LES ŒUVRES DE PRESSE
dans le diocèse de Saint-Brieuc si Mgr de la Romagère en avait permis la libre application. De nouveau, hélas! l'entreprise de réforme échoua contre la routine du prélat, et le diocèse resta jusqu'à sa mort livré, à peu près sans contrepoids, à ses manies capricieuses et autoritaires.
Les œuvres de presse ayant pour but la défense de l'Eglise attiraient, comme autrefois, l'attention de l'abbé Jean, et obtenaient parfois son concours. On se rappelle ses projets de journalisme religieux. Si, absorbé par les multiples occupations qu'il menait de front depuis vingt ans, il n'avait jamais pu contribuer autrement que par quelques articles à cet apostolat nouveau, il n'en méconnaissait point l'importance.
En dehors des journaux politiques, Y Ami de la religion et, du Roi était alors le seul recueil consacré à la défense des intérêts religieux. Picot, le rédacteur en chef de cette feuille, était un homme instruit, du caractère le plus
avec la meilleure volonté du monde, il m'est absolument impossible de faire ce que vous me demandez. Le jugement que l'on porte des hommes, pour être juste, ne doit jamais être absolu. 11 y a dans le caractère de chacun, dans son genre d'esprit et de talent, dans les habitudes et la conduite, une foule de nuances délicates qu'on ne saurait exprimer par écrit. Je m'en suis convaincu, il y a quatre ans, en essayant de faire pour mon propre usage des notes sur les ecclésiastiques du diocèse. Je ne pus aller au delà du troisième nom, et, mécontent de mon travail, je le jetai au feu. Permettez donc que je me borne à quelques observations de détail sur le sujet dont vous m'entretenez.
« 1° Quand il s'agit de placements, il est indispensable de considérer, non seulement l'état actuel du diocèse, mais ses besoins futurs, autant qu'on peut les prévoir. Autrement; on s'expose à être obligé de déranger le lendemain ce qu'on a arrangé la veille. Ainsi, on a eu tort de placer M. Oléron à Saint-Lormel, M. Sévestre à Aucaleuc, M. Auffray à Pommerit, etc.. parce qu'il est probable qu'on aura besoin de ces messieurs plus tard, pour des paroisses plus considérables. L'expérience vous apprendra, combien il est essentiel de tenir en réserve un certain nombre des meilleurs sujets, et qu'un choix bon en lui-même peut être mauvais par rapport à l'ordre général. En prenant les hommes un à un et les affaires une à une, on est bien sûr de tout embrouiller, de tout bouleverser. C'est une des raisons qui m'ont déterminé à ne prendre aucune part aux nominations qui ont eu lieu depuis le mois de juillet de l'année dernière, et malheureusement il est prouvé aujourd'hui que mes craintes n'étaient pas vaines.
« 2° La connaissance des paroisses (ce qui comprend une multitude d'objets) n'est pas moins nécessaire que celle des prêtres à qui on en
estimable , mais imbu des préjugés gallicans. Il ne comprenait pas la situation nouvelle faite à l'Eglise de France par les événements accomplis depuis 1789. Au lieu d'aller droit à l'ennemi qui attaquait toutes les bases de l'ordre surnaturel, il s'évertuait à réveiller d'anciennes querelles théologiques.
On se rappelle combien peu l'abbé Jean goûtait sa tactique, et avec quelle hâte il avait déserté ses bureaux. D'ailleurs, journal semi-quotidien, Y Ami de la Religion était obligé d'alimenter la curiosité publique par les nouvelles détaillées de chaque jour. Il ne pouvait, dès lors, trouver ni le temps, ni l'espace nécessaires pour traiter convenablement les questions qui dominent la politique courante. Pour répondre aux exigences de la controverse, il fallait aux catholiques un recueil périodique bien rédigé et bien informé, contenant des articles sur les sciences religieuses et philosophiques, aussi bien que sur la littérature et les questions sociales.
Or, en 1823, deux jeunes aumôniers du collège Henri IV
confie l'administration. Par exemple, lorsqu'on a envoyé le bon M. Morvan à Calanhel, on s'est trompé, non dans l'idée favorable qu'on avait de cet ecclésiastique, mais dans celle qu'on devait avoir des habitants de ce pays-là, et quand on l'a transféré à Tressignaux, on s'est trompé encore une seconde fois, parce que cette dernière paroisse est trop peu importante pour lui.
« :j° A propos de ce double changement , je vous ferai observer que rien n'est plus défavorable que ces mutations continuelles du même recteur. Il n'y en a pas eu une seule de ce genre pendant les cinq années que j'ai administré le diocèse de Saint-Brieuc.
« Et quant à ce qui concerne les vicaires, on leur accorde aujourd'hui beaucoup trop facilement leur changement. J'en connais plusieurs qui, dans l'espace d'un an, ont été transférés trois fois d'un endroit à un autre. Or, un jeune prêtre à qui cela arrive est perdu sans retour.
« Si. en lui donnant une première destination, on s'est trompé, du moins, en lui en donnant une seconde, il faut agir à coup sur et ne plus varier.
" i" Lorsqu'une liste de nominations est arrêtée, elle doit être exécutée dans les vingt^quatre heures. Les nominations sont liées les unes aux autres, dépendantes les unes des autres, de telle sorte qu'il faut remanier i"iit le travail quand un revient sur une ou plusieurs d'entre elles. D'ailleurs, chacun doit être prévenu en même temps du jour où il doit être rendu à sa destination, et l<>us ces mouvements doivent être combinés avec soin, pour que le service des paroisses ne soit pas interrompu.
5° Je vous engage à vous délier des renseignements qui vous seront fournis par les prêtres, même les plus saints. La vertu, dans certains cas, est njic cause d'erreur, parce qu'elle empêche de soupçonner le mal, etc. '> — Lettre inédite, extraite de la collection d'autographes de .M. Charavay, à l'aris.