‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 180 sur 257 · LES SECRÉTAIRES DE L'ARBE JEAN · texte numérisé non relu

LES SECRÉTAIRES DE L'ARBE JEAN

M. de la Mennais comprit du premier coup la nécessité de certains changements; mais comment trouver, dans un milieu aussi peu connu, de dignes auxiliaires? Il songea à la Bretagne. Il avait vu de près, à Saint-Brieuc, un secrétaire de Féveché, M. Botrel. Ce prêtre avait, en bien des circonstances, secondé ses vues, et, pour ce fait, Mgr de la Bomagèrel'avait écarté de l'évêché et relégué comme vicaire dans une paroisse de campagne. M. de la Mennais l'appela auprès de lui en qualité de secrétaire.

Son successeur à la chancellerie épiscopale de Saint- Brieuc, Tabbé Pérot, ne tarda pas à prendre ses fonctions en dégoût. 11 désirait suivre à Paris M. Botrel, et l'abbé Jean, qui connaissait ses qualités, consentit volontiers à se l'attacher.

Mais il fallait compter avec Mgr de la Romagère. Froissé dans sa susceptibilité, craignant peut-être d'autres départs, il se plaignit amèrement au Grand-Aumônier des agissements de son grand vicaire : « N'ayant reçu, disait-il, aucune lettre de votre Altesse relativement à M. l'abbé Pérot, secrétaire de l'évêché, j'ai dû croire que M. Jean de la Mennais avait encore cherché à m'arracher ce prêtre comme il m'avait enlevé l'abbé Botrel, et ce, en usant d'adresse pour donner lieu de penser qu'il n'y aurait même pas besoin d'avoir mon consentement.

... Je dois le dire, Monseigneur, ce qui arriva par rapport à M. Botrel doit vous avoir déjà éclairé sur la marche tortueuse que prend M. l'abbé de la Mennais pour faire réussir ses projets. Aussi, Monseigneur, ai-je prévenu votre Altesse qu'il avait des talents, mais que je désirais qu'il se conduisît d'après vos avis. C'était ce que je n'aurais jamais obtenu qu'il fit à mon égard, quoique j'eusse l'avantage d'une longue expérience et d'avoir éprouvé des tribulations, toujours en France, et combattant pour la religion, à Châlons, à Bourges, à Clermont, etc. (1). »

Le prince de Croy était homme d'esprit. Il sourit à ces innocentes rodomontades, et laissa l'abbé de la Mennais

libre de composer son personnel. Un ancien professeur du collège de Saint-Malo, l'abbé Martin (1), vint compléter le groupe breton des collaborateurs de l'abbé Jean.

Désormais, celui-ci était en famille. 11 se mit courageusement à la besogne. Elle était ardue et spécialement fastidieuse pour un homme qui, comme lui, avait besoin d^activité extérieure. Elle lui fut, dans les premiers temps, extrêmement pénible, en mettant aux prises sa délicatesse et son amour du devoir.

Arrivé à Paris sans connaître la vraie situation, Tabbé Jean ne tarda pas à découvrir le conflit qui existait entre son ancien protecteur et son chef hiérarchique. Quelle angoisse pour une âme droite comme la sienne! 11 commença par étudier sans parti pris les raisons des deux adversaires, et ne tarda pas à se convaincre que le droit était du côté du prince de Gro}\ Dès lors, su conscience était à Taise. Quoi qu'il en pût coûter à son cœur, il n'hésita plus à soutenir les prérogatives du Grand-Aumônier.

Le prince de Gro^^ n'était pas homme de bureau. Pieux, aimable, animé d'un vrai zèle pour l'honneur de l'Eglise, il avait gardé du grand seigneur une horreur instinctive des détails et une certaine inaptitude aux observations précises. Une discussion serrée n'était point son fait. Aussi chargea-i-il tout d'abord Fabbé Jean de défendre ses prétentions.

Nous avons sous les yeux un dossier rédigé en entier par le grand vicaire. Il se compose de mémoires au roi et de lettres adressées h l'archevêque de Paris, au nom et sous la signature du Grand -Aumônier. La netteté d'esprit de l'abbé Jean, sa vigueur de dialectique, son habileté à manier la langue éclatent dans ces pages. La discussion est, d^ailleurs fort courtoise. Ge recueil est un modèle de savoir-vivre aussi bien qu'un monument de haute raison.

(Ij Cet ecclésiastique revint plus tard en Bretagne. Après avoir été successivement recteur de Bléruais et de Vern, au diocèse de Rennes, il se lit missionnaire, et mourut évêque de Natchitoches.

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