‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 101 sur 270 · LE COLLEGE DE TREGUIER · texte numérisé non relu

LE COLLEGE DE TREGUIER

disait-il, nourrissez ces enfants, qui vous nourriront un jour du pain céleste. » Et il ajoutait : « Faites plus encore; apportez à l'autel des dons plus chers et plus sacrés, vos propres enfants. »

Le grand vicaire était d'avis qu'une liberté à peine obtenue, il faut en user sans retard. Le collège communal de Tréguier n'était pas encore fermé. En attendant qu'il achevât de mourir, M. de la Mennais loua, dans la rue du Séminaire, une maison appelée les Vieilles-Paulines (1), où quelques élèves se réunirent sous la direction d'un prêtre sympathique à tous, M. l'abbé Quéré. Il fallut bientôt se retirer devant des tracasseries administratives; mais, après quelques semaines d'attente, le grand vicaire reprit sa tentative.

Il y avait dans la rue Saint-Yves une ancienne auberge appelée le Lion-cVOr. C'était une maison vaste et bien aérée. Elle fut louée pour une somme modique. Quelques bancs pour les écoliers, quelques chaises pour les maîtres, furent le seul mobilier des salles froides et délabrées. C'était le dénuement des collèges du moyen âge. Les élèves se logeaient en ville comme ils pouvaient, et n'en travaillaient pas moins bien.

Bientôt les maîtres du collège communal comprirent qu'il fallait renoncer à la concurrence avec les nouveaux venus. La municipalité s'entendit avec M. de la Mennais pour la cession du mobilier scolaire et la location, pendant six ans, de l'ancienne maison diocésaine, dont elle avait été mise en possession lors de la confiscation des biens du clergé.

L'emplacement de ce collège était des mieux choisis, liàti eu 1780, à l'ombre de la vieille cathédrale, entouré de vastes jardins, il occupe le plus beau site de la ville. De ses fenêtres, on domine le grand estuaire qui forme le

(1 Celte maison étail un ancien couvent îles Filles de Saint-Paul. Elles Lavaient abandonnée, en 1770, pour aller habiter un autre établissement, sur le Pavé-Neuf. En 1771, la municipalité y avait installé son collège, qui y demeura jusqu'en 1782. A cette époque, un nouveau collège, fut bâti, et la maison des Vieilles-Paulines fut délaissée jusqu'en 181G. C'est alors que M. de la Mennais y installa son école ecclésiastique.

208 ikax-marie de la mennais

port de Tréguier. Au loin, c'est la mer verdâtrç avec les mille récifs où se brisent les vagues. A droite et à gauche s'étendent les côtes abruptes de Trédarzec et de Plouguiel, ça et là revêtaes de la pourpre un peu pâle des bruyères fleuries. Quelques bosquets épàrs dans les ravins égayent ce sévère paysage, et le regard fatigué des luîtes de la mer se repose doucement sur un lleuve dont les eaux tranquilles ne reflètent que la verdure de ses rives et l'azur du ciel. Il est difficile de rêver, pour une maison d'études, un cadre plus riant, une paix plus profonde.

Dès la rentrée de 1816, l'école du Lion-d'Or se transporta dans ce bâtiment, où tout lui présageait une durable prospérité. M. de la Mennais présida la cérémonie de la messe du Saint-Esprit, et y prononça un discours qui nous a été conservé. C'est un cri de reconnaissance à la Providence qui a permis de si heureux changements, et aux bienfaiteurs qui ont favorisé la récente fondation.

Il écrivit ensuite à son ami Brute pour lui faire part de sa joie. « J'arrive de Tréguier, dit-il; je viens de visiter notre nouvelle maison ecclésiastique, qui va à merveille (1). Pendant l'adoration, qui a eu lieu dernièrement dans cette ville, nos grands écoliers ont demandé et obtenu, comme vous le pensez bien, trois jours de vacances pour adorer le Saint-Sacrement et se préparer à la sainte communion. Soixanfe-dix ont eu le bonheur de la recevoir, et ont édifié toute la ville par leur piété et leur recueillement. Nous avons cent vingt-trois élèves, dont une quarantaine au-dessous de douze ans. Vous voyez donc que tous ceux à peu près qui étaient dans \r cas d'approcher de la sainte Table s'y sont disposés. Nous eu aurons de deux à trois cents l'année prochaine. Presque tous veulent entrer dans l'état ecclésiastique. Celle école, en quelques années, fournira assez de prêtres pour

1 .M. de la .Mennais ne se borna pas alors à « visiter » le séminaire de Tréguier. 11 y prêcha La retraite de rentrée. Du moins, il en avait atfnoncé le projet à .M. Querrel : « Dans les premiers jours d'octobre, retraite a Tréguier pour les élèves de la nouvelle école ecclésiastique; c'esl moi uni en suis chargé, et vraisemblablement moi seul. » — Lettre inédite, en date du 23 mai 1816.

Page 1