T/ESPRIT DE L'ECOLE LANCASTERIEXNE
mutuel ont déclaré, que «le procédé en usage étant purement grammatical en lui-môme, on ne doit ni ne peut transporter dans les écoles renseignement spécialement réservé aux pasteurs, » c'est-à-dire l'enseignement du dogme, et, par conséquent, « que les exercices religieux des classes sei^ont réglés de manière h ce qu'ils puissent être également pratiqués dans toutes les communions auxquelles les lois accordent une égale protection. » Les manuels à l'usage des maîtres et maîtresses leur recommandent de « s'imposer le silence le plus respectueux sur ce qui est du domaine de la foi. »
Evidemment, sous prétexte de tolérance, de bienveillance égale envers tous les cultes, on tend dès lors à chasser Dieu de l'école. L'enseignement mutuel est le précurseur discret, mais réel, de l'enseignement neutre, laïque et obligatoire que les loges maçonniques ont fmi par imposer à la France.
On ne s'en aperçut guère à l'origine. Des hommes de bonne foi, et même d'excellents chrétiens (1), défendirent l'enseignement mutuel avec une énergie digne d'une meilleure cause. Le grand vicaire de Saint-Brieuc jugea du premier coup qu'il avait affaire à un ennemi des plus perfides, et, sans tarder, se mit sur la défensive.
Les disciples du bienheureux de la Salle avaient déjà instruit la jeunesse de Saint-Brieuc avant la Révolution. Chassés à l'époque de la Terreur, ils n'avaient pas été remplacés. Quelques maîtres et maîtresses d'école, sans crédit et sans autorité, se montraient seuls à Saint-Brieuc. L'occasion était donc excellente pour y fonder une école de Frères.
M. de la Mennais commença par s'assurer le concours des autorités locales ; puis il adressa la lettre suivante au frère Gerbaud, alors supérieur général de la congrégation :
(1) Comuie M. Ambroise Rendu, le futur ami de M. de la Mennais.
(( Mon respectable Frère, les habitants de Saint-Brieuc, à la suite de la mission, ayant témoigné un grand désir de voir renaître l'école que votre congrégation dirigeait autrefois dans cette ville, le conseil municipal, par sa délibération en date du 10 avril, a arrêté qu'une somme de mille deux cents francs serait portée, dès cette année, sur son budget pour la pension de trois Frères, et il s'est engagé à voter, pour l'année prochaine, celle de mille huit cents francs, que M. le maire a annoncé être nécessaire. La maison qu'ils occupaient avant la Révolution n'a point été aliénée. Le conseil municipal a décidé qu^elle serait rendue à sa destination primitive, et c'est au nom de M. le maire que je vous écris pour vous demander en grâce de nous donner trois de vos Frères au premier octobre prochain. Je fixe cette époque, parce que la maison ne sera libre qu'à la fin de septembre, et qu'il nous faut un mois pour la meubler et la mettre en état de les recevoir. Je me charge personnellement de cette dépense, ainsi que des frais de voyage, et j'en reste garant envers vous.
« J'espère que vous accueillerez notre demande, et je désire d'autant plus que l'exécution ne souffre pas de retard, que je vois de tous côtés s'élever des écoles nouvelles, qu'on voudrait aussi sans doute établir dans notre ville. Si vous refusiez les propositions qui vous sont faites aujourd'hui, j'en serais inconsolable, et je vous prie, au nom du Seigneur et avec les plus vives instances, de ne pas repousser la prière que je vous adresse (1). »
Le frère Gerbaud ne demandait pas mieux que de seconder les efforts du grand vicaire; mais il manquait de sujets et d'argent (2). Il fit part de sa détresse à M. de la Mennais. Celui-ci ne se déconcertait pas pour si peu. Il pria le supérieur général de lui réserver les trois premiers postulants qui se présenteraient au noviciat,
(1) Lettre inédite, du 10 mai 1817. — Archives des Frères.
(2) En province comme à Paris, il n'y eut pas une seule école chrétienne créée dans Tannée 1815. Les ressources financières faisaient presque complètement défaut à la maison mère de Lyon, qui pouvait à grand