CHAPITRE XXVÏ
NOUVELLES DEFECTIONS .
Pendant les beaux jours de la congrégation de Saint- Pierre, l'abbé Jean avait fait nommer à la cure de Saint- Méen un des membres de la nouvelle société, M. Gorvaisier. G était un prêtre pieux, d'une grande activité, mais d'un zèle que ne réglait pas toujours la prudence.
Il fut d'abord plus dévoué que personne aux œuvres de M. de la Mennais. Pressé d'établir dans sa paroisse, comme institutrices, les Filles de la Providence de Saint- Brieuc, il demanda à la communauté de lui envoyer trois religieuses, s'ehgageant à les remplacer par un nombre égal dé novices.
On tenait d'autant plus à lui être agréable, qu'on le savait en termes excellents avec M. de la Mennais. Sa demande fut donc agréée, et deux jeunes professes furent envoyées à Saint-Méen, pour y tenir l'école, sous la condi^ite de la mère Guillemin.
Au mois de mars suivant (1832), la mère Texier, supérieure générale de la Providence, vit arriver à Saint-Brieuc trois postulantes, conduites par le curé de Saint-Méen.
L'une d'elles se recommandait par ses connaissances et sa tenue distinguée. G'était M^^^ Le Breton, ancienne institutrice à Saint-Méen. Elle était âgée de quarante-trois ans.
Pendant les dix-huit mois qu'elle passa au noviciat, elle fut Tobjet de toutes sortes d'égards, et, à peine eut-elle prononcé ses vœux, que, toujours pour faire plaisir à M. Gorvaisier, on la renvoya à Saint-Méen, comme directrice de l'école. Ses deux compatriotes, la mère Gocquio et la sœur Françoise, religieuse converse, devaient la seconder. Consulté par la mère Texier, M. de la Mennais avait approuvé ces divers arrangements.
Tout alla bien jusqu'au malheureux conflit qui sépara de Fabbé Jean les missionnaires de Rennes.
Les sommes nécessaires à la construction de l'école de Saint-Méen avaient été données h M. de la Mennais, avec autorisation d'en user à sou gré pour les bonnes œuvres, par une pieuse demoiselle qui, depuis lors, s'était faite religieuse, M'*^ de Bédée(l).
Malheureusement, le titre de propriété du bâtiment avait été signé par onze des confrères de Fabbé Jean, aussi bien que par lui-môme (2).
Cette circonstance porta les missionnaires de Rennes à réclamer cette maison comme leur appartenant de plein droit, et ils annoncèrent l'intention de la céder àFévêque. Mgr de Lesquen, qui n'avait jamais connu les intentions précises de M^^*^ de Bédée, n'eut pas de peine à entrer dans leurs vues.
Si la propriété de l'immeuble eût été seule en litige, les deux parties eussent fini par s'entendre : M. de la Mennais, qui avait déjà tant sacrifié à la paix, n'eût pas reculé devant de nouvelles concessions. Mais on était à ce point prévenu, dans le diocèse de Rennes, contre toutes les œuvres mennaisiennes, qu'on étendit la suspicion jusqu'aux Filles de la Providence.
Pouvait-on maintenir des religieuses de M. de la Mennais
(1) Parente de Chateaubriand par les femmes.
(2) M. de la Mennais, qui destinait cet immeuble aux œuvres de la congrégation de Saint-Pierre, et, autant que possible, à l'école de Saint- Méen, avait cru faciliter ainsi la transmission de la propriété, après sa mort. On s'abstint d'explications précises, de sorte que, plus tard, on put soutenir de part et d'autre, avec une égale bonne foi, des prétentions opposées.