et là, seul, dans le silence et l'obscurité, je me mettais à rêver.

G'est alors, monsieur, que j'évoquais les souvenirs de mon enfance, faisant des efforts pour me rappeler tout ; c'est alors que je revoyais la pâle figure de femme qui m'était apparue à la fenêtre. Oh! ce souvenir ! Toujours, toujours, il faisait battre mon cœur; il versait en moi je ne sais quoi de doux qui me faisait oublier mon abaissement, qui me sortait de mon néant. Pendant des années, ce souvenir a égayé, je puis même dire a embelli, a été le charme de ma triste et sombre solitude.

Je gardais aussi le souvenir deia bonne Catherine, mais jamais le souvenir récent ne me causa les émotions, les tressaillements que l'ancien souvenir me faisait éprouver.

Pourquoi étais-je ainsi? Pourquoi cette figure, à peine entrevue, était-elle constamment devant mes yeux? Pourquoi, quand j'ai oublié tant d'autres choses, ce souvenir est-il resté si vivant dans ma mémoire? Existait-il donc entre la femme au visage pâle et moi quelque lien mystérieux ?

Ah ! je peux vous dire cela, monsieur; quand j'eus compris que chaque enfant avait une mère, il se fit en moi une révélation subite, et, dans ma pensée, je m'écriai : C'était ma mère !

— Oh ! fit M. Lagarde.

Et avec une émotion, un transport que rien ne semblait justifier, il

prit le jeune homme dans ses bras et le tint un instant serré contre son cœur, dont on aurait pu compter les battements.

Mais, redevenu bientôt maître de lui, il reprit avec calme ;

— En vérité, mon ami, vous avez supposé que cette femme était votre mère?

— Oui, monsieur ; et j'ai gardé cette idée, et je l'ai toujours là, dans ma pensée, plus persistante que jamais. Je suis venu au monde, j'ai été enfant... comme tous les enfants j'ai eu une mère... Eh bien, oui, monsieur, il y a en moi quelque chose qui me crie :

« Jean Loup, cette femme que tu n'as vue que trois fois, c'était ta mère! »

Et si je ne me trompe pas, monsieur, tout petit on m'a séparé de ma mère; pendant des années peut-être j'ai vécu près d'elle sans le savoir; on m'a privé de sa tendresse, dé ses baisers, et on a fait de moi ce que vous savez.

Oh ! c'est affreux, affreux !

— Monstrueux ! murmura monsieur Lagarde, s'efforçant de retenir ses larmes.

Jean Loup, lui, laissait couler les siennes. Après un long silence, il reprit :

— Vous avez déjà fait beaucoup pour moi, monsieur, et pourtant je voudrais vous demander encore.

— Quoi?

— Me rendrez-vous ma mère?

M. Lagarde sursauta et devint affreusement pâle.

— Oui, répondit-il avec un accent étrange, oui, si elle existe encore, je vous rendrai votre mère.

— C'était elle, n'est-ce pas?

— Oui, Jean, c'était elle !

Le jeune homme bondit sur ses jambes, joignit les mams, et, les yeux levés vers le ciel, il s'écria :

— Oh ! ma mère, ma mère !

Puis se retournant vers M. Lagarde :

— Monsieur, dit-il d'une voix hésitante, et mon père? M. Lagarde resta silencieux et baissa la tête.

Jean Loup eut un long soupir.

— Je comprends, dit-il tristement, baissant aussi la tête, mon père est mort !

M. Lagarde se redressa brusquement, saisit les mains de Jean Loup et, les serrant fiévreusement :

7i8 LE PIlOrEGTEUU.

— Va, s'écria-t-il dans une sorte d'égarement, je ne sais pas si je te rendrai tout ce qu'on t'a pris ; mais ie te donnerai assez pour te faire oublier tout ce que tu as souffert !

XXÎ

Page 1