‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 202 sur 257 · LE PERSONNEL DE MALESTROIT · texte numérisé non relu

LE PERSONNEL DE MALESTROIT

d'étï'oites et misérables cellules de cénobites, aux murs branlants, qui seraient depuis longtemps écroulés, si les dames Augustines n'avaient étayé ces ruines, et ne les maintenaient debout, tant bien que mal, au prix de précautions infinies. 11 fallait, en vérité, la ferveur de néophyte de l'abbé de Hercé pour trouver « vaste et belle » une pareille maison. Tout y respirait, au contraire, le dénuement, l'abandon, la caducité; mais les campagnes d'alentour étaient si belles sous leur parure de bruyère rose; les taillis voisins étaient si favorables au recueillement studieux ; les conversations philosophiques et littéraires' avaient un tel charme au milieu des vastes plaines silencieuses ; enfin le paysage, égayé par la charmante rivière de rOust, revêtait parfois, sous le soleil, des aspects si gracieux et si riants, qu'on oubliait volontiers la tristesse du vieux logis où s'abritaient tant d'espérances.

D'ailleurs, le petit cénacle de Malestroit, sans pouvoir rivaliser avec la brillante société de la Chesnaie, était composé d'hommes aimables, instruits, d'une piété douce et souriante, et d'une quinzaine déjeunes gens dont la plupart ont fait bonne figure dans le monde ecclésiastique.

C'était d'abord le supérieur, M. l'abbé Blanc, ancien professeur à Besançon, âgé de trente-trois ans. Il faisait à Malestroit des conférences sur la philosophie, ce qui ne l'empêchait pas de s'appliquer avec fruit à d'autres études. On sait qu'il a composé plus tard un manuel estimé d'Histoire ecclésiastique. En philosophie, il était, dit l'abbé de Hercé, « tout à fait Lamennaisien ; avec cela, doux, bon, excellent. »

Un jeune prêtre du même pays que l'abbé Blanc, l'abbé Bornet, était chargé des cours de littérature. On lui avait aussi confié les délicates fonctions de maître des novices. Lorsque, en 1830, on transporta au collège de Juilly une colonie mennaisienne, il y professa la classe de seconde. Très gai, très distingué de manières, d'une piété angélique

et d'une rare modestie, il s'était particulièrement lié avec l'abbé Gerbet, dont il devait devenir, plus tard, à Perpignan, le vicaire général.

Tout autre était « le bon M. Rohrbacber » professeur de théologie. « Sa marotte, dit notre narrateur, est le système du sens commun; il ne sort pas de là. C'est un puits de science, mais il est allemand, et c'est l'abbé Gerbet qu'il nous faudrait (1). »

Ceux qui ont lu sa volumineuse Histoire de l'Eglise, si pleine de faits, mais d'un style si diffus et si négligé, comprennent ^ue des jeunes gens épris d'art et de beau langage dussent regretter les éloquentes conférences de Gerbet, son prédécesseur à Malestroit dans la chaire de théologie dogmatique. Ses élèves admiraient d'ailleurs la vie de ce prêtre rude d'aspect, doux de cœur, franc de langage, plein de foi, d'humilité et de courage, au même degré laborieux, savant et désintéressé. L'un d'entre eux, Eloi Jourdain, a parlé de lui en des termes qui font honneur ait maître et au disciple.

« L'abbé Rohrbacher, dit-il, était plus distingué encore par le caractère que par l'intelligence. C'était un homme d'une sincérité d'esprit et de cœur vraiment admirable. Naturellement vif dans la discussion, parce qu'il avait des convictions profondes et très arrêtées, et qu'il avait la conscience de ne chercher en toutes choses que la gloire de Dieu et l'utilité de l'Eglise, il souffrait avec peine' la contradiction, et sa nature laide et sincère s'échappait quelquefois en des expressions que son cœur désavouait ensuite, et que sa conscience, timorée comme celle d'un saint, se reprochait sévèrement. Souvent aloi*s^ pour se punir et s'humilier, il demandait pardon à celui qu'il craignait d'avoir offensé, et il faisait cela avec la sijnplicité d'un enfant. *Nous avons été témoin nous-même de plus d'un trait de ce genre.

(1) Certains élèves de M. Rohrbacher goûtaient davantage son enseignement. L'un d'entre eux, l'abbé Levoyer, le suivit^^ après la ruine de la congrégation de Saint-Pierre, q,u séminaire de ]S[ancy, où il était appelé à professer la théologie dogmatique. Si l'on en croit ce jeune homme, le cours de M. Rohrbacher était très vivant, très personnel, et développait beaucoup le goût du travail chez les élèves.

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