LE PERSONNEL DE MALESTROIT
« Une fois entre autres, dans l'un de ces entretiens familiers, mais toujours sévères, qui terminaient chaque repas à Malestroit, s'étant animé plus que de coutume, il adressa à FabJjé Blanc, son interlocuteur, quelques paroles un peu vives. Lorsqu'à la fin du repas nous fûmes tous réunis, selon la coutume, à la chapelle, M. Rohrbacher, d'une voix émue nous dit : « Messieurs, je vous demande pardon du scandale que je viens de vous donner; priez le bon Dieu de me pardonner et de me corriger. » Nous sortîmes tous émus, édifiés de tant d'humilité et remplis d'admiration pour un homme qui savait si bien racheter ses fautes.
« Sous cette écorce rude et grossière, battait un cœur tendre, accessible à tous les nobles sentiments et aux affections les plus délicates, capable d'enthousiasme, généreux, dévoué et d'une fidélité inaltérable. Sa piété vive et tendre éclatait surtout pendant le saint sacrifice de la messe ; bien souvent, après la consécration, son visage était baigné de larmes, et sa voix mâle et forte affaiblie par les sanglots (1). »
Un tel homme devait plaire à l'abbé Jean. Aussi furent-ils bientôt très étroitement liés. C'est à Malestroit que M. Rohrbacher composa les cinq premiers volumes de son Histoire ecclésiastique. U réalisait ainsi, nous le savons, un projet depuis longtemps cher aux La Mennais. Tant qu'il put être utile au prêtre éminent qui avait si bien compris son idéal de vie ecclésiastique, il refusa de quitter la Bretagne. Il resta à Malestroit, même une fois ses confrères dispersés; et ce n'est qu'après avoir tout essayé pour ressusciter l'œuvre détruite, qu'il regagna la Lorraine.
Du moins conserva- t-il des relations assidues avec M. Jean de la Mennais. Plein d'admiration pour le plan d'apostolat qu'il avait vu appliquer en Bretagne, il se proposa de le faire admettre dans le diocèse de Nancy. Vie de
;1) Charles Sainte-Foi (Eloi Jourdain). Notiie bior/raphique et littéraire SU)' l'abbé Rohrbacher, en tête de ïllisioire universelle de l'Église de ce dernier, édition Gaume.
communauté imposée aux missionnaires et aux professeurs ecclésiastiques, enseignement primaire confié aux « Petits Frères de Bretagne », vive impulsion donnée aux études du grand séminaire, où il occupait la chaire de dogme, telles étaient les lignes maîtresses de son programme. Il ne fut pas libre de le remplir jusqu'au bout. On peut dire, malgré tout, que si, aujourd'hui, le diocèse de Nancy est un des premiers diocèses de France par la science de son clergé et l'organisation de ses œuvres scolaires, il le doit, pour une large part, au zélé disciple de Jean de la Mennais.
En 1829, le professeur de Malestroit, qui devait pourtant découvrir, un des premiers, les erreurs du maître, se résignait trop à n'être que l'écho des enseignements de la Ghesnaie. M. de Hercé en souffrait, et voyait avec soulagement la chaire occupée, au moins de temps à autre, par l'abbé Gerbet.
Il est inutile de présenter au lecteur ce suave et profond penseur, ce contemplatif altéré d'idéal, à la fois théologien et poète, que Maurice de Guérin appelait « le plus doux et le plus endolori des hommes » et que Louis Veuillot, peut-être avec un peu d'exagération, a proclamé le premier prosateur de l'époque. Nous l'avons déjà vu à l'œuvre, d'abord au collège Henri IV, puis à la Chesnaie, où tous les hôtes du logis admiraient son action discrète et pacifiante.
Ses relations avec Félicité de la Mennais et vses propres travaux lui ont valu la célébrité, sinon la gloire. Tout au plus pourrons-nous, grâce aux récits de son ancien élève, fixer quelques nouveaux traits de sa physionomie.
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Le règlement quotidien de Malestroit ressemblait à peu près à celui de tous les séminaires, sauf un plus grand nombt^e d'heures consacrées à l'étude (1).
(1) « Le matin, dit Tabbé Je Ileivé, depuis six heures et demie que finit la messe, je travaille sur un cadre qui doit contenir, dans un grand syllogisme, toute l'histoire des croyances universelles et catholiques, jusqu'à un quart moins d'onze heures, que se fait la conférence. A