‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 102 sur 270 · LE COLLÈGE DE TRÉGUIER · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DE TRÉGUIER

remplir les places vacantes dans cette partie du diocèse, la meilleure peut-être, puisque c'est celle où il y a le plus de foi (1). »

Pour affermir ces excellentes dispositions, M. de la Mennais se hâta d'établir dans le collège une congrégation de la Sainte Vierge, puis il retourna à Saint-Brieuc.

La vie de la chère maison l'intéressait au plus haut point. Il exige que le principal, M. Quéré, lui rende un compte détaillé de tout ce qui s'y passe. S'agit-il de renvoyer un élève, de donner des ordres aux ouvriers qui exécutent des réparations, de choisir les livres ecclésiastiques de la bibliothèque de Lannion, que le sous-préfet de cette ville cède à la nouvelle institution, le grand vicaire est aussitôt consulté.

Bientôt, hélas! il lui fallut accourir en personne, pour une cérémonie bien différente do l'inauguration du collège. Son fidèle et dévoué collaborateur, l'abbé Quéré, venait de mourir en pleine jeunesse, usé par les fatigues et les soucis de son emploi.

Le vicaire capitulaire voulut prononcer l'oraison funèbre, et, d'une voix altérée par les sanglots, il célébra la charité dr l'excellent prêtre : « Seul, mes enfants, dit-il, je sais combien il vous aimait. Lorsque je visitais cette école, je prenais la liste des élèves. Je lui demandais compte des craintes et des espérances que chacun de vous lui donnait, et je remarquais avec attendrissement l'espèce de répugnance qu'il avait à m'instruire des peines que lui causaient quelques-uns d'entre vous. Quand la vérité ne lui permettait pas de dissimuler vos torts, il semblait avoir besoin de les excuser, et, s'il ne pouvait toujours absoudre le passé, du moins il aimait à chercher dans l'avenir des consolations et des espérances qui nous permissent de ne pas prendre, à l'instant même, des mesures sévères. Je vous le répète, vous ne saviez pas. vous ne saurez jamais combien il vous aimait (2). »

{ Lettres inédites, etc. à Mgr Brute, p. Ii'ii. 2 Fragment inédit. — Archives des Frères.

Ce bel hommage rendu au défunt, il fallait assurer la direction de l'œuvre. M. de la Mennais était pour les mesures rapides. Le décès de M. Quéré à peine connu de lui, il avait nommé in petto son successeur, et, avant de quitter la chaire, il le présenta aux maîtres et aux élèves :«jJe serais inconsolable de cette perte, dit-il, si je ne pouvais en ce moment donner à votre regretté principal un successeur qui fût tout ensemble l'héritier de ses talents, de ses vertus et de son affection pour vous. M. Auffret le remplace et est nommé par moi principal de ce collège (1). Je lui ai recommandé de maintenir la discipline et les règles, et, devant vous, en présence des saints autels, sous les- yeux de Jésus-Christ présent dans le saint tabernacle, je charge son âme des vôtres (2). »

Celte manière peu banale de procéder à la nomination d'un supérieur devait assurer au nouveau titulaire une grande autorité. C'est précisément ce que cherchait M. de la Mennais. Homme de foi vive, il voulait que le représentant de Dieu apparût toujours intangible à travers les faiblesses de l'homme, et il ne négligeait rien pour lui créer une auréole.

Partisan résolu des langues anciennes, il se conforma, pour les programmes d'études, aux usages du temps. Sur un point seulement, il innova, mais ce point était d'importance, et nous le signalons, parce que la féconde initiative du grand vicaire serait imitée avec profit, de nos jours, en plus d'un diocèse.

« A la fin de l'année scolaire, lisons-nous dans le règlement du collège, les six meilleurs élèves de chaque classe composeront en concours avec les élèves des oîêmes classes des autres écoles secondaires, sur toutes les matières de 1 année. Les compositions, corrigées par les professeurs réunis, auront des récompenses, et les devoirs couronnés seront livrés à l'impression (3). »

\ M. Auffret étail professeur de philosophie.

2 Archives des Frères.

3 Fragment inédit. — Archives des Frères.

LE SEMINAIRE DE PLOUGUERNEVEL 211

Sous une pareille impulsion, le séminaire de Tréguier devint bientôt un établissement depremier ordre. Lorsque, en 1821, le bail passé entre la ville et le diocèse prit fin, il fallut de nouveau chercher ailleurs un plus vaste local (1). Nous retrouverons M. de la Mennais activement mêlé à cette œuvre d'agrandissement ; pour le moment, nous devons le suivre sur un autre champ d'action.

A l'extrémité occidentale des Côtes-du-Nord, dans la partie de l'ancienne Cornouaille annexée au diocèse de Saint-Brieuc, à Plouguernével, un petit séminaire avait été fondé en 1669, par l'abbé Picot, recteur de cette paroisse (2). Comme tant d'autres, il avait été fermé à la Révolution. Depuis longtemps, le pays manquait de prêtres, et son niveau moral baissait de façon inquiétante.

Témoin de ce qu'avait fait à Tréguier l'abbé de la Mennais, un prêtre zélé, M. Ollivicr, recteur de Gouarec, résolut de relever de ses ruines l'antique maison. Il fit part de son idée au vicaire général, qui l'encouragea vivement et le guida de ses conseils. Fort de son aulotorisation, M. Ollivier entra immédiatement en pourpar-

1 Pour connaître en détail l'histoire de cet établissement, on peut consulter, mais avec réserve, un volume publié, en 181)5, sous ce titre : L? collège de Tréguier depuis sa fondation jusqu'à nos jours, par un ancien élève. — Saint-Brieuc, imprimerie René Prud'homme.

■i « Plouguernével était comme le point moyen entre les deux sièges épiseopaux de Quimper et de Saint-Brieuc. C'était un vrai désert, alors inac cessible, au milieu des landes et des bruyères. Ce n'est point un bourg", mais un simple hameau, formé de quelques chaumières. Il avait cependant une église paroissiale. Tel est le lieu que l'on choisit pour y former une écoje, afin de faciliter 1rs premières études aux enfants peu fortunés qui se destinaient à la cléricature. Lue maison fut bâtie sous le nom de séminaire. On y mit quelques prêtres pour enseigner les éléments du Latin, et leurs bons élèves arrivaienl eu cinquième dan- nos collèges. . . Pendant |i'- vacances, on y donnait la retraite annuelle aux prêtres de la contrée qui ne pouvaient aller au séminaire de Quimper.

«■Cet établissement ayant été vendu pendant la Révolution, .M. de la Mennais en négocia le rachat, et commença par y placer quelques-uns lie ses " petits Frères ». Le nouvel évêque, Mgr de la Romagère, agrandit le nouvel établissement au moyen de quêtes faites dan- la contrée. On y reprit l'enseignement, non seulement des principes du latin, mais encore amanites, y compris la rhétorique. Bien qu'à douze grandes lieues àe Saint-Brieuc et à quinze eu voiture, le prélal y faisail de fréquents voyages.. . J'ai ouï porter le nombre total de- élèves de 150 à 200, donl près d'une moitié pensionnaires, les uns à 300 fr., les autres à 250;.... D'autre- vivent chez les paysans du bourg, ou dans des habitations voisines, i) — .Mémoires du chanoine Lesage, t. III. années 1826-1827.

lers avec les propriétaires de l'ancien séminaire. Ceux-ci, heureux peut-être de se laver de la tache qu'une acquisition sacrilège avait imprimée à leur famille, cédèrent à bas prix les bâtiments principaux et les dépendances. Ces locaux suffisaient pour la première installation. Les ('lèves vinrent nombreux dès la première heure, et depuis lors, l'œuvre n'a cessé de grandir.

Les vœux du grand vicaire se réalisaient. Le diocèse possédait désormais trois écoles ecclésiastiques de plein exercice. C'était à peine assez pour remplir en temps utile les vides du clergé; c'était trop pour l'Université, qui voyait dans ces maisons des rivales gênantes.

Tout d'abord, la concurrence fut loyale. Pour lutter avec avantage contre les séminaires, l'autorité académique s'efforça de multiplier les collèges communaux du département, ou de rendre la vie à ceux qui existaient, déjà. Non seulement Saint-Bricuc, mais de petites villes comme Dinan, Lannion, Guingamp, Lamballe, curent leurs établissements universitaires.

Malgré l'appui du pouvoir et les ressources du budget, la confiance des familles allait aux maisons cléricales, et les collèges municipaux végétaient. C'est alors que des influences hostiles commencèrent à entraver ce qu'on appelait les envahissements du grand vicaire de Saint- Brieuc.

Il y avait à Dinan un collège qui avait joui d'une certaine vogue avant la Révolution. Chateaubriand avait passé sur ses bancs. Depuis la fondation du petit séminaire, il avait constamment décliné, et, en 1815, réduit à vingt ou trente élèves, il avait fermé ses portes.

Furieux de voir rétablissement rival recueillir les restes de sa clientèle, quelques notables de Dinan sommèrent le préfet de Saint-Brieuc de maintenir leur collège et d'y faire annexer purement et simplement l'école ecclésiastique.

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