LA REGLE PROVISOIRE
que M^^*^ Cartel — la vraie fondatrice, disait-elle, — en exercerait les fonctions.
Ce n'est pas ainsi que Fentendait son humble compagne. La petite communauté à peine constituée, elle se mit à observer à l'égard de M^^^ Gonan la plus parfaite obéissance. Il fallut l'intervention de M. de la Mennais pour que M""^ Cartel consentit à donner son avis à la supérieure dans les occasions importantes.
Le moment de prendre l'habit n'était pas encore venu, puisque M^^*^^ Cartel et Chaplain ne pouvaient quitter entièrement leur famille. La prudence s'imposait môme absolument, car si les parents des deux amies s'étaient doutés qu'elles voulussent se faire religieuses, ils n'auraient pas manqué de jeter les hauts cris et d'entraver l'œuvre de toutes manières. Chaque soir, après avoir passé la journée au milieu des enfants, elles rentraient au logis familial.
Il fallait pourtant suivre une règle. Pendant la Révolution, le P. de Clorivière avait fondé, sous le nom de Société du Cœur de Marie, une congrégation de femmes analogue à celle qu'il avait établie pour les prêtres sous le nom de Société du Cœur de Jésus. Les membres de cet institut approprié au malheur des temps vivaient dans le monde, tout en faisant les trois vœux de religion, ne portaient aucun costume spécial, et se réunissaient seulement à des intervalles déterminés.
De telles règles étaient seules praticables, au moins jusqu'à nouvel ordre, pour les protégées de M. de la Mennais. Il les leur imposa provisoirement, en leur maintenant le nom de Filles de la Pi'ovidence.
Mais, pour former une religieuse, il faut autre chose qu'un corps de lois écrites. Le grand vicaire ne l'ignorait pas, et il eût été heureux de donner lui-même à ses chères filles des instructions convenables à leur nouvel état. Ses occupations Ten empêchaient absolument. Il s'adressa donc à une sainte* âme, que tout Saint-Brieuc vénérait pour sa haute vertu, M'"^ Pouhaër, supérieure des Dames de Saint-Thomas-de- Villeneuve. Avec une charité
et une bonne grâce sans égales, elle se fit la maîtresse des novices des premières Mères de la Providence.
On avait dû quitter, faute de place, l'école de la rue Fardel. Dès le 19 mars 1818, les classes avaient été tranférées à l'hôtel de la Grande-Porte Taron, loué par M. de la Mennais dans la rue Quinquaine.
On se constitua en communauté, autant qu'il était possible de le faire sans vivre toujours ensemble.
M^^*' Gonan garda sa charge de supérieure. M^^*" Cartel fut élue première assistante, etM'^^ Ghaplain seconde assistante. Gelle-ci devait être en môme temps maîtresse des novices, lorsque viendraient de nouvelles recrues.
Un oratoire fut établi dans l'hôtel transformé en couvent. Avec sa générosité ordinaire, M. Sébert le pourvut de tous les objets nécessaires au culte, et M. de la Mennais, non content d'y venir le plus souvent possible exhorter ses Filles, leur permit d'y conserver le Saint Sacrement.
Leurs plus chers désirs étaient exaucés, et elles ne songèrent d'abord qu'à se fixer pour longtemps dans cette demeure, qui semblait convenir à leur modestie, tout en se prêtant suffisamment aux ambitions de leur zèle.
Mais leur école prospérait avec une rapidité imprévue. Le 29 mars 1819, la cérémonie de la messe du Saint- Esprit, célébrée dans la chapelle de Notre-Dame-du-Refuge, réunit deux cents enfants; trois mois après, on en comptait plus de quatre cents. Une nouvelle migration s'imposait.
Depuis longtemps, M. de la Mennais méditait de racheter, au profit d'une communauté religieuse, l'ancien couvent des Ursulines. Une petite partie de l'enclos se trouvait à vendre en 1820. Il crut le moment venu d'ouvrir des négociations. Ses Filles de la Providence ne voyaient ce choix qu'avec peine, à cause du voisinage de la gendarmerie et de la caserne, installées dans les anciens bâtiments claustraux. Aussi n'accueillirent-elles qu'avec une grande froideur la nouvelle de l'achat conclu