‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 219 sur 270 · ACTION DE L'ABBE FEI.I · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ABBE FEI.I

ïl ne fallait pas moins que cette intimité pour consoler maîtres et disciples de certaines attaques malhonnêtes venues du dehors.

Furieux des coups redoutables qui leur étaient portés 'de la Chesnaie, les gallicans commençaient à se dire que toutes les armes seraient bonnes contre les La Mennais. En 1833, après la condamnation de Y Avenir, ils ne reculèrent pas devant la calomnie. Le 15 octobre, un journal suisse, l'Invariable de Fribourg , inséra sous le titre : Bévé/a/ion importante un article où les prêtres qui enseignaient à Saint-Méen et à Malestreit étaient présentés comme des professeurs d'anarchie et d'immoralité. « Leur but, disait- on, est de démocratiser l'Eglise, et, par elle, de démonarchiser l'Etat. »

On s'en prenait ensuite aux pauvres ^ Petits Frères » de Bretagne, que l'on ne craignait pas de travestir en espions du clergé.

L'Ami de la Religion, devenu l'organe attitré de la secte gallicane, reproduisit ces odieuses imputations, sans les corriger autrement que par d'insignifiantes réserves.

L'heure était bien choisie par les ennemis des La Mennais. L'article paraissait au moment où l'attitude de Féli vis-à-vis du pape et de l'évêque de Rennes commençait à inspirer des inquiétudes. Les défiances, servies par de lâches insinuations, s'étendirent à toutes les oeuvres mennaisiennes, et la blessure fut profonde au cœur du pauvre Jean.

Ce n'était, hélas! que son premier pas dans la voie douloureuse; bientôt il lui faudra gravir son calvaire. Cette œuvre, à laquelle il s'est dévoué sans réserve, elle est sur le point de lui échapper. L'épreuve sera terrible. Essayons (l'en mesurer l'étendue.

Malgré des contradictions sans nombre, le bien se faisait, à Malestroit. Outre le futur évèque de Nantes, il y avait là de jeunes hommes qui promettaient un brillant avenir

littéraire, et qui ont mis plus tard au service de l'Eglise une plume aussi courageuse qu'exercée.

Citons en particulier Eloi Jourdain, que le lecteur connaît déjà. Ame religieuse et tendre, sa vocation ecclésiastique ne résista pas à la tempête qui emportait les débris de Malestroit, mais il resta fidèle toute sa vie à sa vocation d'écrivain catholique (1), et un bon juge, Louis Veuillot, a pu dire de lui que, durant trente ans, il a été, avec un grand courage et une parfaite modestie, l'un des plus dévoués ouvriers de l'Evangile (2).

Un autre biographe religieux, Cliavin de Mal an (3), faisait également ses premières armes sous la direction de l'abbé Blanc et de l'abbé Rohrbacher. Désemparé, lui aussi, par la ruine de l'école mennaisienne, il renonça pour un temps au sacerdoce, et lorsque, plus tard, des deuils multipliés le détachèrent du monde et le poussèrent de nouveau vers le sanctuaire, c'est à l'abbé Jean qu'il vint demander de l'y introduire.

L'abbé Jules Morel, le futur théologien de Y Univers, faisait partie également du petit groupe mennaisien.

Un simple ordinand, l'abbé Levoyer, que l'on ne destinait pas, ce semble, au rôle d'écrivain, présentait, dans de simples lettres, et comme en se jouant, des considérations qui feraient honneur à un apologiste de profession.

Mais ce qui rendait la maison de Malestroit particu-

(1) Sous le pseudonyme de Charles Sainte-Foi, il a donné les ouvrages suivants : Le livre des peuples et des rois; Conseils au peuple; Heures sérieuses d'un jeune homme ; Meures sérieuses du jeune âge; Heures sérieuses (Tune jeune personne; Heures pieuses d'un jet/ne homme ; Le livre des âmes; La Théologie à l'usage des gens du monde; Le Chrétien dans le monde: Le mois de la Reine des saints; De la Charité; Vies des premières Ursulines de France; etc. 11 a, de plus, traduit la Mystique de Goerres; la Vie de Jésus-Christ, du docteur Sepp; les Sermons !e Tauler; VHistoi-e de Ximenès, par Héfelé; ['Histoire de Jeanne-Marie de lu Croix, .par Beda Weber: la Vie de S. Ignace, du P. Genelli, et les Sermons du bienheureux Léonard de Port-Maurice.

(2) Notice sur Charles Sainte-Foi, Revue du Monde catholique, 25 décembre 1861.

(3) Il a publié, entre autres ouvrages, une Vie de saint François d'Assise «t une Vie de sainte Catherine de Sienne.

Page 1