L'OPUSCULE DE LOUIS DE BLOIS M
V Imitation. Ces deux livres ne sont pas seulement éclos sur le même sol, au soufile du même mysticisme qui, soms le ciel brumeux des Pays-Bas, s'épanouit, du quatorzième au seizième siècle, en prodiges de sainteté et de doctrine, ils ont été conçus et écrits par deux esprits de même famille. Aussi avec quel charme, dans cette solitude de la Ghesnaie, qui rappelait si bien alors les solitudes monastiques, on lisait ces admirables pages, qui sont à l'àme fatiguée comnie un baume et un rafraîchissement!
La traduction parut sous le titre cle Guide Spirituel ou Miroir des dnies religieuses. Ce petit livre répondait à un besoin. Les fidèles n'avaient guère alors d'autres manuels de piété que les traités écrits au dix-huitième siècle. Or, ces traités étaient mortellement ennuyeux. Le jansénisme y avait insinué ses doctrines, et tout, dans cette spiritualité désespérément sèche, comprimait au lieu de dilater. Ici, rien de semblable. Une piété douce, éminemment humaine, remplissait ces pages qui rappelaient l'onction de ll^vangile. xVujourd'hui encore, après tant de publications ascétiques, de valeur si inégale, qui ont rempli notre siècle, le Guide Spirituel garde toute l'estime des directeurs éclairés. S'il n'est pas plus connu, c'ast qu'il a été noyé sous l'avalanche de petits livres qui ont envahi depuis longtemps le marché de la librairie pieuse. Il mériterait assurément une réédition.
Lorsqu'il parut en 1809, il obtint un vif succès. Saint- Sulpice, en particulier, applaudit chaleureusement. M. Duclaux écrivait alors à l'abbé Jean : « On m'a remis, de votre part, l'ouvrage du vénérable abbé de Liesse (1). Je l'ai lu tout entier; j'en suis très content; il n'appartient qu'aux saints d'écrire ainsi. Je vous remercie d'un si beau présent. Ce livre est digne de vous et de M. votre frère (2) ».
(1) M. Duclaux écrit toujours Liesse au lieu de Liessies, qui est le véritable nom de Tabbaye.
(2) Cité par E. Ilerpin. Vabbé Jean-Marie de la Mennais. — Ses grandes idées et ses qrandes œuvres^ p. 73.
Le pieux abbé Teysseyre exprimait ainsi son impre^ion : « J'ai eu tout récemment Toccasion de lire le Guide Spirituel avec une àme chérie de Dieu, mais violemment éprouvée, qui a retiré, ainsi que moi, de cette
La première édition ne portait pas de nom d'auteur. Plus tard, l'opuscule fut signé du seul nom de Félicité de la Mennais, et c'est une des raisons qui le lui ont fait attribuer exclusivement. Nous savons déjà que ce fait ne saurait suffire à baser une conviction. L'humilité de Jean le portait dès lors à s'eifacer devant ce frère dont il était fier, et nous le verrons plus d'une fois encore lui céder l'honneur de ses travaux les plus personnels et les plus dignes d'estime.
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Nous arrivons à l'œuvre capitale des deux frères.
La Tradition de VEglise sur rinstitution des évêques ne fut publiée qu'en 1814, mais les études préliminaires à ce grand travail furent certainement entreprises pendant le séjour des auteurs à la Ghesnaie. C'est ce qui nous amène à l'étudié*^ dès maintenant (1).
Un mot d'abord sur la genèse de ce maître livre. Nous sommes en 1807. Après les quelques mois d'apaisement qui ont suivi le concordat, l'ère de la persécution religieuse semble se rouvrir. A peine sacré par Pie YII, Napoléon a sollicité, contre tout droit, le Saint-Père de dissoudre le mariage contracté à Baltimore par Jérôme
tecture beaucoup de lumière et de consolation. Ce livre nest pas assez connu. 11 y règne une onction et une douceur inimitables. Je vous dirai cependant franchement que je soupçonne le traducteur de l'avoir beaucoup embelli. 11 me semble que nîos bons aïeux n'avaient pas tant d'esprjit et de délicatesse dans la pensée et Texpression. » (Cité par E. Ilerpin, p. T6).
Pour M. Teysseyre, on le voit, Jean était Tunique traducteur. M. Brute était mieux renseigné ; il attribuait le travail aux deux frères.
(1) Si l'on en croit Fabbô Rohrbacher («), la Tradition de VEglise sur r institution des évêques fut commencée, quant au travail de composition, en 1808, et terminée seulement en 1813. Une lettre adressée, en 1846, à M. Paillon, de Saint-Sulpice, par l'abbé Jean de la Mennais, assigne à ce travail une date postérieure. 11 rappelle un voyage qu'il fit à Issy, en 1809, avec l'abbé Brute, et il ajoute : « M. Emery avait désiré que nous fissions l'un et l'autre des études sur l'histoire des relus de bulles. Je m'en occupai, et je commençai peu après à recueillir lés matériaux qui ont servi à conxposer l'ouvrage de la Tradition de l'Eglise sur rinstitution des évêques, publié en 1814. »
(aj Histoire universelle de l'Eglise catholique, tome XIV. p. Gê»0.