LA BIBLIOTHEQUE DU COLLEGE
Mennais n'hésitèrent pas à mettre à la disposition de M. Vielle un capital de 10 000 francs. On était assuré de vivre, on l'espérait du moins; plus que jamais il fallait agir.
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Malgré une santé encore clixincelante, Fabbé Jean reprit avec ardeur ses cours de théologie. L'arsenal d'un théologien, c'est sa bibliothèque. Or, il n'y avait guère de livres à Saint-Malo. Gomment s'en procurer avec un budget à peine suffisant pour le pain quotidien?
Heureusement, l'abbé Jean sait regarder autour de lui. Il y a à la mairie de Saint-Servan « un tas de vieux livres de théologie qui appartenaient autrefois aux Capucins, et qui aujourd'hui, dit-il, sont évidemment à nous, par droit de convenance... Ils sont restés sous la dent des rats, qui s'en nourrissent tous les jours et ne tarderont pas à les avoir entièrement détruits. »
Il obtiendra de l'évêque de les faire transporter au collège. « Monseigneur, supplie-t-il, je vous le demande en grâce, ayez pitié de ces pauvres théologiens, et ouvrez-leur votre petit séminaire; comme un asile. Là, on les soignera, on les consultera, et ils seront encore utiles (1). » Sa demande est agréée, et ces vénérables in-folio, joints à ceux que Mgr de Pressigny a laissés à l'éveché, forment le premier fonds de la bibliothèque du collège.
La besogne du jeune professeur est plus simple qu'avant sa maladie, puisque ses élèves sont pourvus d'un manuel. Mais, hélas ! Bailly est gallican et rigoriste à Texcès. Il faut le rectifier ou le compléter, et, bon gré mal gré, l'abbé Jean doit, comme autrefois, dicter à ses élèves de longues dissertations.
Quelques-unes nous ont été conservées. Elles ont d'ordinaire pour objet des questions de morale.
L'abbé de la Mennais ne s'attarde point à la réfutation
(1) Lettres inédites. — Archives des Frères.
d'erreurs vieilles de plusieurs siècles. Toujours il s'attaque à l'ennemi présent. Questions, très actuelles alors, de l'usure, de la légitimité du prêt à intérêt, du mensonge, des indulgences, sont traitées par lui avec une délicatesse d'analyse, une lucidité et une largeur qui décèlent un moraliste de marque.
M. Vielle s'était chargé des conférences spirituelles, et son compagnon était, à lui seul, professeur de morale, de dogme, d'iiistoire ecclésiastique et d'Ecriture Sainte. Nous n'avons trouvé dans ses notes qu'un petit nombre d'études dogmatiques. La principale est un traité de théodicée composé en vue de combattre l'athéisme révolutionnaire, dont beaucoup d'esprits restaient alors imbus.
L'abbé de la Mennais n'apportait pas moins d'ardeur aux études scripturaires. Il suivait avec attention le mouvement scientifique, afin de répondre aux objections tirées des récentes découvertes. Il admet, avec tous ses contemporains, des théories aujourd'hui démodées; mais son intelligence très éveillée semble deviner le point faible de ces systèmes, et pressentir les explications qui, plus tard, mettront d'accord les exégètes et les savants (1). • Une culture aussi solide ne profitait pas seulement aux ordinands du séminaire, elle assurait au jeune vicaire
(1^ On en jugera par cette lettre inédite, dont le destinataire paraît avoir été le professeur d'Ecriture Sainte de Saint-Sulpice : « Sachant, Monsieur, Cjue vous avez étudié avec beaucoup de soin le texte de la Bible, et n'ayant moi-même ni le temps, ni les connaissances nécessaires pour en approfondir toutes les parties, j'espère que vous ne refuserez pas de me donner quelques éclaircissements sur une question aujourd'hui tiès débattue, et dont l'importance paraît devenir de jour en jour plus grande. Il semble que la géologie soit devenue en quelque sorte en France le champ de bataille des philosophes et des chrétiens. Depuis assez longtemps, il n'est presque plus question d'objections historiques ou métaphysiques : soit que nos ennemis se soient lassés en cette espèce de guerre, qui leur était si peu avantageuse, soit que le grand mouvement imprimé aux sciences physiques ait entraîné les esprits vers des considérations d'un autre genre. Les plus célèbres géologues, Deluc, Saussure, Dolomieu, La Mettrie même, paraissent d'accord sur un fait principal, qui est la formation récente des continents actuels. C'en est assez sans doute pour mettre à l'abri la foi et justifier le récit de Moïse dans, ses circonstances essentielles. Je vois toutefois avec regret que Deluc lui-môme, dans sa Défense de la Genèse^ n'ait pas cru pouvoir rendre raison des phénomènes sans s'écarter de l'ancienne et commune opinion sur les six jours, qu'il considère comme six époques indéterminées, séparant aiiisi par un intervalle qui, selon lui, peut être immense, la création de Thomme de la création des autres êtres.