‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 217 sur 270 · LA PART DE LA PIÉTÉ A MALESTROIT · texte numérisé non relu

LA PART DE LA PIÉTÉ A MALESTROIT

Désireux d'initier leurs c'ièves aux travaux scripturaires des universités germaniques, les deux frères les encourageaient vivement à l'étude de la langue allemande (1).

L'ancien maire de Laval n'était point trop dépaysé au milieu de cette jeunesse. Outre l'anglais, qu'il avait appris pendant l'émigration, et l'italien qu'il comprenait, il possédait à fond l'hébreu et l'arabe. C'était chose rare à cette époque, surtout dans le clergé, et il rendait de grands services à la petite colonie, en communiquant à ses jeunes confrères, avec une parfaite bonne grâce, les trésors de son érudition.

Toutefois la part faite à l'étude était un peu excessive, selon lui, et le règlement contrariait ses habitudes de douce et expansive piété. Plus de messes chantées, plus de fêtes solennelles; toujours des lectures, des compositions, des conférences : c'était dur pour un homme qui était venu chercher, avant toutes choses, au séminaire, un aliment à sa dévotion.

Il s'en plaint doucement à sa pieuse amie :

« Il m'a été pénible aujourd'hui de n'entendre qu'une messe pour me conformer à la règle, et de quitter la seconde, qui commençait comme je partais de la chapelle; mais c'était quitter Dieu pour Dieu, et j'espère qu'il a agréé mon sacrifice. . . Le dimanche est triste sans la grand'messe; nous n'avons qu'un petit salut à la fin de la journée, où nous chantons un peu. »

Il est vrai qu'à ce « petit salut » on chantait avec un entrain sans pareil une antienne encore bien peu usitée dans « l'Eglise gallicane », le Tu es Petrus.

Il n'y avait pas d'autres offices publics célébrés, même le dimanche, à Malestroit. Convenons que c'était trop

(1) Cf. A. Laveille. Une correspondance inédite de Lamennais. Lettres à Emmanuel d'Alzon, Revue bleue, n° du 9 avril 1898. — Après son voyage d'Allemagne en 1832, l'abbé Féli, d'accord avec son frère, résolut d'engager les évoques de Bretagne à envoyer leurs séminaristes les plus intelligents prendre leurs grades dans les universités allemandes. Il était question aussi d'envoyer en Allemagne une colonie de jeunes Bretons, pour se former à la peinture religieuse sous la direction d'artistes comme Overbeck, Cornélius, Veith. — Cf. Rio, Épilogue de l'art chrétien, t. II, p. 175.

peu, et que, dans cette maison, la prière n'avait pas la part qui doit lui retenir dans toute communauté religieuse. Est-ce là le secret de sa durée éphémère? Qui sait? En tout cas, on ne reconnaît pas dans cet article du règlement l'esprit de religion éclairée qui en avait dicté les autres. On devine là une autre main que celle de l'abbé Jean (1).

Divers témoins oculaires ont décrit les récréations de la Chesnaie, que l'abbé Féli savait égayer de sa joyeuse humeur et de son exubérance sans pareilles (2). A Malestroit, le boute-entrain était l'abbé Rohrbacher. Sous sa direction, on représentait de petites pièces de théâtre, on jouait des charades, et les jeunes gens se prêtaient aux rôles les plus comiques, les plus enfantins.

Parfois aussi on interprétait quelque belle composition musicale. L'abbé Gerbet faisait alors les frais de la séance. I! avait la voix faible, mais particulièrement expressive, et il savait lui donner ces inllexions qui sont comme les notes intérieures et immatérielles d'un chant.

(relaient là des délassements aussi agréables que variés ; mais rien ne valait la visite de celui qu'on appelait familièrement : « Not'Père ». C'était l'abbé Jean de la Mennais.

L'abbé Féli, absorbé par ses travaux littéraires et par la direction des jeunes gens de la Chesnaie, ne s'aventurait guère jusqu'à Malestroit. Il paraît qu'on ne l'y vit pas plus de deux fois pendant les six années que vécut la petite communauté (3). La haute surveillance du noviciat,

1 M. Jean de la Mennais établit, du moins, des conférences spirituelles, qui devaient avoir lieu le soir. Ce devaient être des entretiens d'un caractère très simple et visant uniquement à l'édification. — Cf. Sermons prêches à Saint-Méen par M. de la Mennais. — Archives des Frères.

(2 Cf. Charles Sainte-Foi, Revue du Monde catholique, t, h, p. 438.

(3) Un mémoire de l'abbé Blanc, composé en Ï835, et adressé à M. Boyer. de Saint -Suplice, qui avait attaqué la maison de Malestroit dans sa Défense de l'ordre social, contient les lignes suivantes : « Je vous ferai connaître le règlement des études et de l'intérieur de la maison, le genre de rapports qu'elle a eus avec le trop fameux Félicité de la .Mennais. dont les fréquentes visites se réduisent néanmoins, pendant

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