MALADIE DE FÉLI
n'attendaient plus que le moment fatal, quand arriva un nouveau médecin, mandé en toute hâte. Celui-ci comprit heureusement la nature du mal. Il s'empara d'un petit flacon d'alcali trouvé dans la chambre du malade, et, par tous les moyens, essaya de ramener dans ce corps usé la vie qui s'échappait.
Ce remède énergique produisit un eff'et immédiat. Peu à peu, les forces revinrent, et, le jour de l'Assomption, l'abbé Féli pouvait célébrer la messe dans la cha'pelle du parc.
La mort qu'il avait appelée devait attendre; hélas! vingt-sept ans. Pourquoi ne vint-elle pas alors? pourquoi ce prêtre, qui avait si bien mérité de l'Eglise, n'alla-t-il pas recevoir sa récompense, au moment même oij, perdue en Dieu, son âme savourait déjà l'avant-goût des joies célestes? pourquoi ce défenseur de la foi ne fut-il pas moissonné en pleine gloire, pendant que brillait encore à son front l'auréole du docteur? Question terrible qui, plus tard, dut se présenter bien des fois, avec une croissante angoisse, à la pensée du pauvre Jean!
En attendant l'épreuve suprême , des deuils répétés allaient plonger le saint prêtre dans l'amertume du cœur. Il avait déjà perdu, en 1826, une de ses petites nièces. Au mois de janvier 1828, son vieux père mourut à Rennes, consolé par sa présence et fortifié par ses bénédictions (1). L'année suivante ce devait être 1' «oncle des Saudrais. » Enfin la mort prématurée d'un neveu, « le pauvre petit Louis », comme l'appelait Féli, vint mettre le comble à ses tristesses. Mais, comme toujours, courbé un instant sous la main de Dieu, il se releva ensuite plus humble et plus fort. La santé de Féli une fois raffermie, il crut le moment venu de donner la dernière forme à la congrégation de Saint-Méen.
(i) Le 23 janvier 1828, Féli écrivait, de la Ghesnaie, à Fabbé Gerbet : « Mon frère devait être ici hier, mais il est retenu à Rennes près de mon
Sauvre père, que nous perdrons probablement bientôt. Je vous demande e prier pour lui. Préparé comme il l'est par tant de souffrances, je le trouve heureux de s'en aller, à la veille des maux qui vont nous atteindre. » — De Ladoue, M(jr Gerbet, etc. t. I. p. 361. — Le père des La Mennais mourut à l'âge de 85 ans.
Depuis quelque temps, laChesnaie se remplissait d'hôtes nouveaux, venus de tous les points de la France. Le livre De la Religion considérée dans ses rapports avec V ordre politique et civil avait mis le comble à la réputation de Féli. Le jeune clergé était décidément conquis aux doctrines romaines. L'auteur voulait poursuivre sa campagne, et il cherchait des auxiliaires. On le savait : quelques prêtres se présentèrent.
D'autre part, en cessant d'être royaliste, Félicité de la Mennais avait résolu de constituer en France un parti catholique. Pour cela, il se proposait de faire entrer les laïques dans la vie générale de l'Eglise, et de leur mettre, au besoin, entre les mains des armes de combat. C'était hardi; cela ne s'était pas vu depuis des siècles; raison de plus pour que l'idée fit son chemin.
Bientôt quelques jeunes hommes avides de servir l'Eglise sans endosser la livrée du prêtre vinrent demander au champion de la papauté encouragement et direction.
C'est vers la fin de l'année 1828 qu'arrivèrent à la Chesnaie les premières recrues. Plusieurs prêtres avaient déjà rejoint l'abbé Gerbet, entre autres MM. Combalot et Rohrbacher. D'autres devaient suivre, comme les abbés Lacordaire, Blanc, Bornet, Godin, Jules Morel, Kaminski.
Du côté des laïques, même réunion de précoces talents. C'étaient les deux Bore, dont l'un, Léon, devint plus tard inspecteur général de l'Université, et l'autre, Eugène, supérieur général des Lazaristes; laProvostaye, décédé, lui aussi, inspecteur de l'Université; Deniel, auteur de remarquables articles insérés dans VAvenir; Cyprien Robert, futur professeur au collège de France; Quris, qui devait se faire connaître par d'intéressants travaux de traduction ; Ange Blaize, neveu des La Mennais; Eloi Jourdain, dont le nom a conquis, sous le pseudonyme de Charles Sainte- Foi, une certaine célébrité. Plus tard, de jeunes littérateurs comme Maurice de Guérin, Cazalès, du Breil de