RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LILLE
Mon Révérend Père,
Le voilà donc fait, et bien fait, le livre que j'avais tant de fois appelé de mes vœux : un livre qui, en contraste avec le Lamennais apostat, nous montrerait le Lamennais fidèle, dans un prêtre du même* nom, du même sang, et qui couronnerait ce prêtre, ce frère, ce Lamennais, de l'auréole de mérites et de sainteté que l'autre a rejetée misérablement de son front.
C'avait été, pour l'Eglise d'il y a soixante ans , une consolation et une compensation miséricordieuse, que le spectacle de la vie et de l'œuvre apostolique de ce vrai prêtre, en
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regard et comme en expiation de la défection de l'autre. Ce sera, pour l'Eglise d'aujourd'hui, mon cher Père, une édification que l'histoire excellente que vous venez d'écrire, et qui place la moins bruyante de ces deux existences dans la gloire la plus haute, puisque cette gloire est faite de vertus éminentes autant que modestes sur la terre, et de mérites éclatants pour le ciel. Ainsi justice est rendue, les rangs sont rétablis. Tous vos nombreux lecteurs, mon Père, se demanderont, consolés, si l'aîné de ces deux hommes n'a pas fait, en somme, plus de bien par son action et par ses Fondations, que l'autre, hélas! n'a fait de mal par ses fougueux écrits, c! si. plus grand devant Dieu, il ne mérite pas d'être aussi plus grand aux yeux des hommes. J'ai ressenti cette impression, vous m'avez donné cette joie : je vous en remercie.
Il va. vous disais-je, bien des années que j'appelais celle révélation, qui est aussi une juste réparation. J'étais encore jeune prêtre lorsque je li>, à Ploërmel, mon pèlerinage au tombeau de cet homme de Dieu. C'étaff le 22 août 1 S(k) ; et j'ai noté, parmi mes meilleures journées de ces vacances, celle que je p;issai là,
sous la conduite ei dans la 1res intéressante conversation d'un de ses plus chers fils, le hon
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abbé Kuault (1), que je crois entendre encore. En l'écoutant, en le suivant, tandis qu'il me faisait visiter la maison, la bibliothèque, l'église, le cimetière, pieusement et religieusement, il me semblait marcher entre les deux Lamennais, Jean à droite. Féli à gauche, car c'étaient leurs deux noms <|iii diversement remplissaient l'entretien. Je lui demandais curieusement de m'apprendre quelquesunes des choses que vous avez écrites, mon Révérend Père, mais qu'on ne savait pas alors autant et aussi bien; et cela, faut-il l'avouer? dans une arrière-pensée que je n'ose plus dire. Cet âge ne doute de rien ! J'emportai donc, avec la signature de Féli, que je garde encore, quelques maigres imprimés que je prenais, infortuné, pour les matériaux d'une future bâtisse... Excusez ma témérité. Le Père Ruault dut en sourire. Je n'en ai jamais eu autant de confusion que depuis que j'ai eu la pleine satisfaction de voie- lire.
Et puis, à mon Orléans, je voyais vos Frères m l'œuvre dans un de nos petits séminaires. Plus tard, je les ai retrouvés à Lille, tout près de moi. presque chez moi, où j'ai pu mieux les apprécier encore. J'avais cependant rencontré, dans mes lectures,, l'éloquent parallèle que Guizot
l Aumônier des Fi ères de Ploêrmel.
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trace des deux frères, ce qui me faisait apparaître ùri commencement de justice. Auparavant, la correspondance de Mgr Brute, évêque de Yincennes, avec l'abbé Jean, publiée par la Revue de Bretagne et de Vendée, m'avait introduit dans leur intimité. J'abrège... Aussi bien, si je fais appel à ma vieille fidélité de vénération et d'admiration pour votre Lamennais, mon Père, c'est que j'en ai besoin pour qu'elle me soit une excuse auprès de vos lecteurs. Eussent-ils compris, sans cela, que j'eusse pris la parole, le premier, à cette place, près de vous et avant vous?
Qu'il devait faire bon, mon Révérend Père, d'avoir vingt ans, en 1800, l'époque du Consulat, la veille du Concordat! C'est à cette date, c'est à cet âge d'homme, que Jean-Marie entre en ligne pour le combat sacré, où il apporte i'àme chevaleresque de l'ancien gentilhomme breton, droite, haute, forte, armée de doctrine, et déjà aguerrie par dix ans de traversée sons In tempête révolutionnaire. Il ne quittera le champ de bataille qu'en l<Sl»o, et ne prendra sa retraite que dans l'éternité.
Voilà le cadre de votre livre : un demi-siècle, Jn première et la plus belle moitié du xi.v siècle.
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Et le champ de bataille dont je parle, c'est celui de la liberté de l'enseignement chrétien. La bataille dure encore, plus meurtrière que jamais. Ce vieux chef nous a laissé son exemple, ses armes : voilà l'intérêt supérieur et tout actuel de votre livre.
A dire vrai cependant, l'enseignement, qui est bien le terrain central de son œuvre, n'en circonscrit pas les frontières. L'ensemble embrassé par ce grand organisateur, c'est le relèvement total de l'Eglise de France; car, à. cette époque, on s'en souvient, tout était à refaire. Naturellement, il commence par sa chère Bretagne, la Bretagne catholique. L'héroïque Bretagne, vaincue, non soumise par la Révolution. Il y travaillera comme missionnaire, comme prédicateur, comme administrateur, comme vicaire générai, comme vicaire capitulaire. Et parmi combien de luttes et de contradictions! Conseiller des évêques, il a bien plus le souci de les éclairer et de les assister que celui de leur plaire, et cela, au risque de la défaveur et de la disgrâce. Que ses résistances sont dignes, et ses soumissions silencieuses plus belles encore! « Zèle de feu, courage de fer! » C'est sa devise, c'est son âme. Il est fort, mais un de ceux dont Platon a écrit : « Les forts sont doux. » On est si fort quand on n'attend rien des hommes, et tout de Dieu!
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C'est par cette élévation et cette fermeté de caractère, plus encore que par le prestige de son nom, qu'il devient l'homme de tout ce pays de Bretagne. 11 est si breton lui-même! Les prêtres bretons liront tous sa Vie, mon Père. Ils jouiront il'\ retrouver l'histoire au vrai de leurs grands anciens de ce temps -là. Ils jouiront pour le moins autant, j'en suis sûr, de s'y retrouver eux-mêmes, dans ce type d'un homme tout d'une pièce, sorti, comme d'un seul jet, du vieux moule traditionnel et local, qui n'est pas usé encore.
Il fut bien un peu aussi l'homme de toute l'Eglise de France; d'abord lorsqu'en qualité de vicaire général de la Grande-Aumônerie, il pourvoyait de près au meilleur choix des évèques, lui qui, tant de fois présenté, ne voulut jamais l'être! Mais c'est surtout par ses écrits des années de l'Empire et de la Restauration, les Réflexions su>* l'état de l'Eglise de France; la Tradition de f Eglise sur l'institution des évèques; les Aphoristnes, etc., qu'il travaille hardiment à la reconstitution générale de cette Eglise. Ces écrits ramènent la théologie et l'histoire aux doctrines romaines; ils visent, de plus, à rendre au clergé de France sou ancien lustre et son ancienne autorité dans la science , la parole , le ministère , la prière et le culte. (Tétaient des actes de courage
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que ces reformations , car c'étaient autant de coups portes au césarisme et au gallicanisme tout-puissants à cette époque. Mais la censure avait beau faire : la vraie lumière perçait ce* ciel chargé de foudre.
Ils étaient deux alors, en collaboration. Féli, à trente-quatre ans, avait fini par se faire prêtre. Fut-ce par vocation? Il est effrayant d'avoir à en douter. La nature des deux frères différait totalement. Autant l'esprit de Jean est discipliné, réglé, autant celui de Féli est personnel, inquiet, passionné, extrême. De même pour leur caractère, et leur tempérament. La salutaire réformation que l'un veut hardiment, mais pacifiquement, hiérarchiquement, l'autre la ferait violemment, révolutionnairement. Cependant, à cette heure, il était beau de voir les deux frères prêtres marcher ensemble, la main dans la main, le théologien avec le poète, l'apôtre avec l'écrivain et l'artiste, l'un tempérant, corrigeant et complétant l'autre. De cette fusion de la raison et de l'imagination , de la doctrine et de l'art, il pouvait sortir 11m1 œuvre (Tune perfection rare. Est-ce de là que sortit le premier volume de F Essai sur F indifférence? Vous ne le dites pas, mon Père; d'autres l'ont pensé et dit. Mais ce qui est certain, c'est qu'à leur doctrine commune
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et indivise d'alors le génie de Féli avait attaché des ailes; et ces pages éloquentes, passant, cette fois, par delà et par-dessus les clochers à jour de la Bretagne, allèrent porter l'enthousiasme avec la vérité d'un bout à l'autre de la France, puis de l'Europe entière.
De ce livre vous parlez peu : ce n'est pas de votre sujet. Vous seriez plutôt tenté de vous étendre sur La Chesnaie, son cénacle, son école. son sanctuaire, son aimable foyer et son académie : car La Chesnaie est tout cela. Vous nous y présentez complaisamment chacun de ces jeunes hommes rangés autour du maître, et vous nous les faites aimer. N'étaient-ils pas beaux comme l'espérance? Mais vous passez bien vite, car Jean-Marie n'est pas là.
Où est-il, mon Père, où nous le montrezvous? Tandis que Féli s'entourait de cette jeune et brillante aristocratie du nom, de la naissance, de l'éducation, de la distinction et de l'intelligence, accourue à lui des châteaux ou voisins ou lointains, pour se suspendre à ses lèvres et caresser sa gloire, Jean, — et combien je l'en aime! — Jean était à l'humble servie»» des pauvres, do petits, des déshérités et des opprimés, dans tout sou diocèse de Saint-Brieur et au delà!
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fl relève et soutient de petites écoles presbytérales, il rétablit des petits séminaires croulants, pour lesquels il quête, il mendie, il donne. Il réintègre de pauvres religieuses spoliées dans leurs couvents désaffectés par la Révolution. Il rend à d'autres leurs hospices, leurs malades, le champ de leur charité et de leur dévouement. Il va donner des missions dans les villes et dans les campagnes, lesquelles n'ont jamais entendu de missionnaire tel que lui!
En même temps, il groupe, il constitue en communauté enseignante les premières et courageuses filles qui vont devenir la Congrégation de la Providence. Il enrôle une brigade de jeunes garçons intelligents et résolus, dont il fait le noyau de ses Frères de l'Instruction chrétienne. Il tend la main au curé d'Auray, M. Deshayes, pour une œuvre pareille, et leurs deux familles s'unissent, comme les cœurs de ces deux prêtres, indissolublement. Il en sera de même pour la congrégation des prêtres enseignants de Saint- Mécn. Ah! que ce prêtre a fait de bien!
Les écoles chrétiennes de tout degré s'élèvent, grandissent, couvrent le sol, en dépit des oppositions et des contradictions. Le Père Jean est là pour les protéger, les défendre, par la parole,
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la plume, les démarches, les actes de vigueur ou les coups d'adresse, contre les préfets, souspréfets, inspecteurs ou municipalités , dont il brise ta résistance ou dont il subjugue l'esprit, dont il gagne le cœur par sa conviction, sa finesse, sa bonhomie, sa franchise et sa générosité. Infati- ' gable au travail comme à la lutte, on le voit arriver à cheval de jour ou de nuit, à chacune des maisons , des écoles , des presbytères où il y a à consoler, à éclairer, à fortifier, à guérir, laissant partout le courage, l'entrain, la direction, l'élan, avec une parole de père et un rayon de joie .
« L'odeur qui s'exhale de mon fils est celle d'un champ de blé en fleur », pouvait-il dire, lui aussi, de sa famille de prêtres, de religieux et de religieuses. Une riche moisson allait mûrir; il en avait été le laboureur et le semeur.
Or c'était pendant ce temps-là que, par contre, la zizanie, rivraie se montrait à la Chesnaie dans le champ de l'autre frère. Quel était « l'homme ennemi » qui l'y avait semée? N'était-ce pas Féli lui-même, par ses doctrines et ses paroles révoltées et révoltantes?
Il vous en coûte, mon Père, on le sent à vous
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lire, de vous faire son accusateur, tant l'âme clémente de Jean a passé dans la vôtre! Quelques avocats., et ceux-là bien osés, ont plaidé, de nos jours, l'acquittement du coupable : c'est trop fort ! D'autres ont fait valoir les circonstances atténuantes : hélas! je n'en vois guère, car le génie n'en est pas une. Vous êtes, vous, pour la compassion et la miséricorde ; à la bonne heure! et en cela mon Père, nous sommes tous avec vous. Ils étaient tous avec vous, les presbytères de France où l'on pria longtemps pour cet égaré, cet obstiné, que Ton croyait être aussi un souffrant, un infortuné. Et je me souviens des soirs où le maître de mon enfance, un ardent mennaisien d'autrefois, me faisait réciter mélancolie uement avec lui, dans les allées de son jardin, une dizaine de chapelet, puis deux, puis trois, puis le chapelet entier, pour la conversion du maître écrivain, qu'il m'avait fait lire el admirer le matin.
Es -il besoin de vous dire, mon Père, quelles sont les pages les plus pathétiques de votre ouvrige? celles où l'on court tout d'abord! Ce sont bien celles où se déroule le drame de la sépaiation du frère d'avec le frère. Séparation lente, tant elle conte à l'aîné, tant elle lui semble impossible. Il ne s'y résigne pas, quoi qu'on fasse
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autour de lui. Il avertit, il implore, il supplie, il adjure : « 0 mon pauvre Féli, crois que je t'aime bien! » Mais il aime encore plus Notre- Seigneur Jésus-Christ, l'Eglise, la vérité, les âmes. C'est entre ces deux amours, entre la terre et le ciel, que son cœur est écartelé, comme il dit. Ne les saurait-il concilier en lui? Féli a beau se cabrer, s'irriter, s'aigrir, repousser cette main de frère, Jean ne peut l'abandonner, le condamner, le maudire. Est-ce son rôle à lui? qui peut le lui demander ?
Pour lui, le saint prêtre souffre tout : la méfiance du clergé, le discrédit de ses œuvres et de son ministère, la défection de ses amis, la dissolution de la société de ses prêtres, le$ violences de la presse. « Prier et pleurer, c'est tout ce qui me reste maintenant, s'écrie-t-il. .le dois me préparer désormais à des douleurs rastes comme la mer. ■» Cependant ce cœur, dpnt la blessure saigne toujours, garde toujours fivace la libre de l'espérance. Jean ne cesse d'écrire quand même à l'ingrat, à l'enfant prodigue qui ne lui répond plus : car il est rainé, il est père. On le voit partout à la recherché de ceux et de celles qui pourraient encore aborder l'âme chère et l'arracher à l'abîme. À 1'auuonre d'une fin prochaine, il se fera porter à Paris, pies de
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lui. puisqu'il ne peut plus marcher. Il est trop tard, hélas!
Que se passa-t-il à ce lit de mort? A de telles questions, « l'Eternité seule peut répondre, avait écrit le Lamennais de V Essai. Tirons le rideau sur le reste de cette scène, et laissons à l'enfer ses épouvantables secrets. » Tel est le dernier acte du drame tragique qui, avec des intermèdes, se déroule d'un bout à l'autre de votre livre. Et s'il lui faut un épilogue, je le trouve dans la scène ('mouvante où vous nous montrez finalement Jean-Marie revoyant La Chesnaie trois mois après la mort terrifiante de son frère. Là. au sortir de la chapelle, où il venait de célébrer; considérant la fenêtre de la chambre autrefois habitée par l'être qu'il avait le plus aimé au monde, le vieillard étendit les mains, poussn un cri : « Eéli, ô Eéli! » et tomba évanoui dans les bras d'un de ses religieux.
La souffrance chrétienne est féconde. Tout votre second volume, mon Révérend Père, est rempli par le tableau de cette surnaturelle et opulente fécondité de l'arbre de la croix. Là, dans une vingtaine de chapitres bien remplis. vous nous faites passer successiveme»nt de la Bretagne aux autres régions de la France, puis
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de la France à l'étranger; puis, par delà l'océan, aux colonies, aux Antilles, au Sénégal, à Saint- Pierre-et-Miquelon, en Guyane, à Tahiti, partout où les « Frères de Lamennais, comme on les nomme, vont bravement porter l'instruction et la foi. C'est un autre spectacle, auquel le vénéré vieillard de Ploërmel n'est absent que de corps. Son âme tout entière, par sa règle, par ses lettres, est en tout lieu avec ces héroïques défricheurs et planteurs de la vigne du Père de famille. Ils s'appellent le frère Ambroise, le frère Arthur, le frère Hyacinthe, le frère Louis-Joseph, les frères Euthyme, Etienne-Marie, Liguori, Didier, Jérôme, Alpert, et combien d'autres! qui s'en sont allés là-bas livrer bataille à l'ignorance et à la barbarie. Encore, si, aux prises avec le climat et les éléments, ils n'avaient pas trop souvent à lutter contre les gouverneurs! En vous lisant, mon Père, je me demandais et je vous demande : Quelles sont donc les pages de Féli, si haut qu'elles soient cotées, qui se puisseul comparer au nouveau chapitre des Actes des Apôtres que ces humbles el grands misssionnaires àllaienl ainsi écrire, et parfois avec leur sang, sur ces horribles terres ou de glace ou de feu?
Eu France, l'activité du fondateur se déploie au service du gouvernement extérieur et inl.é-
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rieur d'une société qui va grandissant chaque jour. A l'extérieur, il faut la défendre contre les tracasseries des pouvoirs politiques et administratifs : aveugles qu'ils sont de ne point comprendre qu'ils n'ont pas de plus puissants et de plus sûrs instruments de moralisation et de civilisation, que ces hommes de dévouement, les vrais hommes du peuple, parce qu'ils sont premièrement des hommes de Dieu. M. Guizot Fa compris, M. Villemain l'a compris, M. de Salvandy l'a compris. Le premier des trois nous a dit sa respectueuse et particulière estime pour ce prêtre dont le nom lui en rappelait un autre : « Chaque fois, écrit Guizot, que je voyais cet honnête et terme Breton, devenu un pieux ecclésiastique et un ardent éducateur du peuple, absolument renfermé dans son état et dans son œuvre, ma pensée se reportait tristement vers son frère, ce grand esprit égaré dans ses passions, tombé parmi les malfaiteurs intellectuels de son temps, lui qui semblait né pour être un de ses guides les plus sévères, o Et le reste (1).
Mais comment espérer d'élever à cette hauteur de vues un Glais-Bizoin, par exemple, à
l Guizot, Mémoires. T. III, Cli. XVI. p. H2. — La page éloquente qui suit, sur Félicité de l;i M en nais, est un des plus équitables jugements qui aient été prononcés sur ce malheureux esprit et sur ceux qui lui ressemblent.
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qui l'éducateur eut affaire? 11 était temps que la loi de 1850 donnât enfin raison aux longues revendications du Breton militant. Je suis heureux d'apprendre de vous, mon Révérend Père, qu'il fut appelé à présenter ses observations et ses vœux à la commission extraparlementaire préparatoire à la loi; et qu'à défaut de sa présence, cette assemblée d'élite put du moins recueillir le fruit de son expérience, dans un mémoire dont toutes les conclusions furent appréciées et adoptées. Et nous aussi, remercionsle, saluons-le. A cette heure où cette loi de paix et de salut est à la veille peut-être de succomber sous les coups de la plus inepte tyrannie, n'est-ce pas le moment de nous retourner, reconnaissants autant que tristes, vers ceux qui nous l'avaient sagement et libéralement donnée? Ah! mon Père, que diraient-ils aujourd'hui, ces grands et vrais Français? Hélas! Et que feraient-ils?
Un mot encore. Je vous le dois pour ce que vous nous apprenez de l'œuvre intérieure, intime : celle de la direction pédagogique et spirituelle des religieux et religieuses, formés, sous sa conduite et par ses instructions,' à l'esprit propre de leur profession et de leur institut. Aussi bien, votre livre nVst-il p;is écrit uniquement, ni même principalement, pour les lecteurs
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du dehors. Les dignes fils d'un tel Père y voudront retrouver l'âme qui se -versait dans la leur, le cœur qui battait près de leur cœur, la main qui guidait leurs pas ou qui essuyait leurs larmes, le Père enfin « le Père Jean », avec sa bonté souriante, sa piété, sa fermeté, sa tendre charité, son dévouement sans bornes à la famille qu'il avait engendrée dans le Christ.
Elle était, nous dites-vous, de huit à neuf cents Ktères quand il leur fut enlevé. Us sont près de trois mille à l'heure où vous écrivez,* et je ne sache pas qu'ils soient en rien déchus de leur primitive ferveur, loin de là. C'est leur grande force d'à présent, c'est leur meilleur motif d'espérer en l'avenir. La plus sûre garantie de la vitalité des congrégations religieuses, c'est leur fidélité. Telle est aussi ma plus ferme assurance contre Forage qui fond présentement sur leur tète. La tempête peut faire rage ; le branchage peut être ravagé et dispersé; mais l'arbre tiendra bon : il a ses racines dans le roc et sa tète dans le ciel ; sa sève est riche, son tronc robuste : attendez, attendons que la tourmente ait passé, et tout repoussera.
La fidélité a l'esprit de l'institut, telle fut la suprême recommandation du saint octogénaire,
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près de sa fin : « J'ai la confiance, mes chers Frères, que dociles à ma voix, qui, peut-être se fait entendre pour la dernière fois, vous allez vous lever et marcher avec une nouvelle ardeur dans les sentiers béais de la ferveur et de la régularité. Les temps sont mauvais. Priez et consolez PKglise par la bonne odeur de toutes les vertus. Employons les jours qui nous restent à semer beaucoup, afin de recueillir abondamment dans le ciel. Mes forces baissent, je m'en vais. Vous continuerez à prier pour moi. Après Dieu et Marie, ma pensée la plus chère est pour vous. »
Ge que le pieux mourant demandait à ses disciples, sa Vie écrite par vous leur apprendra à le pratiquer, mon très cher Père. Par elle, Un renouveau de vertus apostoliques et religieuses se fera dans chacune des M'A) maisons de l'institut. Ge souille vivifiant passera de là sur la jeune âme de leurs 7*>000 élèves. Telle est assurément la lin première de voire ouvrage; vous en avez le vif désir, vous en aurez la joie; et ce vous en sera la plus haute récompense. Vous la recueillerez de partout. Dans les deux mondes, des milliers de voix, des milliers de cœurs, béniront le nom de l'homme, de l'historien, du prêtre, qui leur aura rendu, dans une si vivante
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image, l'ancêtre qu'un jour leurs pères ont vu emporté au ciel par sa charité, comme sur un char de feu. N'en serez-vous pas heureux?
Qu'il vienne aussi, cet autre jour où, le faisant monter « dans les splendeurs des saints », l'Eglise nous agenouillera devant celui qu'alors nous pourrons invoquer, après l'avoir tant admiré et aimé ! C'est le souhait qu'aux dernières lignes de votre livre, vous déposez aux pieds du Souverain Pontife. C'est celui qu'à mon tour j'exprime à la fin de cette lettre, et pour l'outrage, dont ce serait la suprême sanction, et pour l'ouvrier, que je sais digne de cette bénédiction.
Agréez-le, ce souhait, mon cher Père, avec l'assurance de Paffeetueux respect qui s'appellera de l'amitié, le jour où vous permettrez ce nom à votre tout dévoué serviteur
Baunard.