‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 58 sur 257 · TRAVAUX DE CONTROVERSE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE CONTROVERSE

une influence des plus profondes sur les esprits sérieux de la paroisse. De tout temps, les Anglais ont été nombreux à Saint-Malo. La réputation de l'abbé Jean engagea quelques-uns d'entre eux à lui soumettre leurs difficultés contre le catholicisme. Nous avons sous les yeux plusieurs mémoires composés à leur intention, sur l'origine divine de la confession, sur la confession auriculaire, sur le célibat ecclésiastique, sur la liturgie en langue vulgaire, sur la communion sous l'espèce du vin. Netteté, précision, vigueur, connaissance approfondie de l'antiquité ecclésiastique, tout recommande ces consciencieuses études. L'abbé de la Mennais trouve toujours dans les conseils de M. Brute un stimulant précieux. Ils travaillent en commun, autant que le permet la distance. Presque aucun courrier ne part de Saint-Malo pour Rennes sans emporter de volumineux dossiers. On se prête les livres rares de théologie; on se communique surtout les notes et autres travaux personnels. Le professeur de Rennes dresse un catalogue des ouvrages les plus utiles à un jeune prêtre, et, comme il veut le faire avec conscience, il adresse de fréquents appels à l'érudition de son ami. De son côté, M. de la Mennais ne tranche aucune question controversée sans avoir pris l'avis de l'abbé Brute, qui parfois soumet la difficulté à M. Emery. Et comme si rien ne devait épuiser l'activité intellectuelle

Je sais que cette hypothèse peut, ù toute force, être admise sans blesser la foi! mais je n'en désirerais pas moins qu'on pût trouver entre les faits et le récit de l'Ecriture un moyen de conciliation qui se rapprochât davantage de la croyance commune. D'un autre côté, après avoir lu avec attention le résultat des observations de Guvier sur la disposition des couches intérieures, sur la nature des corps fossiles qu'elles renferment, ainsi que sur l'ordre de superposition et larrangement relatif de ces substances, je ne puis trouver de moi-môme aucune explication satisfaisante de ces phénomènes en ne faisant remonter qu'à six mille ans l'existence de la masse terrestre. C'est à vous, Monsieur, de m'éclairer à cet égard, et tout ce que vous aurez la bonté de me dire sera singidièrement utile, non seulement à moi, mais à beaucoup d'autres personnes, avec qui les devoirs mêmes du ministère me donnent souvent occasion de m'entretenir de ces objets. C'est une œuvre de charité que je sollicite de vous. . . . Plus vous voudrez bien vous étendre, plus les détails où vous entrerez seront nonibreux, plus aussi vous ajouterez à ma reconnaissance. Elle est d'avance entière, ainsi que les sentiments d'amitié et d'estime avec lesquels je suis, etc. » — Archives des Frères.

de ce valétudinaire chargé d'une si rude besogne, il se livre à des études de spiritualité d^où sort un opuscule d'une piété suave, intitulé : Avis spirituels (1).

Avec ses cours et ses instructions familières, les congrégations sont dès lors son grand moyen d'action sur les jeunes gens. Au retour de son premier voyage à Paris, en 1806, il en a fondé deux; l'une à Saint -Malo, l'autre à Rennes (2). Celle-ci sera bientôt dispersée par les ordres de la police impériale ; mais celle qu^il a établie au collège, protégée sans doute par son obscurité, survivra et deviendra prospère.

Dans sa pensée — et c'est ainsi que, plus tard, il l'entendra toujours — les congrégations doivent être un bataillon sacré composé de sujets inaccessibles au respect humain et décidés à exercer coûte que coûte l'apostolat du bon exemple.

Il fut vite compris à Saint-Malo. Bientôt, sous l'influence des congréganistes, la piété et l'amour du travail s'accrurent à ce point dans la maison entière, que les élèves refusaient de prendre annuellement, dans leurs familles, plus de six semaines de vacances.

Chose merveilleuse ! Au milieu de ces études absorbantes, coupées par des occupations très disparates, l'intrépide travailleur ne perd pas un instant son calme, ni même sa gaité. La tâche lui apparait-elle, par moments, trop lourde, ou le succès trop incertain? Vite, il détourne les yeux de cette vision importune, et s^excite lui-même à la sublime imprévoyance des saints.

(1) Cet opuscule, de quelques pages seulement, a été réimprimé récemment par les Frères de Ploërmel. On le peut lire à la fin du volume. — Appendice A.

(2) C'est, du moins, l'opinion exprimée par M. Geoffroy de Grandmaisan dans son beau livre intitulé : La Congrégation (p. 237). Nous n'avons trouvé dans les papiers de M. de la Mennais aucune trace de l'action exercée par lui sur la congrégation de Rennes. Nous croyons que c'est l'abbé Brute qui eut la part la plus active dans l'établissement de cette congrégation.

Page 1