LES ÉTUDES THÉOLOGIQUES À MALESTROIT
Le philosophe de la Ghesnaie régnait au séminaire mennaisien : les lettres de l'abbé de Hercé le prouvent surabondamment. Il ne faudrait pas croire cependant que V Essai sur V indifférence fût le seul livre classique usilé dans cette maison; c'eût été un manuel par trop incomplet. On s'en servait pour faire étudier les prolégomènes de la théologie; après quoi, on mettait entre les mains des ordinands saint Thomas pour le dogme,et, comme autrefois au séminaire de Saint-Malo, saint Liguori pour la morale. C'était, pour le temps une grande hardiesse. Ces deux auteurs, dont l'enseignement théologique de nos jours s'inspire à peu près partout, étaient alors bannis des séminaires : l'un, à cause de l'influence cartésienne qui dominait encore le monde ecclésiastique, et qai avait fait oublier la philosophie du moyen âge; l'autre, à cause de ses principes nettement opposés aux pratiques jansénistes (1).
Mais c'est surtout par leur méthode d'enseignement que les professeurs de Malestroit rompaient résolument
midi, le dîner, la lecture, et ensuite la récréation, où la boule et les quilles amusent les amateurs. Je me promène, ou je cause, ou je m'arrête à juger des coups., A deux heures, la cloche avertit pour la récitation du chapelet. Nous le disons, Félix et moi, en nous promenant; puis nous avons silence, et nous étudions la théologie jusqu'à sept heures, sauf une visite au Saint Sacrement, qui ne doit durer qu'un quart d'heure. On veut qu'ici tout soit donné à l'étude; étudier, c'est prier. A sept heures trois quarts, chacun fait la lecture spirituelle dans sa cellule; à huit heures, Y Angélus, puis le souper et la récréation. Nous si mimes au lit à neuf heures et demie, pour en sortir au coup de cinq heures. »
On aura remarqué le thème imposé à M. de Hercé pour ses études du matin, le « grand syllogisme qui devait contenir toute l'histoire des croyances universelles et catholiques ». On devine, à l'embarras de l'expression, que le néophyte ne s'est point assimile toute la doctrine mennaisienne ; en tout cas, il n'en est point encore au ton de l'enthousiasme; il raille même agréablement Mm" de Vautleury de son engouement pour le « grand homme ».
1 I)è^ le 18 lévrier 1829, l'abbé Blanc avait l'ait connaître brièvement à Félicite de la Mennais le programme d'éludés de Malestroit.
" Je viens, disait-il, à notre communauté. La voilà en mesure, et tout notre règlement en plein exercice. Depuis plus de quinze jours, tout le monde parait fort content de l'ordre de choses qui règne ici, et M. lkdirbacher, entre autres, ne trouve pas de lieu sur la terre où L'on puisse être mieux. Malgré la privation d'une partie de nos livres, qui se trouvent encore à Saint-Méen, les conférences sur la théologie el le grec Ions les jours, et celles sur l'Ecriture sainte et l'Histoire
1m, JEAN-MARIE DE LA MENNA1S
avec les habitudes reçues. Les élèves ne suivaient, à proprement parler, aucun manuel. Ils se faisaient euxmêmes leurs traités de théologie en français, d'après les ouvrages qui leur étaient indiqués par le professeur, afin que les compositions pussent servir en même temps d'exercice de style.
Tous les travaux étaient lus à la conférence, de sorte que chacun pouvait profiter de ce qu'avaient fait les autres, tout en s'exerçanl à une critique judicieuse et courtoise. Le professeur parlait ensuite, et quand c'était l'abbé Gerbet, il développait assez souvent quelques chapitres des ouvrages qu'il avait en préparation.
Partout, mais particulièrement en histoire et en morale, on appliquait la doctrine à la solution des problèmes contemporains; toujours on s'efforçait d'être actuel, animé, vivant.
On n'avait pas craint d'introduire dans le règlement du noviciat, un article ainsi conçu : « Une cause de trouble pour les novices, ce sont les événements politiques. Il sciait bien à souhaiter que le bruit n'en vint pas jusqu'à eux. mais cela (''tant peu possible dans l'état actuel des choses (1), et cette connaissance entrant indirectement, sous quelques rapports, dans le but des travaux de la congrégation, les novices s'appliqueront du moins à la sanctifier, comme les autres connaissances, par des vues surnaturelles.
<( Dégagés de ces passions qui agitent les partis, ils verront surtout et avant tout, dans les révolutions et autres événements politiques, la suite et le développement des plans de la Providence et des desseins de Dieu sur sou Eglise. Ils éviteront les discussions et tout
ecclésiastique, If dimanche, vont bien. Pour la morale, nous avons suivi l'avis de .M. l'abbé Jean. et. tous les jeudis matin, à 10 h. 3/4, il y a une conférence sur le Traité «les Actes humains, dont les Irais sont faits par ceux qui s'attendent plus prochainement a recevoir les ordres sacrés. Ils présentent l'analyse des matières prévues, et nous y faisons les remarques nécessaires. » A. Roussel, Lamennais', d'âpres des documents inédits, t. I. p. 224.
1 Cet article paraît avoir été rédigé après 1830.