VIE D'ETUDE
prêtre éminent eut vite deviné ce que le diocèse de Rennes et la Bretagne entière pouvaient attendre d'un ecclésiastique avide de science, de travail et de dévouement, qui avait déjà préparé des clercs au sacerdoce, à l'âge où d'autres ont encore tant besoin de la tutelle d'autrui.
Il lui communiqua les fruits de son expérience; et lorsqu'ils se séparèrent, après cinq mois de fréquentes entrevues, ils avaient Tun pour l'autre plus que de l'estime.
De nombreuses lettres furent échangées entre eux après le retour de Jean-Marie à la Ghesnaie.
L'une d'elles montre quel cas M. Emery faisait des aptitudes intellectuelles de Tabbé Jean : « Je suis charmé. Monsieur, lui écrivait-il le 12 octobre, que vous ayez fait un heureux voyage. Mais je suis bien charmé aussi que votre séjour au séminaire ne vous ait point déplu. Nous vous y avons vu avec grand plaisir, et c'a été pour nous une vive satisfaction de faire votre connaissance. Nous vous exhortons fortement à suivre le genre d'études que vous avez plus particulièrement embrassé. C'est le plus utile et le plus nécessaire dans les circonstances. Je désirerais seulement que vous le suivissiez à Paris, où vous auriez plus de ressources qu'à Saint-Malo, car il est beaucoup de livres que vous auriez à consulter et qu'on ne trouve qu'à Paris. Je vous prie de recevoir les assurances de la grande estime et du sincère attachement que vous m'avez inspiré (1). »
Des relations plus intimes encore s'établirent entre le jeune prêtre et le suppléant de M. Emery; M. l'abbé Duclaux.
C'était, on s'en souvient, l'homme de Mgr de Pressigny. A peine ai'rivé à Paris, M. de la Mennais courut à la chambre du digne sulpicien. Il devait trouver dans ses entretiens le complément de formation sacerdotale que
(1) Lettre inédite. — Archives du séminaire Saint-Sulpicc, — M. de la Mennais fit toujours grand cas des écrits de M. Emery. Lorsque celui-ci publia i^Vi Dissertation sur la mitifjation des peines des damnés, il en adressa un exemplaire à son jeune ami, qui fit sur cette dissertation un travail de critique fort sérieux. Ce travail, que nous avons sous les yeux, est resté manuscrit.
6i JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
M. Vielle, trop jeune encore et trop partagé entre de multiples fonctions, n'avait pu lui donner. C'est à M. Duclaux que Jean-Marie dut de parfaire en lui -môme, selon la belle expression de Saint-Sulpice, la ressemblance du Christ.
Homme d'oraison, doué d'une piété aussi aimable qu'éclairée, emprisonné pour la foi pendant la Révolution, le vénéré directeur n'avait retiré de ses épreuves qu'une plus indulgente pitié pour les misères humaines ; avec M. Emery, il était l'oracle du clergé de Paris.
Il se sentit tout de suite attiré vers l'âme du prêtre breton, et lui donna sans hésiter toute sa confiance. Nous avons relevé ce passage dans un billet qu'il lui adressait en 1809 : « Votre lettre si amicale m'a un peu consolé de l'amertume qu'a laissée dans mon cœur votre départ. Depuis que je vous ai connu, je voudrais être toujours avec vous ; mais puisque la divine Providence s'y oppose, bornons-nous à vouloir ce que Dieu veut et n'en désirons pas davantage. Nous nous verrons dans le ciel, si nous ne pouvons nous revoir sur la terre (1). w
N'est-elle pas touchante, cette sympathie d'un vieillard étranger aux vains attachements de ce monde, pour un jeune homme dans lequel il a deviné un vrai prêtre? M. Duolaux continua jusqu'à sa mort, avec son nouveau disciple, une correspondance qui nous a été conservée, et sur laquelle nous reviendrons.
A côté de ces deux survivants de l'ancien clergé, un jeune directeur de Saint-Sulpice attirait l'abbé Jean de la Mennais. C'était Tabbé Teysseyre. Ancien élève de l'Ecole Polytechnique, pieux et humble autant que savant, il exerça plus tard sur Féli une influence des plus salutaires. En attendant, il s'établissait entre l'abbé Jean et lui des liens qwi ne devaient se rompre que par la mort prématurée du sympathique sulpicien.
L'abbé de la Mennais ne se bornait pas à demander une direction aux maîtres du séminaire ; il recherchait
(1) Lettre médite. — Archives des Frères.