L ECOLE DE MALESTROIT
Avant de raconter les catastrophes qui ruinèrent tant d'espérances, nous allons passer en revue les efforts tentés par les La Mennais pour le relèvement des études cléricales. A une époque oii le clergé sent plus que jamais le besoin d'une solide instruction théologique, peut-être trouvera-t-on qu'il y aurait quelque profit à revenir, sur plus d'un point, à des idées vieilles de trois quarts de siècle.
Améliorer l'enseignement des séminaires avait été de tout temps la préoccupation de l'abbé Jean de la Mennais. Tout jeune prêtre, sous l'Empire, il avait dénoncé l'insuffisance des méthodes adoptées.
Dans la Tradition de l'Eglise sur rinstitution des évêqueSy il s'était élevé contre ces « cahiers qu'un professeur met entre les mains de ses disciples, t)ù les questions les plus délicates, décidées hardiment suivant les opinions de Fauteur, sont présentées de la manière la plus propre à justifier ces mêmes opinions. » Il avait déploré « ces citations abrégées, qui, détachées du contexte, forment le corps des preuves. — « Nulles vues générales, disait-il, nul enchaînement, nul ensemble; rien de ce qui attache vivement l'esprit, le nourrit, l'avertit de ses forces et lui donne le désir de les éprouver. » Et il concluait : « Après
un cours de cette espèce, on peut savoir des thèses, mais on ne connaît qu'imparfaitement la religion (1). »
Professeur de théologie au séminaire de Saint-Malo, il quitta résolument les sentiers hattus. Mais son action ne pouvait s'étendre au-delà d'un cercle fort étroit. Soumis à l'évéque de Rennes, il n'était pas entièrement libre de son programme; enfin il était obligé, lui aussi, d'aller au plus pressé et de faire vite. Le manque de prêtres paralysait les meilleures intentions.
Plus tard, sous la Restauration, la situation aurait dû s'améliorer. Soit puissance de la routine sur le corps enseignant, soit défaut d'initiative de la part des évoques, elle resta mauvaise. Les études étaient faibles presque partout, et, dans le seul séminaire où les professeurs fussent tout à fait à la hauteur de leur tâche, Saint-Sulpice, les doctrines gallicanes étaient en honneur.
Nous avons vu les efforts des deux frères pour faire pénétrer les vrais principes dans tous les établissements d'instruction cléricale. Dans sa campagne contre le gallicanisme, Féli n'eut garde d'oublier les lacunes de l'enseignement théologique. Il reprit, avec plus d'ampleur, la thèse de l'abbé Jean :
« Ne craignons point de l'avancer, disait-il, la théologie, si belle par elle-même, si attachante, si vaste, n'est aujourd'hui, telle qu'on l'enseigne dans la plupart des séminaires, qu'une scolastique mesquine et dégénérée, dont la sécheresse rebute les élèves, et qui ne leur donne aucune idée de l'ensemble de la religion, ni de ses rapports merveilleux avec tout ce qui intéresse l'homme, avec tout ce qui peut être l'objet de sa pensée. Ce n'était pas ainsi que la concevait saint Thomas, lui qui, dans ses ouvrages immortels, en a fait le centre de toutes les connaissances de son temps. Empruntez de lui cette méthode admirable qui coordonne et généralise, et joignez-y ces vues profondes, ces hautes contemplations, cette chaleur de vie
(!• Il n'est point téméraire, nous semble-t-il, d'attribuer ces réflexions à l'abbé Jean. Féli, qui, à cette époque, n'avait jamais feuilleté un manuel théologie, ne savait guère ce qui se passait dans les séminaires.