‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 19 sur 270 · L'EDUCATION · texte numérisé non relu

L'EDUCATION

Avant de participer, comme toutes les familles honnêtes, aux misères de cette triste époque, la famille de la Mennais reçut, dans la personne de son chef, un témoignage public d'estime, dont l'honneur allait rejaillir sur chacun de ses membres.

Pierre de la Mennais n'était pas seulement un négociant habile, c'était un homme de cœur. Bien des fois. il avait senti son àme s'émouvoir à la vue des maux cruels qu'entraînait alors la pauvreté, et il avait répété en lui-même le MLercor super turbam qui devait inspirer toute la vie de son fils Jean-Marie.

En 1782, une disette terrible sévissait sur la Bretagne. Le boisseau de blé avait atteint sur le marché le prixénorme de douze livres. Le prévoyant armateur, qui avait fait venir de l'étranger, au prix de dix livres chacun, quinze mille boisseaux de grains, les distribua au prix de huit livres le boisseau.

En 1786, le fourrage manquait dans la province entière, et, de plus, la récolte de blé était très insuffisante. M. de la Mennais fit venir pour trois millions de grains et de farines et une quantité énorme de fourrage, qu'il vendit toujours à un prix inférieur au prix d'achat.

Cette belle conduite, que sa modestie avait tenue secrète, n'aurait provoqué aucun témoignage de reconnaissance, sans l'intervention d'un commissaire royal, qui signala aux Bretons le patriotisme de leur compatriote.

La province sauvée de la faim devait à son bienfaiteur un remerciement. Le 28 décembre 178G, les Etats de Bretagne, réunie à Rennes, chargèrent leurs députés de solliciter du roi, pour Pierre-Louis Bobert, des lettres de noblesse (1). Elles furent délivrées à Versailles, le 12 mai 1788, avec des considérants particulièrement honorables pour le

1 On peu! lire ces lettres il" noblesse dans l'ouvrage île S. Ropartz. La Vie et /es Œuvres >/>■ Jean-Marie Robert de la Mennais, p. '■'> e1 suiv. Voici h- règlement d'armoiries fail à cette occasion par Antoine-Marie d'Hozier île Sérigny, chevalier juge d'armes île la noblesse de France : <' Un écu de sinople ;ï un chevron d'or, accompagné en chef île deux épis de blé de même, et en pointe d'une ancre d'argent, le dit écu timoré d'un casque il'' profil urne de ses lambrequins d'or, de sinople et d'argent. -

nouveau gentilhomme. « Cette grâce, écrivait aux députés le baron de Breteuil, est d'autant plus flatteuse, qu'elle est infiniment rare. » L'associé de Pierre de la Mennais, M. Blaize de Maisonneuve, fut anobli le même jour.

A quelque temps de là, M. de la Mennais était à la Chesnaie, où Mgr de Pressigny honorait de sa présence une réunion de famille. Il ne s'agissait point, hélas! de fêter le nouveau titre de l'armateur : les privilèges nobiliaires étaient abolis depuis plusieurs mois. Cette visite de l'évèque était un adieu. Entravé dans son ministère, menacé dans sa liberté et dan» sa vie, il avait dû songera l'exil; mais il ne voulait point partir sans revoir une famille qui lui avait toujours témoigné une affectueuse vénération.

On lui présenta le jeune Jean-Marie. « Que se passa-t-il entre l'enfant et le vieillard, quand le dernier évèque de Saint-Malo vit s'agenouiller à ses pieds le plus mâle héritier de la foi bretonne pour recevoir en un même jour, et sensiblement avant l'âge accoutumé, le pain qui entretient la vie et le sacrement qui donne la trempe chrétienne au courage? Jean-Marie de la Mennais n'avait guère que neuf ans, mais en ce temps-là il fallait se hâter. L'évèque sentait trembler sous ses pas le sol que sa chaire épiscopale consacrait depuis tant de siècles. Il voyait la tempête, qui, depuis cent ans au moins, amoncelait ses nuages à Ions les points de l'horizon français, près de faire éclater la plus terrible de ses foudres (1). »

Cet enfant eut à la fois l'intuition des prochaines persécutions de l'Eglise et la volonté de se consacre]- par le

sacerdoce à celle Eglise persécutée. Comme tant d'autres, il entendit le premier appel de Dieu le jour de sa première communion, et il dut le courage d'y répondre à l'Esprit de Force descendu en lui avec le sacrement de confirmation. « C'esl bien ce jour-là, déclarera plus lard son panégyriste, c'esl bien ce jour-là — nous le tenons'de sa propre bouche — que la roule lui fut montrée. Il la regarda de

l Oraison funèbre de M. l'abbé J.-M. de lu Mennais, par .M. t'abbé «lu Léséleuc, depuis r\ êque d'Aubin, p. S.

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