‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 95 sur 257 · LE COLLÈGE DE TUÉGUIER · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DE TUÉGUIER

remplir les places vacantes dans cette partie du diocèse, la meilleure peut-être, puisque c'est celle où il y a le plus de foi (1). »

Pour affermir ces excellentes dispositions, M. de la Mennais se hâta d'établir dans le collège une congrégation de la Sainte Vierge, puis il retourna à Saint-Brieuc.

La vie de la chère maison l'intéressait au plus haut point. Il exige que le principal, M. Quéré, lui rende un compte détaillé de tout ce qui s'y passe. S'agit-il de renvoyer un élève, de donner des ordres aux ouvriers qui exécutent des réparations, de choisir les livres ecclésiastiques de la bibliothèque de Lannion, que le sous-préfet de cette ville cède à la nouvelle institution, le grand vicaire est aussitôt consulté.

Bientôt, hélas! il lui fallut accourir en personne, pour une cérémonie bien différente de l'inauguration du collège. Son fidèle et dévoué collaborateur, l'abbé Quéré, venait de mourir en pleine jeunesse, usé par les fatigues et les soucis de son emploi.

Le vicaire capitulaire voulut prononcer l'oraison funèbre, et, d'une voix altérée par les sanglots, il célébra la charité de l'excellent prêtre : « Seul, mes enfants, dit-il, je sais combien il vous aimait. Lorsque je visitais cette école, je prenais la liste des élèves. Je lui demandais compte des craintes et des espérances que chacun de vous lui donnait, et je remarquais avec attendrissement Tespèce de répugnance qu'il avait à m'instruire des peines que lui causaient quelques-uns d'entre vous. Quand la vérité ne lui permettait pas de dissimuler vos torts, il semblait avoir besoin de les excuser, et, s'il ne pouvait toujours absoudre le passé, du moins il aimait à chercher dans l'avenir des consolations et des espérances qui nous permissent de ne pas prendre, à l'instant même, des mesures sévères. Je vous le répète, vous ne saviez pas, vous ne saurez jamais combien il vous aimait (2). »

(1) Lettres inédites, etc. à Mgr Brute, p. 126.

(2) Fragment inédit. — Archives des Frères.

Ce bel hommage rendu au défunt, il fallait assurer la direction de Fœuvre. M. de la Mennais était pour les mesures rapides. Le décès de M. Quéré à peine connu de lui, il avait nommé in petto son successeur, et, avant de quitter la chaire, il le présenta aux maîtres et aux élèves : « Je serais inconsolable de cette perte, dit-il, si je ne pouvais en ce moment donner à votre regretté principal un successeur qui fût tout ensemble l'héritier de ses talents, de ses vertus et de son affection pour vous. M. Auffret le remplace et est nommé par moi principal de ce collège (1). Je lui ai recommandé de maintenir la discipline et les règles, et, devant vous, en présence des saints autels, sous les yeux de Jésus-Christ présent dans le saint tabernacle, je charge son âme des vôtres (2). »

Cette manière peu banale de procéder à la nomination d'un supérieur devait assurer au nouveau titulaire une grande autorité. C'est précisément ce que cherchait M. de la Mennais. Homme de foi vive, il voulait que le représentant de Dieu apparût toujours intangible à travers les faiblesses de Fhomme, et il ne négligeait rien pour lui créer une auréole.

Partisan résolu des langues anciennes, il se conforma, pour les programmes d'études, aux usages du temps. Sur un point seulement, il innova, mais ce point était d'importance, et nous le signalons, parce que la féconde initiative du grand vicaire serait imitée avec profit, de nos jours, en plus d'un diocèse.

« A la fin de l'année scolaire, lisons-nous dans le règlement du collège, les six meilleurs élèves de chaque classe composeront en concours avec les élèves des mêmes classes des autres écoles secondaires, sur toutes les matières de l'année. Les compositions, corrigées par les professeurs réunis, auront des récompenses, et les devoirs couronnés seront livrés à l'impression (3). »

(1) M. Auffret était professeur de philosophie.

(2) Archives des Frères.

(3) Fragment inédit. — Archives des Frères.

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