LES GAZETTES AI' SÉMINAIRE
ce qui ne serait qu'une vaine pâture donnée à ta curiosité et à l'amour-propre. Le récit des nouvelles ne scia pour eux que le récit «les faits contemporains, dont ils auront à tenir compte plus tard dans leurs études et leurs rapports avec la société. En un mol, ils renfermeront ce genre de connaissance, ainsi que tous les autres, dans la tin commune de leurs études, en les rapportant uniquement à la gloire de Dieu et à la défense de tous les intérêts de son Eglise (1). »
Ces avis supposent que les gazettes pénétraient dans la maison et n'étaient pas interdites aux élèves. On allait plus loin. Les meilleurs sujets écrivaient de temps à autre un article philosophique ou religieux, que l'abbé Rohrbacher envoyait ensuite au Mémorial catholique ou au Correspondant (2).
Lue telle méthode d'enseignement ne conviendrait pas assurément à tous les élèves d'un séminaire. Elle suppose des connaissances variées et une maturité dont tous ne sont pas capables; mais, appliquée avec discernement, n'est-elle pas plus propre que toute autre à éveiller l'initiative et à maintenir l'esprit en activité?
Il y avait d'ordinaire, dans l'après-midi, quelques heures consacrées à l'étude des langues et à la littérature. Félicité
1 Extrait d'un manuscrit intitulé : Règlement des novices. Ce manuscrit est de ia main de l'abbé Blanc — Archives des Frères.
2 Ces articles devaient être envoyés à la Chesnaie. et subir la censure du maître. Celui-ci n'était pas toujours tendre pour les élucubrations des débutants, et l'abbé Gerbet lui-même transmettait parfois à .M a lest mit des observations qui n'avaient rien de tlatteur. Le bon Ronrbacher prenait alors la défense des écrivains novices : « Je crois devoir vous dire, mandait-il à l'abbé Gerbet, le 1 mars 1830, que votre improbation si laconique de l'article de .M. Jourdain a répandu le découragement parmi nos jeunes frères. Si on leur renvoyait leurs articles en indiquant pourquoi telle ou telle partie n'est pas bien, ils travailleraient avec, quelque espoir; mais quand, au lieu de cela, il ne leur vient qu'un mol bref, qui ne leur apprend qu'une chose, c'est qu'ils n'ont pas réussi, ils perdent tout courage. Voilà ce que je leur ai entendu dire. J'en ai l'ait part à .M. l'abbé Jean, pour vous prier d'y faire attention. Aussi, n'ai-je pas cru devoir m'adresser à .M. Jourdain pour lui faire recommencer son article. J'en ferai de même pour M. Houet, d'autant plus qu'il se dispose à la prochaine ordination. Sans parler de votre dernière réponse, qui augmenterait encore le découragement, je tâcherai de refaire l'article moimême et de vous le renvoyer, en vous priant d'y changer ce que vous jugerez à propos. » — Lettre inédite. — Archives des Frères.
de laMennais qui, au dire de M. de Hercé, «était heureux quand il avait écrit, à sa satisfaction, dix lignes par jour k, voulait à tout prix que cette partie des études fût très soignée. C'était peut-être attribuer beaucoup d'importance, dans un noviciat ecclésiastique, à des exercices purement profanes, et les ennemis de l'abbé Féli ne se firent pas faute de lui reprocher amèrement cette innovation. Etaitelle vraiment blâmable? Nous ne le pensons pas. La science du prêtre ne ressemble pas tout à fait à celle du médecin ou du jurisconsulte. Ces deux hommes conseillent ou prescrivent; ils n'enseignent pas. Leur science peut être utile, à la rigueur, sans revêtir un vêtement élégant ou gracieux. La doctrine du prêtre, au contraire, doit passer peu à peu de son intelligence dans celle de ses frères; pour y pénétrer, il faut qu'elle se rende attrayante. Le prêtre est un homme qui enseigne, et, par suite, qui parle ou qui écrit; il ne saurait donc se préparer trop soigneusement à bien parler et à bien écrire, puisque, d'ordinaire, son influence est à ce prix.
Les La Mennais ne voulaient pas limiter à la France l'apostolat des religieux de Saint-Pierre. Ils présageaient comme possibles, dans un avenir prochain, le retour de l'Angleterre au catholicisme et la réunion à l'Église romaine des sectes dissidentes d'Orient. Ils voulaient que leurs disciples pussent travailler à ces deux grandes oeuvres; en conséquence, ils leur faisaient étudier à fond les langues vivantes les plus répandues, et même les principales langues orientales. Outre l'hébreu, le grec et le latin, qui étaient obligatoires, l'anglais, l'italien, le chinois, l'arabe, le persan, étaient étudiés avec succès. Le sanscrit même n'était pas négligé. Les deux fondateurs avaient deviné qu'un jour le Christ serait mis en parallèle avec Bouddha, et ils voulaient former des savants capables de défendre le catholicisme sur le terrain de l'histoire île-, religions. « L'abbé Féli, dit M. de Hercé, est persuadé que c'est dans l'Inde qu'on trouvera des richesses pour l'histoire de la religion, et que c'est là qu'il faut aller \c< chercher. »