‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 119 sur 270 · Mémoire inédit. — Archives de Tévêché de Saint-Brieuc · texte numérisé non relu

Mémoire inédit. — Archives de Tévêché de Saint-Brieuc

LES URSDLINÈS DE LANNION 2"»l

le reproche courtois contenu dans ces dernières lignes; il usa enfin d'énergie, et les Ursulines de Lamballe rentrèrent dans leur ancien couvent.

A Lannion, le monastère des Ursulines servait, en partie, à loger une brigade de gendarmes royaux. Le reste des bâtiments avait été cédé à la ville pour y établir une caserne, qui, pas plus que celle de Lamballe, n'avait reçu d'habitants. En 1816, dix seulement des anciennes religieuses survivaient. Etait-il opportun de provoquer, en faveur d'une aussi modeste communauté, des changements onéreux peut-être pour la ville, et propres à réveiller d'anciennes colères? M. de la Mennais ne connaissait pas d'obstacles, lorsqu'il s'agissait de l'âme des enfants. Or, à Lannion plus qu'ailleurs peut-être, la jeunesse était exposée aux pires séductions. Sauf un assez triste collège, cette ville ne possédait aucune école pour les enfants du peuple. Aussi la corruption y faisaitelle, chaque jour, d'effrayants progrès. Coûte que coûte, le grand vicaire voulut enrayer le mal.

Il y avait à Tréguier quinze Ursulines autorisées provisoirement à demeurer dans la maison des anciennes Paulines, mais qui n'avaient pas encore d'existence légale comme communauté. M. de la Mennais eut d'abord la pensée de les réunir aux Ursulines de Lannion; mais la ville de Tréguier tenait à ses religieuses, rétablies dès 1809, à cause de l'instruction gratuite qu'elles donnaient à une centaine d'enfants pauvres. L'abbé de la Mennais obtint pour elles la reconnaissance légale, ce qui leur permit de fonder à Tréguier un établissement stable.

Quant aux Ursulines de Lannion, malgré leur petit nombre, il multiplia les démarches en leur faveur, et eut finalement la joie de les voir recouvrer leur ancien domaine.

Dans les mémoires qu'il adresse, soit au préfet, soit au ministre, en faveur des communautés religieuses,

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M. «le la Mennais ne se borne pas à signaler les ravages de l'impiété. Il appelle aussi l'attention des autorités sur ces ruines matérielles qui, de toutes parts, couvrent le sol français, et qui bientôt, si Ton n'y prend garde, vont s'effondrer et disparaître.

Quand on se rappelle l'indifférence qu'affectait le gouvernement de la Restauration à l'égard des monuments religieux abandonnés depuis la Terreur, et l'odieux vandalisme des bandes noires qui partout démolissaient de gaité de cœur ce que les révolutions avaient épargné, on ne peut que rendre hommage au courage clairvoyant du prêtre qui maintint debout tant de chapelles et de cloîtres menacés d'une entière destruction. Ses avertissements discrets, mais pressants, étaient un prélude à la campagne retentissante entreprise, quinze ans plus tard, par Montalembert. Certes, il n'avait pas les connaissances artistiques du noble comte, mais le zèle de la maison de Dieu suppléait à ce qui lui manquait du côté de la formation spéciale.

Lors môme que les hauts fonctionnaires du gouvernement ne faisaient pas droit à ses demandes, ils remarquaient toujours le désintéressement, l'esprit d'initiative, les vues neuves et pratiques que révélaient ses diverses communications. « Le ministre, écrivait à sou frère l'abbé Féli, fait beaucoup d'attention à tes lettres, au point de les faire mettre à part (1). »

L'œuvre de restauration en 'reprise par l'abbé Jean ne tarda pas à porter ses fruits. )ans les trois villes de Dinan, Lamballe et Lannion, t. ne instruction des plus solides fut bientôt donnée, en même temps qu'une éducation irréprochable, aux jeunes filles de la classe aisée. A Quintin, une communauté florissante d'Ursulines ren-

(1) Lettre du 'M) janvier 1818, citée par A. Blaize. Œuvres inédites, etc., t. I, p. 327.

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