‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 186 sur 270 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

LA GRANDE AUMONERIE DE FRAXCE.

Par quelle inlluence l'ancien grand vicaire breton devintil le vicaire général du Grand-Aumônier de France? En l'absence de tout document précis, la chose est difficile àéclaircir. Nous croyons néanmoins que M. de la Mennais dut cette brillante fortune au crédit de Mgr de Quélen (1).

L'ami de jeunesse de l'abbé Jean occupait, depuis le mois d'octobre 1821, le siège de Paris. Ancien titulaire du poste offert à M. de la Mennais, il en connaissait

(1) Le chanoine Lesage, dans ses Mémoires, est d'un avis différent. Voici comment il explique la nomination de l'abbé Jean : « Le poste de vicaire général du prince Grand-Aumônier fut offert à M. de la .Mennais cadet, écrivain distingué, et surtout célèbre par son admirable Essai sur l'indifférence en matière de relif/ion. Il refusa une place à laquelle il ne se jugeait pas propre; mais il proposa son frère, qui fut accepté. C'est. ce qu'a raconté dans une réunion nombreuse l'homme de confiance de M. Féli de la Mennais, et qui soigne en Bretagne les intérêts temporels de cet illustre écrivain, dont le génie a également fructifié pour la fortune et pour la gloire. Je tiens ce fait d'une personne présente à la conversation. » (Mémoires manuscrits, t. IL)

Cette version ne tient pas devant la déclaration suivante de l'abbé Féli : « Il est vrai que mon frère est nommé vicaire général de la Grande-Aumônerie. Il part cette semaine, et il te dira les détails. Quant à moi, il n'a sûrement pas été question de me nommer à rien, et mon entrée dans le Drapeau blanc n'en fera pas naître l'idée. » — Lettre à Benoist d'Azy, Un Lamennais inconnu, p. L>7.

Il est possible, au surplus, que la seule notoriété acquise à M. de la Mennais par ses relations de vicaire général avec, les divers ministres ait déterminé le choix de Louis XVIII. Un prêtre à qui l'on avait songé pour l'épiscopat était assez naturellement désigné pour les fonctions plus modestes qu on lui confiait alors.

les difficultés; il appréciait les capacités administratives de son compatriote ; d'autre part, il n'ignorait pas les démêlés de celui-ci avec Mgr de la Romagère et la situation gênée que lui avait faite l'administration du nouvel évoque. Il pouvait penser enfin que cette nomination lui aplanirait à lui-même des difficultés dont nous parlerons tout à l'heure. Bref, de graves motifs nous font croire à son intervention.

L'élu 'ne fut ni ébloui, ni décontenancé par cette subite élévation. Autour de lui, les paroles d'inquiétude se mêlaient aux félicitations. Féli voyait son départ sans enthousiasme. Sa séparation d'avec les « Petits Frères » et les religieuses de la Providence avait été un déchirement. Il arriva à Paris le cœur serré, mais l'âme résignée et plus que jamais vaillante.

Il n'avait jamais vu le Grand-Aumônier, et parmi ceux qu'il allait avoir comme subordonnés ou comme collègues, il ne connaissait personne. Avant d'aborder un monde aussi nouveau pour lui, il voulut se recueillir quelques jours.

Il y avait alors à l'extrémité de Paris, dans l'impasse des Feuillantines, une petite communauté fondée par l'abbé Carron. L'établissement donnait asile à une cinquantaine d'orphelines appartenant à des familles nobles, ruinées par la Révolution. Il était dirigé par les trois vieilles demoiselles que Féli avait autrefois connues à Londres : Mllcs de Lucinière, de Yilliers et de Trémereuc.

Ces respectables personnes, vrais types de courtoisie délicate et dévouée, avaient un peu moins de fortune que de quartiers de noblesse. Néanmoins elles trouvaient moyen d'offrir une gracieuse hospitalité aux prêtres de passage dans la capitale ou à ceux qu'attirait le crédit notoire de l'abbé Carron auprès des princes et de la Grande-Aumùncrie.

C'est là que Félicité de la Mennais vint chercher, au

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