‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 116 sur 270 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

SAINT-BREEUC. LES COMMUNAUTES DE FEMMES.

Saint-Bricuc a son écolo de Frères. Désormais les jeunes garçons de la ville et des environs seront l'objet de soins assidus. Mais l'ange du foyer chrétien, qui ne le sait? c'est la femme chrétienne. Impossihle de ramener pour longtemps le Christ au sein des familles sans le concours de la mère et de l'épouse. Le grand vicaire en était plus convaincu que personne. Aussi, en même temps qu'il travaillait à sa grande œuvre des collèges, s'empressa-t-il de réorganiseï l'enseignement des filles.

Ici, plus encore que pour l'instruction des garçons, tout était à recommencer. La Terreur avait chassé de leurs cloîtres et jeté sur le pavé les religieuses institutrices. Des femmes sans instruction, sans dévouement, parfois sans moralité, avaient essayé çà et là de continuer leur œuvre; les familles s'étaient détournées d'elles avec dégoût.

Lorsque M. de la Mennais prit en main le gouvernement du diocèse, un grand nombre d'anciennes religieuses vivaient encore. Elles demandaient comme unique grâce de rentrer dans leurs monastères dévastés, d'en étayer

tant bien que mal les murailles branlantes, de reprendre les austères labeurs de renseignement, et d'offrir à Dieu leurs dernières prières dans les sanctuaires qui avaient entendu les promesses de leur profession. Ces aspirations héroïques devaient trouver de l'écho dans l'âme du grand vicaire. Mais comment venir en aide à de telles détresses?

Les survivantes des anciennes communautés étaient pauvres, presque sans ressources. Leurs couvents étaient convertis en casernes, en collèges, en hospices. Impossible de songer à bâtir : l'argent faisait défaut. Le seul moyen de restaurer les maisons religieuses était de leur faire rendre, par le gouvernement et par les villes, leurs immeubles désaffectés. M. de la Mennais se mit à l'œuvre.

Nous savons avec quel zèle il a pourvu aux besoins moraux des jeunes filles pauvres de Saint-Brieuc, par l'institution du patronage du Refuge. Une bornera pas là ses soins charitables. Bientôt il demandera à quelques-unes dosâmes d'élite qui composent la congrégation de recueillir, dès le plus bas âge, les petites tilles de Saint-Brieuc abandonnées par leurs parents à la misère et au vice. Ces humbles classes enfantines seront le berceau de la belle œuvre dont nous raconterons l'histoire dans un prochain chapitre (1).

La ville épiscopale est donc, par ses soins, à l'abri des grands désordres. Mais ailleurs, quel navrant spectacle! « Les tribunaux mêmes, écrit-il au préfet, les tribunaux mêmes ont été effrayés d'avoir à punir dans un âge si tendre des crimes savants, des désordres qui supposent l'art de scruter le mal avec une perversité dont les exemples étaient autrefois si rares, surtout parmi les filles (2). »

Pour remédier à de tels maux, il demanda le rétablissement des religieuses Ursulines à Dinan, à Lamballe et à Lannion.

Partout de graves obstacles s'opposaient à son projet.

I La congrégation des Filles de la Providence. • -' Lettre inédite. — Archives des Frères.

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