‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 118 sur 270 · LES DRSULINES DE LAMBALLE · texte numérisé non relu

LES DRSULINES DE LAMBALLE

Ils réusssissent à faire porter l'affaire devant le Conseil d'Etat, et le haut tribunal déclare qu'avant qu'on puisse s'occuper de rendre aux Ursulines de Lamballe leur ancienne communauté, il faut que la ville fournisse à l'Université un autre local pour y établir un collège. Que faire? Confiant dans la justice de sa cause, M. de la Mennais adresse, au nom de ses collègues, un nouvel appel à la raison du ministre. Cette fois, ce n'est pas une lettre, c'est un véritable mémoire qu'il met sous ses yeux.

Avec une habileté consommée, il se garde bien de plaider la cause des Ursulines : M. Laîné est trop libéral et d'aspirations trop modernes pour être très sensible au sort de pauvres religieuses cloîtrées. Les intérêts bien entendus de l'Université et de la ville de Lamballe le toucheront davantage. Aussi le grand vicaire s'appliquet-il à lui démontrer que vouloir rétablir le collège de Lamballe, ce serait gaspiller en pure perte les finances de cette commune, et nuire gravement au collège de Saint- Brieùc, le seul établissement universitaire qui prospère dans la région. Les chiffres atteignent, sous la plume de l'abbé Jean, une éloquence irrésistible. Il déroule ses calculs avec une rigueur implacable, puis, sûr de l'effet produit, il interpelle audacieusement le ministre.

<( Permettez-nous , Monseigneur, de supposer un instant qu'au lieu d'être ministre de l'Intérieur, vous soyez maire de Lamballe, et prononcez. Mais enfin, tout cela déplaît à quelques personnes notables, ou plutôt à quelques personnes notées pour leur immoralité, leur impiété, leurs excès de tout genre, et voilà que, sur la parole de quelques individus sans aveu, un projet si sage, si utile, approuvé par trois préfets, est rejeté, vraisemblablement pour toujours ! »

« Pour toujours » est un petit artifice de rhétorique, car il est bien décidé à ne pas abandonner la partie.

En attendant, l'occasion est belle d'étendre le débat et de fermer la bouche à l'opposition tracassière des libéraux bretons. « L'Université, continue le grand vicaire,

semble croire que Ton conspire, dans le département des Côtes-du-Nord, contre l'instruction publique. Elle découvre un peu tard cette conspiration-là. » Et il rappelle ce qu'il a fait lui-même, de concert avec les préfets de Goyon, de Bclle-Islc et de Saint-Luc, pour la prospérité du collège de Saint-Brieuc.

Puis, signalant les démarches malveillantes des meneurs qui, contrairement au vœu des municipalités et des populations, ont voulu entraver son œuvre : « Lorsqu'on est témoin de ces choses-là, dit-il, on se demande, Monseigneur, pourquoi les communes ont un conseil, les départements un préfet, les diocèses un évèque ou des administrateurs, car enfin, si le premier venu inspire plus de confiance que les autorités locales réunies, il est fort inutile que celles-ci parlent, discutent, forment des demandes. Pour nous, à l'avenir, nous n'en ferons plus aucune. Nous renonçons à cette espèce de combat, qui cesse d'être un devoir, puisqu'il cesse d'être utile. »

C'étaient là de hardies remontrances. Pour en tempérer la vivacité, M. de la Mennais termine par quelques phrases habiles, dans lesquelles l'éloge respectueux se mêle à l'expression discrète d'une espérance toujours caressée. « En vous parlant, pour la dernière fois, de nos réclamations, nous devons vous exprimer, Monseigneur, combien nous sommes reconnaissants de l'intérêt que vous y avez pris. Ceci n'est point un compliment : les Bretons ne savent guère les faire, et nous moins que personne. Toutefois, nous vous devons personnellement cet hommage, car nous sommes bien convaincus que vous approuvez nos vues, et que vous avez fait tout ce qui dépendait de vous pour en assurer le succès. Mais puisqu'elles trouvent un obstacle que vous ne pouvez vaincre, il est temps de mettre fin à des discussions sans résultat, et nous allons tâcher d'éloigner même de notre pensée des espérances qui nous étaient si chères (1). » Le ministre était homme d'esprit. Il comprit

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