LES URSULINES DE DINAN
A Dinan, le seul local qui pût convenir à un établissement religieux était l'ancien couvent de la Victoire, dans lequel, après la Révolution, on avait installé un collège communal. Ce collège venait de mourir. La ville n'avait pas le moindre désir de conserver à sa charge un édifice devenu inutile, et qui. faute d'entretien, menaçait ruine. Mais certains députés des Côtes-du-Nord voyaient avec terreur l'influence grandissante du vicaire général. Ils firent l'impossible, à Paris, pour contrarier ses vues.
M. de la Mennais dut s'adresser au ministre de l'Intérieur. Il n'en était pas à son coup d'essai. Jamais peut-être il ne fut plus heureux dans la riposte à des attaques aussi habiles que passionnées. Sa lettre, écrite au nom de tous les vicaires capitulaires, est un modèle de bon sens, de logique, de mordante ironie, surtout de fermeté. Il la termine par ces mots : « Nous nous sommes expliqués dans cette lettre avec une franchise peut-être un peu rude, mais nous espérons que Votre Excellence nous pardonnera d'avoir répondu sans beaucoup de ménagements à un mémoire dans lequel on n'en garde aucun avec la vérité. »
Le ministre Laine était plein d'estime pour le grand vicaire, et il aurait peut-être cédé sans discussion; mais l'Université gardait avec une àpreté jalouse les immeubles dont l'avaient dotée les lois révolutionnaires. Le 12 mai 1817, Royer-Collard, président de la commission d'instruction publique, adressa à l'abbé de. la Mennais une lettre qui lui laissait peu d'espérance. Sous prétexte que le petit séminaire de Dinan ne pouvait pas légalement recevoir d'externes, et que, par suite, il n'était pas impossible que le collège communal de cette ville ressuscitât un jour, le haut fonctionnaire trouvait « prudent do ménager à l'instruction publique le seul local où ce collège pût être établi. »
Du reste, son opposition était des plus courtoises : « Je me féliciterais, Monsieur, disait-il, et tous les membres de la commission se féliciteraient comme moi, si nous avions l'occasion de vous prouver combien nous aimerions à nous
entendre avec un homme de votre caractère sur les intérêts communs de la religion et de l'instruction publique (1). » Avant de poursuivre le succès d'une affaire, l'abbé Jean l'avait étudiée sous toutes ses faces, et il n'était jamais à court de bonnes raisons. Il revint à la charge, et sa persévérance finit par triompher. Les Ursulines prirent possession des bâtiments de la Victoire. Il est vrai que l'Université, soutenue, cette fois, par le conseil municipal de Dinan. les en chassera en 1840; elles y auront du moins fait le bien pendant plus de vingt ans.
A Lamballe, même situation, mêmes batailles à livrer. Les anciennes Ursulines sont encore au nombre de cinquante-huit. Les immeubles de leur communauté ont reçu trois différentes destinations. La partie consacrée autrefois au pensionnat, aux classes et à la congrégation des dames de la ville a abrité un collège, qui vient de fermer ses portes. L'église et la partie la plus récente des constructions oui été désignées pour servir de caserne à une garnison qui n'est pas venue; enfin le jardin a été mis à la disposition de la ville.
L'abbé Jean s'entend d'abord avec le ministre de la Guerre, qu'il a toujours trouvé traitable, et le projet de caserne est abandonné. Du côté de l'Université, la chose ira moins vite. Les libéraux des Côtes-du-Nord veulent à tout prix se ménager la possibilité de ressusciter les collèges qu'ils accusent le grand vicaire d'avoir fait tomber.
Pas plus qu'à Dinan, la ville ne désire entretenir à grands Irais un établissement que la proximité du collège de Saint-Urieuc empêchera toujours de prospérer. Les autorités départementales favorisent pleinement les vues de l'abbé Jean. Peu importe : les apodes de l'enseignement laïque se garderont de lâcher prise.
(1) Cité par llopartz. p. 223.