‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 173 sur 257 · L' «IMITATION » DE · texte numérisé non relu

L' «IMITATION » DE

équivaut, pour nous, à une certitude morale. Nous soumettons, d'ailleurs, nos raisons au jugement du lecteur.

En 1820 paraissait, à Paris, une traduction de l'Imitation sous ce titre : Y Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle^ par E. Genoude, augmentée d'une préface et de réflexions à la fin de chaque chapitre, par ïahhé F. de la Mennais.

M. de Genoude, qui signait encore de son nom plébéien, avait connu l'abbé Féli à Saint-Sulpice, et, depuis lors, ils avaient travaillé ensemble au Conservateur. Convertis tardivement l'un et l'autre, ils avaient eu, presque en même temps, leur période d'exaltation mystique. \J Imitation devint leur livre de chevet, et ils virent dans la diffusion du saint livre une œuvre d'apostolat. Ces pages sorties, comme TEvangile, du sein de la mort^ selon l'expression de Michelet(l), étaient faites pour attirer un homme tel que l'abbé Féli. Cet entretien tendre et sublime, ce dialogue d'amitié entre Jésus et son serviteur fidèle a lieu sur les ruines, sur le tombeau du genre humain. Or, la sombre imagination de Féli ne rêvait que ruines et tombeaux. Les images qui viennent le plus souvent sous sa plume sont des images funèbres.

Mais l'ascète inspiré ne se borne pas à gémir sur la vanité de ce qui meurt; il ouvre au chrétien de rayonnantes perspectives sur les demeures éternelles. Obsédé par la vision d'une société dont il n'apercevait que les misères, l'abbé de la Mennais sentit le besoin de rafraîchir son cœur à la source pure où le pauvre moyen-âge avait bu pour tromper ses douleurs. Il savoura V Imitation, puis il voulut répandre autour de lui ce baume qu'il estimait souverain contre la souffrance humaine. Bien des fois on avait traduit en français l'admirable livre. Aucune de ces traductions ne le satisfit, et sa première pensée

(1) Histoire de France, t. V. p. 2, édition Hachette, 1841.

fut (le s'attaquer lui-même au texte, afin d'en rendre, s'il était possible, la simplicité et l'onction.

C'était Fépoque des controverses suscitées par le deuxième volume de V Essai sw^ l'Indifférence. Obligé de faire face à cette levée de boucliers, l'ablié Féli chargea son ami de Genoude du travail qu'il avait rêvé d'entreprendre. Celui-ci accepta, mais à la condition que la traduction paraîtrait au moins sous le patronage de celui que la France acclamait alors comme un nouveau Bossuet. De là les deux noms qui figurent sur le titre du volume publié en 1820.

A ne consulter que ce titre, on croirait — et de fait on a cru longtemps, — que préface et réflexions sont en entier de l'abbé Féli. Néanmoins, il suffit de lire attentivement le post-scriptum placé à la suite de la préface pour se convaincre qu'une main différente de celle de Genoude et ,de celle de Féli lui-même a tenu la plume.

Voici les premières lignes de ce post-scriptum : « On a cru qu'il serait utile de placer à la fin des chapitres de Vlmitation quelques réflexions qui en fussent comme le résumé. Elles tiendront lieu des « pratiques » du P. Gonnelieu. Ces pratiques, qui furent écrites dans un siècle où il y avait encore de la foi dans les cœurs et de la simplicité dans les esprits, semblent devenues insuffisantes dans des temps malheureux oii Je imisonnement a tout attaqué et tout corrompu. On s'est néanmoins efforcé d'atteindre, par des moyens différents, le même but que s'était proposé ce pieux écrivain, en fixant l'attention sur les principaux préceptes ou sur les principaux conseils contenus dans chaque chapitre. Un homme de beaucoup de talent, et, ce qui vaut mieux encore, cVune piété trop rare aujoiircriiiii, a bien voulu nous aider dans ce travail, que 7ious jurions Dieu de bénir et de faire fructifier (1). »

Cet (( homme de beaucoup de talent et d'une piété trop rare », qui a aidé Féli à composer les pratiques ou

(1) Préface, p. XVII, édition de 1820. Paris, à la librairie grecque-latineallemande, rue de Seine n" 12.

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