‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 92 sur 257 · LA CONGRÉGATION DU COLLÈGE · texte numérisé non relu

LA CONGRÉGATION DU COLLÈGE

est placée une jeune apprentie doit vouer à cette enfant une affection toute maternelle. Elle doit veiller, sans préjudice toutefois de Fautorité des parents, sur la conduite de sa jeune protégée, s'assurer qu'elle remplit convenablement tous ses devoirs à l'égard de sa famille et de sa maîtresse, qu'elle ne fréquente que de bonnes compagnies, qu'elle accomplit fidèlement ses obligations religieuses, notamment celles relatives à la sanctification du dimanche. Enfin elle s'efforcera de rapprocher d'elle le plus possible sa jeune protégée, de se concilier sa confiance et de se mettre à même de lui donner avec succès les conseils que peut réclamer sa position. Du reste, les patronnes ne peuvent arrêter aucune mesure relative aux apprenties confiées à leur sollicitude, avant d'en avoir référé au conseil, et de s'être fait autoriser par lui (1). »

Les jeunes personnes de toute classe étaient désormais assurées, ainsi que leurs mères, de trouver secours et protection dans leurs nécessités spirituelles aussi bien que dans leurs misères physiques. Restaient les jeunes gens.

Il y avait à Saint-Brieuc un collège universitaire dont les élèves se distinguaient depuis longtemps par leur mauvais esprit et leur impiété. Entraînés par l'exemple de la population, ils suivirent les exercices de la mission et donnèrent des marques de retour sincère aux pratiques religieuses. M. de la Mennais n'était pas homme à perdre une pareille occasion de mettre la main sur cette jeunesse. Il obtint d'établir au collège une congrégation semblable à celle qu'il avait fondée au collège de Saint- Malo. Désormais il était maître de la place; l'esprit chrétien ne cessa point de progresser dans l'établissement, et alors s'opérèrent les étonnantes transformations que nous raconterons bientôt.

Des congrégations réunissant les fidèles des deux

(1) Extrait de la règle inédite du Patrona.ge des jeunes mivrières de Saint-Brieuc. — Archives des Frères.

sexes, les femmes mariées, les jeunes filles et les écoliers; des œuvres de charité et de prière, créées en quelques mois, et qui, toutes, promettaient de vivre et de prospérer^ c'était bien; mais on.n'est maître d'une population qu'autant qu'on exerce sur les hommes une action puissante. L'abbé Jean le savait, et il ne négligea rien pour les atteindre.

Une congrégation avait été fondée autrefois en faveur des marchands et artisans de la ville de Saint-Brieuc, et elle avait été florissante jusqu'à la Révolution. Elle tenait ses séances dans la chapelle Saint-Pierre, érigée sur un monticule qui domine la ville. La chapelle subsistait, quoique délabrée, mais de la congrégation il ne restait plus qu'un souvenir.

M. de la Mennais entreprit de la restaurer. A cet effet, il demanda conseil au P. Ronsin, qui lui écrivit, le 6 janvier 1817 : « Je bénis avec vous le Seigneur du succès qu'il donne à votre zèle, et j'espère que les deux congrégations déjà établies (1) produiront tout le bien que vous en attendez. Quant à la troisième que vous désirez ériger en faveur des hommes mariés, je ne vois aucune difficulté à les laisser en possession des anciens usages (2). Ils adopteront notre régime pour Tessentiel, ce qui suffit à leur assurer la jouissance de tous nos privilèges (3). »

M. de la Mennais désigna le nouveau groupe sous le nom à' Association de Marie. « Le premier objet que se propose chacun de ses membres, disait-il, est de se sanctifier par l'assistance de la mère de Dieu et par l'imitation de ses vertus. Le second, qui n'est, à proprement parler, qu'une suite du premier, est d'étendre par tous les moyens possibles le culte de Marie, et d'inspirer l'amour de cette très pure Vierge. » Et, plaçant toujours à côté des

(1) Le P. Ronsin ne connaissait pas toutes les œuvres de Saiht-Brieuc. -n C'est quatre congrégations qu'y avait alors établies M. de la Mennais.

(2) Cette phrase, assez peu correcte, signifie que les « hommes mariés » pourront reprendre les usages de l'antique congrégation des « marchands et artisans ».

Page 1