‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 193 sur 270 · LE «MEMORIAL CATHOLIQUE» H · texte numérisé non relu

LE «MEMORIAL CATHOLIQUE» H

avaient conçu le hardi projet de fonder cette revue réclamée par l'opinion. C'étaient les abbés Gerbet et de Salinis. Ils lancèrent un prospectus où ils annonçaient l'intention de créer un journal consacré à l'exposition des doctrines catholiques dans leurs rapports avec les besoins actuels de la société : « Le Mémorial catholique, disaient-ils, s'efforcera de faire connaître sous toutes ses faces l'état actuel de l'esprit humain, en religion, en philosophie, en littérature. Cette connaissance peu commune est d'une importance extrême. Pour agir sur son siècle, il faut l'avoir compris. »

Mais que pouvaient deux prêtres obscurs pour une œuvre aussi difficile ? Peu confiants en eux-mêmes, ils voulurent placer leur recueil sous le patronage de l'écrivain qui personnifiait alors le mouvement catholique en France, Félicité de la Mennais. Celui-ci les connaissait, mais il ne croyait pas au succès de l'œuvre, et il refusa d'abord de la présenter au public.

Les deux jeunes fondateurs avaient rencontré l'abbé Jean ; ils avaient apprécié sa parfaite connaissance des besoins du temps. Ils le supplièrent de prendre en main leur cause, et d'obtenir de son frère au moins quelques lignes d'approbation.

La lettre suivante montre quel accueil ils trouvèrent auprès du prêtre qui avait déjà suscité et béni tant de fécondes initiatives. « Monsieur l'abbé, écrivait à Féli l'abbé Gerbet, j'ai l'honneur de vous adresser l'Introduction du Mémorial catholique, ouvrage périodique qui paraîtra chaque mois. Monsieur votre frère a eu la bonté de s'intéresser vivement à cette entreprise, de nous aider de ses conseils et de nous permettre de placer cet écrit sous la protection de la Grande-Aumônerie. Il veut bien en être le directeur. . . Monsieur votre frère n'a pas cru présumer trop de votre bonté en nous faisant espérer que vous voudriez bien écrire une lettre d'encouragement que l'on pût insérer en tète de la première livraison, laquelle paraîtra le 1S janvier prochain. Le succès de cet ouvrage dépend en grande partie de cette bonté de votre part... Comme cet écrit

périodique est sous la direction de monsieur votre frère, auquel seront soumis tous les articles, nous n'hésitons pas à vous promettre que toutes les doctrines qui y seront soutenues ne vous feraient jamais repentir de l'approbation que vous lui auriez donnée, et, comme cet ouvrage peut faire quelque bien, nous ne négligerons rien, de notre côté, pour que sa rédaction réponde, autant qu'il sera en notre pouvoir, à l'importance de son objet (1). » Féli se laissa toucher : il écrivit la lettre demandée, et le Mémorial catholique devint même son organe principal jusqu'à la fondation de V Avenir. Quant à Jean, s'il n'y écrivit que rarement, il en surveilla longtemps la rédaction, de sorte que la plus ancienne revue ecclésiastique publiée en France lui doit en grande partie sa naissance et son succès.

Vï

La haute situation de l'abbé Jean, avec son travail sans trêve et ses responsabilités, avait certes ses épines; elle avait aussi ses douceurs. Le vicaire général du Grand- Aumônier était très estimé à la cour, où son esprit le faisait spécialement apprécier du roi. C'était un personnage. Il était de droit, par ses fonctions, chanoine du second ordre du chapitre de Saint-Denis (2). Sa qualité d'ancien vicaire général de Saint-Brieuc et de fondateur de deux congrégations le rehaussait encore aux yeux de ceux qui jugent du mérite par les titres.

Cependant les dames lui trouvaient un grand défaut. Sa mise manquait obstinément d'élégance. L'habit de cour fabriqué par les « Feuillantines » n'avait pas tardé à perdre beaucoup de sa fraîcheur, et les habituées des Tuileries ne se faisaient pas faute d'en sourire.

L'abbé Jean était prompt à la riposte.

'1 Lettre citée par l'abbé de Ladoue : Mgr Gerbet, sa vie, ses œuvres et l'école mennai sienne, t. II. p. 70.

(2) Le traitement attribué à sa fonction était de 15 000 francs.

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