LA SUCCESSION DU PRELAT DEFUNT
lui adressèrent des remerciements émus. On voulait qu'il se réservât, à titre de souvenir, quelque meuble de prix. Il garda simplement un portrait de l'évcque qu'il avait tant aimé (1).
Un incident faillit le contrister au cours de ce fastidieux travail. Un des frères de Mgr Gaffarelli eut la pensée de venir à Saint-Brieuc pour régler, de concert avec lui, les comptes de la succession. C'était Charles, celui qui avait renoncé à l'état ecclésiastique et accepté les fonctions de préfet. Privé de sa charge à la chute de l'Empire et retiré au château du Falga, il était revenu à des sentiments plus conformes à sa vocation. M. de la Mennais l'ignorait et se disait que la présence à Saint-Brieuc d'un prêtre défroqué, frère de l'éveque défunt, produirait le plus déplorable effet.
Il n'hésita pas à lui manifester ses craintes et à le rappeler au respect de son ancien habit, mais il le fit avec un tact et une mesure qui touchèrent vivement son correspondant. « Je me hâte de vous répondre, lui écrivit M. Calîarelli, pour que vous soyez assuré d'abord que je ne suis nullement fâché. Je suis le premier à penser que vous avez pu être dans l'erreur sur ce qui était relatif à mon état actuel et sur ce qui m'en avait éloigne pendant quelque temps. Quoique vos expressions aient été un peu vives, je n^en ai pas moins rendu justice à vos sentiments, à votre droiture, à votre extrême obligeance, et surtout à votre dévouement pour mon frère (2). »
Par délicatesse, M. Charles Caffarelli ne vint pas à Saint-Brieuc, et, la liquidation terminée, M. de la Mennais se donna sans réserve aux affaires du diocèse.
Désormais la vie active allait le prendre tout entier. Le rêve de retraite à la Chesnaie, au milieu des livres, ce rêve obstinément caressé par Féli, s'évanouissait à jamais.
(U) Celte miniature orne aujourd'hui, à Plocrmel, la chambre du Supérieur général des Frères.
Ces projets de travaux apologétiques, si souvent repris par les deux frères, seront définitivement abandonnés à l'initiative du plus jeune. Jean-Marie ne perdra rien de son ardeur pour Fétude. Le trésor de ses connaissances s'enrichira jusqu^à la fin; mais il n'écrira plus désormais un seul livre; à peine quelques réflexions pieuses, échappées à sa plume dans le silence de la méditation quotidienne, et quelques brochures lancées, comme des coups d'épée, dans la mêlée des opinions humaines, rappelleront-elles ses qualités de penseur et d'écrivain.
Un autre champ de bataille lui est ouvert. Son programme d'il y a sept ans, la Providence le met en demeure de le réaliser. Les idées de gouvernement ecclésiastique exprimées dans ses Eéflexions sur Fêtai de l'Eglise, il est libre désormais d'en faire l'épreuve. La tâche est immense et difficile, mais il l'a mesurée d'un ferme regard, et il ne s'y dérobera pas.