LA SOCIETE DES PRETKES DE SAINT-MEEN
L'abbé Jean de la Mennais allait donc retrouver sa chère Bretagne. Ses « Petits Frères » se préparaient à lui faire fête. Mais les agitations des dernières années avaient épuisé momentanément ses forces. Il lui fallait quelques jours de repos : il se mit en route pour la Chesnaie.
La vieille maison était déserte. En la quittant pour se rendre à Rome, Féli l'avait laissée à la garde de la pauvre servante qui, d'ordinaire, préparait ses repas. Plus que jamais, le silence enveloppait ces murs blancs perdus dans la verdure des hêtres. Ce fut, pour Pâme fatiguée du pauvre Jean, comme une vision de paix.
Le malin, seul avec son servant de messe, il offrait le saint sacrifice dans la chapelle rustique bâtie par Féli; puis, de longues heures, il errait à travers les taillis, « se souvenant des jours anciens et méditant les années éternelles (1). »
Il lui vint à la pensée de relire son programme de vie sacerdotale, ce programme tracé, à la Chesnaie même, dans la brochure des Réflexions, il y avait seize ans. Toutes
(1) Ps. LXXVI, G.
les œuvres qu'il proposait alors au zèle de ses confrères : éducation des futurs prêtres dans les petits séminaires, restauration des instituts religieux de femmes, retraites ecclésiastiques, missions, congrégations de jeunes gens, fondations d'écoles primaires, rétablissement de la vie de communauté dans les presbytères, il les avait réalisées dans la mesure de ses forces, toutes, excepté l;i dernière.
11 avait écrit en 1808 : « Dans beaucoup de lieux, les ministres de la religion vivaient autrefois en commun, et il en résultait de grands avantages : une discipline plus sévère, des mœurs plus graves, un plus entier détachement des biens de la terre, plus d'union entre eux, plus d'attachement à leurs fonctions et plus de liberté de s'y livrer. . . Il semble qu'une telle institution serait singulièrement appropriée aux circonstances actuelles. Ces communautés paroissiales remplaceraient à plusieurs égards les communautés régulières, en offrant à un siècle corrompu le spectacle de quelques hommes pratiquant dans toute leur pureté les préceptes et les conseils évangéliques. La vénération des peuples s'en accroîtrait, ainsi que l'autorité du ministère, et. dans un temps où le clergé n'a pour toute richesse que ses vertus, la vie commune, moins dispendieuse, épargnerait à un grand nombre d'ecclésiastiques l'humiliation de l'aumône... Pourquoi ce qui faisait tant de bien n'en ferait-il pas encore? (1) »
Sous l'Empire, un tel projet n'était, certes, pas réalisable. Les prêtres revenus de l'exil étaient trop âgés, trop peu nombreux, trop surveillés par le pouvoir, pour que l'on songeât à leur proposer la vie commune. Le seul lien qui pût rapprocher alors des prêtres séculiers, le P. de Glorivière l'avait formé en établissant la Société du Cœur de Jésus. Mais n'était-il pas temps de faire davantage? Si l'association était utile au clergé paroissial, ne l'était-elle
1 Réflexions sur l'état de l'Eglise en France, etc., édition de 182">, I>. 1 13 it suiv.