‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 131 sur 270 · M. LE GORNEC, CURÉ DE PAIMPOL · texte numérisé non relu

M. LE GORNEC, CURÉ DE PAIMPOL

craint d'adresser aux recteurs <!c la région une circulaire clans laquelle il essayait de justifier sa conduite passée. et ses erreurs présentes.

Lue telle audace appelait une répression immédiate. M. de la Mennais adressa au récalcitrant une longue lettre, très étudiée, très doctrinale, dans laquelle il répondait, point par point, aux raisons que le malheureux schismatique croyait pouvoir invoquer. Il terminait par cette adjuration : « Ah! Monsieur, comment pouvez- vous regarder comme une approbation de vos erreurs le silence que votre évèque a gardé avec vous depuis cinq ans? Nous avons été témoins de la douleur que votre obstination lui causait, et, s'il a désespéré de la vaincre, il ne pouvait du moins y penser sans une aftlicfion profonde. Peu de jours avant de mourir, il s'écriait en parlant de vous : « Malheureux vieillard, il descendra donc dans la « tombe sans se reconnaître, et le respect humain aura « assez de force pour étouffer le repentir dans sa con- « science ! » Ce mot nous fait trembler. Cependant nous aimons à croire qu'il n'en sera pas ainsi. La Providence semble avoir prolongé vos jours pour mettre sous vos yeux l'exemple de M. Le Gall (1) se rétractant entre les bras de la mort, et se hâtant de recourir à l'indulgence de l'Eglise et de lui demander pardon avant de paraître devant l'éternel Juge. Puisse cet exemple vous ébranler! Puisse cet avertissement, qui sera peut-être le dernier que vous recevrez de nous, vous faire triompher des misérables obstacles qui vous ont arrêté jusqu'ici ! L'éternité s'approche, Monsieur; il est temps, grand temps de penser à votre âme, et de prévenir les coups de la justice de Dieu en vous soumettant sincèrement et sans aucune réserve aux décisions de ceux qui ont charge de vous conduire et de le représenter sur la terre (2). »

Ce conseil ne fut pas entendu. Il fallut en venir aux

I M. Le Gall avait été recteur île Pleudaniel. Il s*était rendu coupable de désobéissance envers ses supérieurs dans îles questions de discipline ecclésiastique.

[2) Cf Ropartz, p. 192.

censures ecclésiastiques et au refus des sacrements. Frappé de cécité, le malheureux fit écrire, en 1818, aux vicaires capitulaires pour implorer leur clémence, sans toutefois se soumettre au jugement de l'Eglise. M. de la Mennais lui adressa un dernier et pressant appel. Nous ne savons quel en fut Je résultat.

Impitoyable pour l'obstination dans l'erreur, le grand vicaire ne l'est pas moins pour les vices qui déshonorent le sacerdoce. Pris dans l'ensemble, le clergé de Saint- Brieuc est de mœurs irréprochables, et sa tenue est des plus dignes. Seuls, quelques sujets douteux inquiètent les supérieurs, et causent, de loin en loin, un scandale.

Un jour, l'un d'entre eux a été pris en flagrant délit d'intempérance. Peu de temps après, il reçoit une lettre de Févêché. M. de la Mennais sait tout. Il lui rappelle en détail les circonstances de sa faute, puis il ajoute : « Monsieur, où est votre foi? Etes-vous prêtre, ètes-vous chrétien, ou ne l'ètes-vous pas? Croyez vous que, parce que votre conscience est éteinte, celle de vos supérieurs est morte?... »

Le juge a parlé. C'est maintenant le tour du père.

« Non, Monsieur, il n'en est pas ainsi; mais leur charité les presse de ne pas user encore envers vous d'une juste sévérité, car la charité est patiente, patiens est. Je vous en supplie, oui, je vous en conjure avec larmes, n'abusez pas de notre indulgence; ne nous forcez pas, je vous le demande en grâce, de vous dépouiller de votre titre. Renfrez en vous-même; revenez à Dieu. C'est de sa part que je vous parle; c'est en son nom que je vous prie de ne pas perdre votre âme et celle de vos frères. Je vous dis ceci avec force, il est vrai, mais sans amertume, soyez-en bien persuadé; je vous le dis parce que c'est mon devoir, et j'aime à penser qu'il vous reste encore assez de religion pour reconnaître, dans le langage que je vous tiens, malgré son âpreté apparente, l'expression d'un attachement sincère et d'une tendresse paternelle (1). »

1 Lettre inédite, du '■) mars 1817. (Collection d'autographes de M. Charavay, à Paris).

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