‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 196 sur 257 · ORIGINES DE LA CONGREGATION DE S^-PIERRE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA CONGREGATION DE S^-PIERRE

presque partout, laisse un champ libre à la prédication de la vérité. Le moment est venu d'ouvrir comme une vaste mission européenne, pour ramener à l'unité de la vraie foi les peuples qu'en a séparés le schisme du XVI^ siècle. Levate oculos vestros et vide te regiones quia albœ sîint jam ad mess em (1). Dans la disposition actuelle des esprits fatigués de l'erreur et du doute, le moindre ébranlement pourrait renverser l'édifice ruineux du protestantisme, que la politique seule soutient encore. L'ordre n'omettra rien pour hâter, avec le secours de Dieu, un événement d'où dépend en partie le renouvellement de la société et le salut de tant d'âmes. »

A côté de ces vues d'une sagacité si pénétrante, on admire, dans ce programme, l'entente pratique de la vie de communauté. Rien qui procède de l'illusion ou du rêve, rien qui ne soit solidement conçu et facilement réalisable. Évidemment l'abbé Jean a passé par là.

La nouvelle congrégation embrassera trois classes d'œuvres. La première comprendra les travaux qui ont pour but direct et spécial la propagation des vraies doctrines par des écrits de tous genres, « car, disent les LaMennais, il ne suffit pas aujourd'hui de s'adresser aux esprits sérieux dans des ouvrages qui demandent une attention forte et soutenue, il faut encore parler à ceux qui puisent toute leur instruction dans les pamphlets étales journaux, et le nombre en est immense. » — « La science tout entière, ajoutent-ils, ayant été corrompue par l'impiété, elle doit être purifiée tout entière. Ainsi il est dans l'esprit de l'ordre de cultiver, non seulement les sciences théologiques, philosophiques et historiques, ainsi que les langues, si nécessaires pour remonter|à l'origine des peuples et des traditions, mais encore les sciences mathématiques et .physiques, avec celles qui en dépendent. »

(1) Joau., IV, 15^).

448 JEAN-MARIE DE LA MExNNAIS

Le second objet que se proposent les fondateurs est « Féducation, soit laïque, soit cléricale. » — « On s'appliquera, disent-ils, à former Fenfance dans les collèges et les écoles ecclésiastiques, et la jeunesse dans les séminaires, s'efTorçant de perfectionner les méthodes d'enseignement et d'inculquer aux élèves, avec les sentiments d'une piété solide et pure, les doctrines qui seules peuvent les affermir inébranlablement dans la foi. »

(( La troisième classe d'œuvres comprendra les missions, les retraites, la direction des âmes, la conduite des congrégations et des académies déjeunes gens (1). »

Les La Mennais n'ont garde d'omettre ce qui doit être la caractéristique et même la raison d'être de la nouvelle fondation. « Les doctrines romaines sont la règle invariable de Tordre et de ses membres en tout ce qui tient à la religion. Leur premier devoir est de ne jamais s'en écarter sur aucun point ni sous aucun prétexte. L'ordre n'exige rien d'eux plus expressément. » Et, pour affirmer très haut l'esprit de la société, on lui donnait le nom de Congrégation de Saint-Pierre.

Enfin, comme nulle œuvre d'apostolat ne saurait vivre sans reposer sur l'humilité, le zèle et la charité mutuelle, les deux fondateurs convient leurs disciples à d'incessants progrès dans ces vertus.

(( Convaincus profondément, disent-ils, que l'homme est par lui-même impuissant à tout bien, que la science, le talent, les dons naturels et acquis demeurent stériles'' dans l'ordre du salut si la grâce ne les anime et ne les féconde, les religieux de Saint-Pierre n'attendent que de Dieu seul le succès de leurs travaux. Ils s'attacheront à faire des progrès continuels dans l'humilité, sans laquelle il n'existe aucune vraie vertu, dans le détachement de soi-même, passant en ce monde comme n'en étant pas, et s'appliquant à conformer leurs pensées, leurs désirs, leurs sentiments, leurs actions, aux actions, aux sentiments,

(1) Ce programme a été repris, plus tard, par les prêtres de TOratoir^e. Cf. S. E. le cardinal Perraud, V Oratoire de France au XVII' et au XIX' siècle, IIP partie.

Page 1