‹ Jean LoupChapitre 86 sur 153 · LES QUESTIONS DU DOCTEUR · texte numérisé non relu

LES QUESTIONS DU DOCTEUR

— Hé, c'est monsieur le docteur Legendre !

G'est M. Lagarde qui venait de jeter cette exclamation, en voyant entrer le docteur dans son cabinet, sans s'être fait annoncer.

Voyons, tâchez de vous rappeler son nom. (page 839).

— Mon cher docteur, bonjour, reprit-il, tendant ses deux mains à M. Legendre. Je suis charmé de vous voir, vous venez si rarement... Docteur, ce fauteuil vous ouvre les bras.

M. Legendre, s'étant assis, ouvrit sa tabatière, se passa sous les narines, gravement, une pincée de tabac et dit :

— Monsieur Lagarde, j'ai eu, il y a trois jours, la visite d'un notaire.

— Le mien, docteur.

LlV.105. E. RicHEBouRG. — Jean Loup, — Éd. J. Rouff et G'». Liv. 105.

— Il m'a donné communication d'un acte...

— Par lequel vous êtes devenu propriétaire de la maison que vous habitez à Ghatcu.

— Y compris le jardin, monsieur.

— Naturellement.

— Ce n'est pas tout : votre notaire m'a mis entre les mains un titre de dix mille francs de rentes.

— D'après mes calculs, docteur, c'est à peu près ce qu'il vous faut pour vivre convenablement dans votre propriété de Chatou.

— Monsieur Lagarde, permettez-moi de vous dire...

— Sur ce sujet, monsieur le docteur, vous n'avez absolument rien à me dire. Un jour, vous m'avez avoué que vous quitteriez Chatou avec peine ; eh bien, pour que vous ne quittiez pas Chatou, je vous ai donné la maison oii vous demeurez depuis bientôt trois ans, plus dix mille francs de rentes, votre existence et votre tranquillité assurées. N'ayant plus le souci du lendemain, vous poursuivrez vos savantes études, vous achèverez vos travaux commencés, vous en ferez d'autres, vous continuerez enfin, apôtre du progrès, bienfaiteur de l'humanité, à enrichir la science et l'art de guérir de nouvelles et précieuses découvertes.

Ah ! mon ami, je ne pouvais pas moins faire pour vous ! Est-ce que je vous ai interné pendant trois ans dans cette maison de Chatou pour ne pas vous récompenser? Grâce à vous, à vos soins, Jeanne a recouvré la raison... Quand vous donnez le bonheur aux autres, ne devais-je pas aussi penser au vôtre? Le but de ma vie, vous le savez, est de faire autour de moi le plus de bien possible. Je ne vous ai pas demandé votre note, j'ai cru mieux faire en fixant moi-même vos honoraires. Allez-vous donc m'en vouloir pour cela?

— Oh! monsieur, monsieur ! prononça le docteur en proie à une vive émotion.

— Ne dites plus monsieur, mais mon ami 1

— Oui, oui, mon ami, mon bienfaiteur ! M. Lagarde prit la main du docteur, qu'il serra dans les siennes.

— Je n'essayerai pas d'entamer une discussion avec vous, car ce serait inutile, reprit M. Legendre; j'accepte donc la fortune que vous me donnez.

— A la bonne heure ; vous voilà enfin raisonnable et, pour la pre- f mière fois peut-être, juste envers vous.

— Ah! il faut que vous soyez bien riche, pour pouvoir faire de pareilles générosités!

— Oui, mon ami, je suis riche, si riche que le poids de ma fortune

est un fardeau pour mes épaules. C'est pour cela, ajouta M. Lagarde en souriant, que je cherche à l'alléger de quelques millions.

— Allons, dit M. Legendre en manière de conclusion, la fortune n'est pas toujours aveugle; elle tombe parfois en de bonnes mains.

Il resta un moment silencieux, tournant sa tabatière entre ses doigts, puis il reprit :

— C'est beau, c'est magnifique de répandre partout ses bienfaits, de faire des heureux. Mais vous, monsieur Lagarde, vous, qui méritez toutes les bénédictions du ciel, avez- vous toutes les satisfactions que vous pouvez désirer? Etes-vous heureux?

Le visage de M. Lagarde changea aussitôt d'expression et la lumière de son regard s'éteignit.

— Non, répondit-il, je ne suis pas heureux.

— J'ai depuis longtemps deviné qu'il existe en vous une souffrance secrète. Ainsi, ce bonheur que vous donnez à d'autres. Dieu vous le refuse. Et les prêtres nous parlent constamment de la justice divine !

— Mon cher docteur, je n'ai pas le droit de me plaindre; Dieu a déjà fait beaucoup pour moi, et je ne suis pas abandonné de lui, puisque je garde l'espérance en mon cœur.

— Un jour, monsieur Lagarde, vous m'avez dit que vous aviez un but à atteindre et que votre vie entière y était consacrée.

— Oui, j'ai pu vous dire cela.

— Alors vous ne m'aviez pas encore fait l'honneur de m' appeler votre ami ; quoique médecin, — dans plus d'une circonstance un médecin est un confesseur, — ma discrétion et mon respect me faisaient un devoir de ne pas vous interroger; mais aujourd'hui, monsieur, m' appuyant sur l'amitié que vous voulez bien me témoigner, ne m'est-il pas permis de demander à mon bienfaiteur ce qu'il lui manque pour être heureux comme il mérite de l'être?

Un doux sourire effleura les lèvres de M. Lagarde.

— Mon cher docteur, répondit-il d'un ton affectueux, si quelqu'un a droit à toute ma confiance, c'est bien vous.

— Alors, cessez de garder votre secret pour vous seul ; on trouve souvent un soulagement en confiant sa peine à un ami dévoué.

— C'est vrai.

— Ouvrez-moi donc complètement votre cœur.

— A quoi bon vous affliger, mon ami?

— Je ne peux donc rien faire pour vous ?

— Ah! si vous aviez pu faire quelque chose pour moi, il y a longtemps que je vous aurais crié : « Docteur, venez vite à mon aide ! »

— Le but que vous poursuivez est donc bien difficile à atteindre?

— Les difficultés sont nombreuses et sans cesse renaissantes. Vous voulez savoir, docteur ; eh bien, écoutez. Je ne vous dirai pas tout, je ne le puis; il y a des choses que je dois, que je veux cacher encore; mais ce que vous allez apprendre vous suffira pour juger. Je suis arrivé en France en 1868.

— Pardon, monsieur, est-ce que vous n'êtes pas Français?

— Je suis Français ; mais j'ai quitté la France très jeune et j'ai toujours vécu au delà des mers. Je suis donc revenu en France en 1808. Ja pensais y trouver deux personnes, une mère et son fils ; tous deux avaient disparu et j'eus bientôt acquis la certitude que l'un et l'autre avaient été victimes d'une monstrueuse machination, ourdie par un parent qui s'était audacieusement emparé de leur fortune.

Ayant des raisons exceptionnelles pour m'intéresser à ces malheureux, je mis tout en œuvre afin de découvrir ce qu'ils étaient devenus.

— Et vos recherches sont restées sans résultat?

— Pas complètement. Grâce à la Providence qui voulut bien m' aider, j'appris un jour que les deux victimes avaient été enfermées, séquestrées pendant plusieurs années. La mère, paraît-il, avait perdu la raison, ce qui avait rendu le crime de séquestration facile; de plus, elle était étrangère, ne connaissait pas la langue française et n'avait personne en France qui pût la protéger.

Le docteur se dressa sur son siège, prêt à pousser une exclamation; mais il eut la force de se contenir.

— Que vous dirais-je encore? continua M. Lagarde ; un jour, ou plutôt une nuit, la malheureuse femme fut enlevée de sa prison par ses ennemis et conduite probablement dans un autre endroit. Où ? J'ai vainement multiplié mes recherches. Et rien. Rien qui puisse seulement me donner la certitude qu'elle existe encore.

— Est-ce que cette séquestration date de loin? demanda M. Legendre d'une voix qui trahissait son émotion.

— Le crime a été commis à la fin de l'année 1848.

— Quel âge pouvait-elle avoir, alors, la pauvre femme objet de votre intérêt et de tant de vaines recherches?

Pas encore vingt ans .

— De sorte qu'elle aurait maintenant environ quarante-cinq ans.

— Oui.

— On comprend que la malheureuse jeune femme ait perdu la raison.

— Hélas ! soupira M. Lagarde.

— Avez-vous pu savoir en quelle année on lui a fait quitter sa première prison?

— Oui, ceci s'est passé à la fin de l'année 1853, ou au commencement de Tannée 1854. Mais, dites-moi, mon ami, pourquoi me faites-vous toutes ces questions?

Le bon docteur n'était pas habile à mentir ; il resta un instant assez embarrassé.

— Mon Dieu, répondit-il, il s'agit d'une pauvre folle à laquelle je m'intéresse doublement : d'abord par affection pour vous, et ensuite comme médecin aliéniste. Je connais tous les médecins aliénistes de France et je suis constamment en relations avec la plupart d'entre eux. Eh bien, je désire vous aider dans vos recherches ; ne le voulez-vous pas?

— Si, si, mon excellent ami; malheureusement, toutes vos démarches seront inutiles.

— Qui sait?

— J'ai été partout; il n'existe pas en France, en Suisse, en Belgique, en Angleterre, une maison de santé et un hospice d'aliénés que je n'aie visités.

— Nimporte, monsieur, je chercherai. Et c'est afin de pouvoir me guider plus sûrement que je vous prie de vouloir bien répondre aux questions que je vais me permettre de vous adresser.

— Eh bien, docteur, questionnez-moi.

— La jeune femme est étrangère, m'avez-vous dit ; mais il est important, je crois, que je puisse faire connaître sa nationalité ; oui, il est bon qu'on sache oii elle est née, ce que faisaient ses parenis, pourquoi elle a quitté son pays ; qu'on connaisse son nom ; toutes choses, enfin, pouvant servir, aider à établir son identité.

— Je réponds à ces diverses questions, docteur. Elle est d'origine anglaise ; mais elle est créole, étant née dans la capitale des possessions anglaises dans l'Inde, à Calcutta.

M. Legendre tressaillit et un rapide éclair sillonna son regard.

— Son père était directeur d'un entrepôt de toutes sortes de marchandises et se nommait William Glandas, continua M. Lagarde; il n'y a pas à parler de sa mère, une créole aussi, morte deux ans après l'avoir mise au monde. Son prénom est Lucy. Elle n'avait pas encore dix-sept ans lorsqu'elle perdit son père. Un riche négociant, appelé Philippe de Villiers, ami de William Glandas, devint son tuteur, son protecteur, son second père. M. de Villiers était établi à Batavia. Lucy Glandas •vint demeurer dans la maison de son tuteur où elle se maria.

— C'est juste, elle était mariée, puisque vous avez parlé d'un enfant.

— Est-il nécessaire de vous dire que, pendant quelques mois, Lucy fut la plus heureuse des femmes, comme son mari était le plus fortuné des époux.

— Gomment est-elle venue en France?

— C'est son mari qui Vj a amenée. Possédant une fortune de plusieurs millions, les deux époux voulaient se fixer définitivement à Paris. Malheureusement, M. Philippe de Villiers mourut et Tépoux de Lucy fut forcé de retourner à Batavia. Il avait confié, trop aveuglément, sa jeune femme à ce misérable parent, qui devait si monstrueusement trahir sa confiance.

— Est-ce qu'il n'est pas revenu en France?

— Le bâtiment sur lequel il faisait la traversée du retour s'est' perdu corps et biens.

— Affreuse fatalité ! je comprends maintenant comment la pauvre Lucy put être victime de son odieux parent. Mais vous ne m'avez pas dit le nom du mari, monsieur Lagarde; comment s'appelait-il?

Après un moment d'hésitation, le protecteur de Jean Loup répondit :

— Qu'importe ce nom, depuis longtemps oublié? Je ne puis m ne veux encore le faire connaître. Croyez, mon cher docteur, que des raisons sérieuses m'obligent à garder le silence sur ce point.

M. Legendre ne crut pas devoir insister. Du reste, n'était-il pas déjà suffisamment renseigné? Grâce à ce qu'il venait d'apprendre, il saurait bientôt, et sans que cela pût lui laisser un doute, si son intéressante pensionnaire était la malheureuse Lucy Glandas.

Il causa encore un instant avec M. Lagarde, puis il se retira. Il avait hâte de se retrouver à Ghatou. Aussi ne perdit-il pas une minute ; il arriva à la gare Saint-Lazare en courant, tout essoufflé, juste au moment où l'on allait fermer les portes des salles d'attente de la ligne de Saint-Germain.

A onze heures, il était chez lui.

Marie se promenait dans le jardin. Il l'appela et la fit entrer dans son cabinet.

— Ma chère Marie, lui dit-il en lui montrant un fauteuil et en s'asseyant lui-même, j'ai fait ce matin, je crois, une précieuse découverte; d'ailleurs nous allons en juger. Prêtez-moi donc toute votre attention. Après vous être donné beaucoup de peine, vous êtes parvenue à vous rappeler que vous êtes née à Calcutta, chef-lieu de la province du Bengale et capitale des possessions anglaises en Asie. Vous êtes une créole anglaise, c'est acquis. Il s'agit maintenant de retrouver d'autres sou-

venirs et j>. vais, j'espère, vous y aider. Ecoutez, Marie, écoutez : Au temps où vous demeuriez à Calcutta, il existait dans cette ville

un honorable commerçant anglais appelé William Glandas.

La jeune femme se dressa d'un bond, comme par un ressort.

— Mon père, mon père! exclama-t-elle.

Les yeux du docteur rayonnèrent.

— Alors, mon enfant, reprit-il, si M. William Glandas était votre père, vous vous appelez Lucy.

— Oui, monsieur, Lucy... Ah! je me souviens, je me souviens!... Oui, je me nomme Lucy Glandas.

— Bien, bien, continuons : vous n'aviez pas dix-sept ans lorsque vous avez eu la douleur de perdre votre excellent père.

— Je me souviens, dit Lucy dont les yeux se mouillèrent de larmes.

— Vous étiez tout à fait orpheline, car, alors que vous étiez encore en bas âge, vous aviez eu déjà le malheur de perdre votre mère. Mais votre père avait un ami aux îles de la Sonde, à Batavia.

— Batavia! murmura la jeune femme.

— Cet ami de votre père vous reçut dans sa maison.

— C'est vrai, monsieur, j'ai quitté Calcutta pour aller habiter à Batavia.

— Votre tuteur vous traita avec bonté, vous aima comme sa fille; en un mot, il fut pour vous un second père.

— Oui, monsieur, un second père.

— Voyons, tâchez de vous rappeler son nom.

— Je cherche.

— Elle faisait, en effet, des efforts surhumains pour dissiper les ténèbres au milieu desquelles sa mémoire se réveillait.

— Voulez-vous que je vous aide un peu? reprit M. Legendre; votre tuteur se nommait M. Philippe...

— Philippe de Villiers! s'écria la jeune femme dont la physionomie prit une expression de joie indicible.

— Ah ! chère enfant, chère enfant ! s'écria à son tour le docteur. Oui, vous êtes bien Lucy Glandas, la fille de M. William Glandas ; je n'en demande pas une autre preuve. Mon Dieu, ajouta-t-il d'une voix vibrante, quel bonheur inespéré pour vous, pour lui, pour moi ! Lucy, chère enfant, brisons tous les liens qui enchaînent votre mémoire : vous vous êtes mariée à Batavia.

— Oui, monsieur, oui, je me suis mariée! répondit-elle, prise d'une sorte de tremblement nerveux.

Puis, joignant les mains, elle murmura, prête à sangloter :

— Mon Dieu, mon Dieu !

M. Legendre reprit :

— Votre mari était français ; vous Faimiez et il vous aimait.

— Oh ! oui, nous nous aimions !

— Lucy, comment se nommait votre mari? Elle resta un instant silencieuse, absorbée.

— Je ne trouve pas, je ne trouve pas! prononça-t-elle avec un accent désolé.

— Passons, dit M. Legendre. Peu de temps après votre mariage, votre époux vous amena en France; mais, par suite de la mort de M. Philippe de Villiers, il dut retourner à Batavia. Il vous confia à un de ses proches parents, qui devait veiller sur vous, vous protéger, vous respecter.

— Son frère, monsieur, son frère !

— Ah! c'était son frère ! Vous vous rappelez... Eh bien, Lucy, ce frère était un misérable !

— Oh! oux,«n misérable! répéta-t-elle.

Elle eut comme un frémissemert de terreur.

— Vous ne connaissiez personne en France, vous ne parliez pas la langue française ; vous étiez malheureusement sous la dépendance et à la discrétion de cet homme, qui cherchait le moyen de mettre la main sur votre fortune , qui était considérable. Le misérable ne craignait pas le retour de votre mari, de son frère ; le navire qui vous ramenait votre époux...

Lucy poussa un cri de douleur, et aussitôt elle éclata en sanglots,

— Eh bien, Lucy? l'interrogea doucement le docteur.

— Une nouvelle clarté se fait dans ma mémoire, répondit-elle d'une voix entrecoupée, le navire a fait naufrage et mon mari a péri.

— Ainsi, pauvre enfant, vous avez appris la triste 6n de votre mari. Ce fut pour vous un coup terrible, et c'est alors, sans doute, que vous avez perdu la raison. Vous étiez, dès lors, livrée sans défense à votre ennemi, qui ne réussit que trop bien à commettre les crimes qu'il méditait.

Mais nous avons assez tourmenté votre mémoire aujourd'hui. Vous êtes Lucy Glandas; voilà ce dont je voulais être certain, voilà la seule chose que j'avais besoin de savoir.

Maintenant, Lucy, je dois vous apprendre qu'il y a à Paris un homme qui vous cherche depuis plusieurs années.

La jeune femme laissa voir son étonnement.

, Elle tressaillit de nouveau et fit un pas en avant (page 849).

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— Quoi, fit-elle, un autre que vous s'intéresse à moi ?

— Oui, Lucy, et je peux vous dire que, pour cet autre, vous retrouver est une chose capitale. Vaus m'avez plus d'une fois entendu parler de M. Lagarde, le protecteur de votre amie Jeanne et mon bienfaiteur. Eh bien, Lucy, je vais augmenter votre étonnement en vous disant que c'est M. Lagarde qui s'est imposé la tâche de vous retrouver, que c'est M. Lagarde qui veut être aussi votre protecteur et votre bienfaiteur.

D'oii vient cet intérêt extraordinaire que vous lui avez inspiré, je ne saurais le dire. Gomment a-t-il eu connaissance de vos malheurs, je l'ignore. M. Lagarde a constamment vécu à l'étranger; il n'est revenu en France que depuis cinq ou six ans. Nous pouvons supposer qu'il vous a connue à Calcutta ou à Batavia. Peut-être était-il un ami de votre père.

— Ce nom de Lagarde ne me rappelle rien, dit Lucy. Si M. Lagarde eût été un ami de mon père ou de M. Philippe de Villiers, il me semble que je me souviendrais.

— C'est bien, mon enfant, ne fatiguez pas votre cerveau inutilement. Demain vous verrez M. Lagarde, et il vous dira lui-même oii il vous a connue et pourquoi il s'intéresse à vous.

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