‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 31 sur 257 · APOSTOLAT DANS LA FAMILLE · texte numérisé non relu

APOSTOLAT DANS LA FAMILLE

par les vues de la foi. Jean-Marie y excella. Nous ne possédons pas les lettres écrites par lui dans cette circonstance, mais le contenu des réponses indique suffisamment le ton à la fois respectueux et enjoué de ses exhortations.

Le voyage d'Espagne dura quelques mois. L'armateur revint plus confiant que jamais dans le solide jugement et la vraie piété de l'abbé Jean.

La situation de l'Eglise en France n'avait pas cessé de le préoccuper. De retour à Paris, il alla aux renseignements.

Malgré les exigences exorbitantes du premier consul envers le pape, l'horizon religieux s'éclaircissait. On venait de nommer un évoque à Rennes; c'était xMgr de Maillé-la-Tour-Landry.

Ancien évèque de Gap, puis de Saint-Papoul, ce prélat avait constamment refusé d'émigrer, et, pendant les plus mauvais jours de la Teireur, seul de tous les évoques orthodoxes, il avait continué de confirmer, d'ordonner des prêtres et d'exercer, au péril de sa vie, tous les actes du ministère épiscopal. C'est dire que le diocèse de Rennes, auquel on venait d'annexer celui de Saint-Malo, était bien partagé.

Le père de Jean-Marie, qui connaît à fond l'esprit de sa bonne ville, augure très bien de cette nomination. Dans une longue lettre adressée à son hls, il commence par vanter les talents et les vertus de Mgr de Maillé, puis il ajoute : « Tu dois me savoir gré, occupé comme je le suis, de m'entretenir aussi longuement avec foi. ïu es bien plus laconique que ton père. »

Jean-Marie avait alors de bonnes raisons pour être laconique. Le collège auquel il réservait les prémices de

tempérament. Celui même qui verrait les événements avec indilférence serait fort à plaindre et fort peu estimable ; je ne voudrais pas de lui pour ami. Je me 1 appelle Thistoire d'une dévole de notre ville à qui on annonça la mort de son mari. Elle se jette à «enoux, reste un quart d'heure en oraison et se lève en disant : « Le sacriiice est fait ->. Elle était réellement consolée. N'est-ce pas là l'abus d'une grande idée religieuse? car je ne pense pas que la résignation, telle qu'elle nous est prescrite, doive npus rendie insensibles aux maux que le Ciel nous envoie. . . » Lettre inédite. — Archives des Frères.

son zèle allait s'ouvrir. MM. Engerran et Vielle venaient de se réunir dans ce but, et ils l'appelaient à partager leurs labeurs. Dès lors ses moments étaient comptés.

Rien de plus téméraire, au point de vue humain, que cette œuvre entreprise sans autre ressource que le zèle de trois hommes dévoués.

La Terreur avait désorganisé les trop rares écoles de Saint-Malo, et rien encore ne les avait remplacées. Il fallait se hâter; sinon de nouvelles générations allaient grandir dans Tignorance, et le clergé malouin allait s'éteindre faute de recrues.

M. Engerran n'était pas riche, mais il possédait une assez vaste maison. Les mansardes furent converties en salles de classe, et M. Vielle put réunir les quelques élèves qu'il instruisait chez lui à ceux du vénéré chanoine. Ce fut le premier noyau de l'établissement. La plupart de ces enfants aspiraient à l'état ecclésiastique; mais on ne repoussait pas ceux qui se destinaient aux carrières civiles." Ce désir d'être utiles, avant tout, à leurs concitoyens attira bientôt aux fondateurs les sympathies de l'administration municipale.

Quelques-uns de ces élèves de la première heure étaient déjà des jeunes gens. Ils avaient fait, sous la direction de M. Vielle, des études classiques un peu sommaires peut-être; mais il fallait se contenter de l'essentiel. Dès qu'ils furent en état de suivre des cours de philosophie et de théologie, on créa dans la nouvelle institution une section d'études ecclésiastiques, et Jean-Marie delaMennais fut improvisé professeur de grand séminaire.

Pendant les premiers mois, le travail fut écrasant. Les élèves n'avaient point entre les mains de manuel imprimé, et le professeur était obligé de préparer sa classe au jour le jour. Mais il était si endurant à la fatigue et si plein d'entrain, que jamais ses plus anciens élèves ne regrettèrent d'avoir eu les prémices de son ensei-

Page 1