CAMPAGNE CONTRE LES GALLICANS
Non seulement il encourage les espérances de Jean, mais il tente, pour la vingtième fois peut-être, de l'attirer près de lui : « Tu suis, lui écrivait-il de la Chesnaie en février lcS2(), que nous avions le projet de nous réunir ici quelques amis pour vivre et travailler ensemble. Gela parait devoir s'arranger, et mieux peut-être que nous ne ("espérions. D'un autre côté, des personnes à qui je m'intéresse ont le désir de se consacrer à l'éducation de la jeunesse (1), et il se pourrait faire peut-être qu'elles réussissent à traiter du collège de Juilly, qui est dans un grand état de décadence. Elles seraient fort aises d'avoir tes conseils, et, de mon coté, je désirerais extrêmement que nous pussions nous réunir tous deux : ce qui ne t'empêcherait pas de conduire les affaires de Bretagne, où tu ferais des voyages aussi longs et aussi fréquents que tu le jugerais convenable (2). »
Vouloir fixer Jean à la Chesnaie, tout en lui laissant la direction de ses œuvres, c'était la part d'utopie qui se mêlait trop souvent aux projets de Féli. Jean le comprit et le fit comprendre à son frère. En attendant que s'opérât la réunion de l'école embryonnaire de la Chesnaie à la congrégation de Saint -Méen, on décida d'agir avec énergie et, autant que possible, de concert.
« Il faut agir », tel est le mot d'ordre que l'abbé Féli avait rapporté de Rome. Ce mot d'ordre venait à son heure. Le gallicanisme sévissait plus que jamais au ministère des Affaires ecclésiastiques. Cette doctrine de servitude, au nom de laquelle les parlements forçaient autrefois les curés d'administrer les sacrements à des Indignes, au nom de laquelle plus tard l'Assemblée nationale décrétait la constitution civile, et Napoléon prétendait imposer sa volonté au pape, le gouvernement de la Restauration s'en autorisait pour légitimer les pires intrusions. Toute la politique du Roi Très-Chrétien visà-vis du Saint-Siège se résumait alors dans deux laits : les
1' C'étaient les abbës de Salinis et de Scorbiac. 2 A. Blaize, Œuvres inédites, elc, I. II. p. 'Si.
négociations pour l'annulation du concordat de 1801 et l'obligation imposée à tous les professeurs de théologie d'enseigner la doctrine des quatre articles.
On se rappelle comment, à Saint-Brieuc, l'abbé Jean avait éludé cette dernière injonction. Les maximes de l'assemblée de 1682 n'en étaient pas moins enseignées aux jeunes clercs dans la plupart des diocèses. C'était l'erreur officiellement imposée à des esprits sans défense.
Les deux La Mennais imaginèrent de rédiger une réfutation en règle des quatre articles, et de la faire pénétrer sous main dans tous les séminaires. L'opuscule, écrit en latin, sous la forme didactique des manuels de théologie, parut sous le titre AWphorismata (1). 11 tenait en huit pages, mais ces huit pages valaient un gros livre. Jamais les contradictions du code gallican n'avaient été relevées avec cette vigueur ; jamais on n'avait présenté avec plus de logique la nécessité de l'infaillibilité pontificale (2).
On avait compté sans la police du roi. Une douane intérieure très sévère était chargée de surveiller tout ce qui venait de la Ghesnaie à l'adresse de l'aumônier de Henri IV. Ce qui paraissait suspect était expédié au ministère des Affaires ecclésiastiques. Aphorismata ! Quoi de plus suspect ! . . . Au lieu d'adresser le manuscrit au destinataire, le ministre, Mgr Frayssinous, le transmit à
1 Voici le titre complet de l'opuscule : In quatuor articulas declarationis anno 1682 éditée aphorismata ad jur.iores theolonos, auctore F. D. L. M.
2 Le 2 décembre 1825, M. Gerbet écrivait de la Ghesnaie. à l'abbé de Saliuis : « Je vous envoie ci-joint, mon cher ami, des observations latines sur les quatre articles destinées à être répandues parmi les clercs des séminaires.. Veuillez les faire imprimer le plus tôt possible, puis avoir ta bonté de revoir vous-même les épreuves. Je suppose que vous ne trouverez pas mauvais que le Mémorial lasse ce cadeau de bonne année aux séminaristes. .Messieurs de la .Mennais vous prient avec moi de soigner l'impression et de prendre les moyens les plus convenables pour en faire parvenir un certain nombre d'exemplaires dans tous les séminaires de France. Il faut trouver dans chaque ville à séminaire un correspondant dont les principes et les relations nous garantissent qu'il s'acquittera tidèiement de la commission de faire circuler ces aphorismata parmi les élèves en théologie. » Suivait une liste de correspondants (a).
■ / Non- tonnons dans relie lislo quelques noms déjà connus de nos lecteurs : l'abbé Langrez. chanoine ;i Quimper; t'abbé Cocdro, supérieur des missionnaires de Rennes; l'abbé Vielle, chanoine à Saint-Brieuc; l'abbé Dcshaycs, supérieur des Filles de la Sagesse i Saint-Laurent-sur-Sèvrc.