‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 195 sur 257 · ORIGINES DE LA CONGREGATION DE S^-PIERRE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA CONGREGATION DE S^-PIERRE

l'abbé Féli se dit qu'il y avait besogne plus urgente pour ses disciples que d'écrire des articles ou même des livres. Dans nombre de diocèses, l'enseignement clérical allait être confié à des maîtres improvisés. Sans • abandonner les travaux d'apologétique, il fallait aller au plus pressé, remplacer les Jésuites par des prêtres instruits qui ne fussent pas, comme eux, impopulaires, et, puisque l'abbé Jean dirigeait déjà une congrégation vouée en partie à l'enseignement des petits séminaires, sur laquelle le gouvernement fermait les yeux, réunir aux prêtres de Saint-Méen les hôtes de la Ghesnaie déjà prêtres, ou qui aspiraient à le devenir.

Il écrivait alors : « A raison des changements nombreux survenus dans la société, dans les lois, les idées, les mœurs, et de l'état de révolution qui doit se prolonger longtemps encore, les ordres anciens rencontreraient des obstacles insurmontables. Trop exposés aux regards, trop aisés à atteindre, ils succomberaient bientôt aux persécutions que l'impiété leur susciterait. Il faut, en ces tristes temps, un ordre à la fois mobile et fort, qu'on ne puisse saisir sous aucune forme rigoureusement déterminée, qui s'applique à tous les genres d'œuvres sans dépendre d'aucune, en un mot, constitué de manière à conserver une action libre au milieu des difficultés qui l'environnent, et à échapper aux proscriptions dont la haine antichrétienne frappera inévitablement les institutions religieuses (1). »

Les prêtres de Saint-Méen étaient heureux d'abriter leur congrégation sous l'égide d'un nom célèbre. L'accord fut vite conclu (2). Les jeunes gens qui ne se sentaient pas appelés au sacerdoce resteraient à la Ghesnaie. L'abbc Féli garderait aussi près de lui quelques-uns de ses disciples, déjà prêtres, dont il teùait à diriger les études. Quant aux ordinands, on les placerait dans une maison

(1) Manuscrit inédit de F. de la Mennais. — Archives des Frères.

;2) Le 28 juillet 1828, Féli écrivait de Rennes à l'abbé de Salinis : « Mon frère m'attendait ici, comme nous en étions convenus : nous avons causé de nos affaires, et nous avons été d'accord sur tous les points. » De Ladoue. Mgr Gerbet, etc., 1. 1, p. 362.

récemment acquise, à Malestroit, sous la direction d'ecclésiastiques distingués, détachés de la Ghesnaie. Tous, prêtres et simples clercs, vivraient sous une règle commune, et reconnaîtraient comme supérieur général M. Jean de la Mennais.

En s'adjoignant des ecclésiastiques spécialement voués à Fétude, la congrégation de Saint-Méen se transformait; il lui fallait de nouveaux statuts.

Jean et Féli les rédigèrent de concert. Ils sont demeurés inédits jusqu'à ce jour, mais nous avons eu la bonne fortune de les consulter. Ces quelques pages ' présentent sur la situation et les besoins de l'Eglise, sur l'origine de ses maux, sur les moyens d'y porter remède, sur l'avenir des chrétientés d'Orient et d'Angleterre, des vues à la fois neuves et profondes, dont quelques-unes, à soixante ans de distance, paraissent vraiment prophétiques. On en jugera par les passages suivants, extraits du chapitre intitulé : Objet de U ordre.

« La connaissance plus exacte et plus profonde qu'on acquiert chaque jour des doctrines et des traditions de l'Orient, l'état intellectuel du peuple de ces contrées, les événements du monde même politique, tout semble annoncer, pour une époque qui ne saurait être très éloignée, de grands desseins de la Providence sur les nations assises à Fombi^e de la mort. Réveillées de leur sommeil, elles se lèveront et salueront la lumière de l'Evangile, qu^elles ont repoussée si longtemps. L'ordre appelle de tous ses vœux le moment oii il lui sera donné de prendre part à cette œuvre de miséricorde et de régénération. »

Ces lignes ne semblent- elles pas viser l'action si providentielle de Léon XIII en faveur de la réunion de l'Eglise d'Orient à l'Eglise romaine? Et que penser des réflexions suivantes, quand on songe au mouvement de conversion qui agite actuellement l'Angleterre :

« Les pays protestants ofl'rent aussi une abondante moisson à recueillir. A mesure que les préjugés anticatholiques s'atTaiblissent, la rigueur des lois se relâchant

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