‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 220 sur 270 · LES ELEVES DE MALESTHOIT · texte numérisé non relu

LES ELEVES DE MALESTHOIT

lièrement chère à l'abbé Jean, c'étaient les amitiés qu'il y avait conquises. Jamais cet homme d'action ne fut mieux compris que par ces hommes d'étude et de vie retirée. Sa science, qui l'égalait aux plus doctes d'entre eux, s'était tournée tout entière à aimer. Aussi quelle sympathie entre le maître et les disciples! Nous avons lu d'un bout à l'autre les lettres qui lui furent adressées alors par les abbés Blanc, Rohrbacher, Bornet. C'est l'expression à peine variée d'une tendresse que peu d'hommes ont inspirée au même degré. 11 n'est pas jusqu'au dernier des élèves en théologie qui ne trouve moyen d'être pathétique en exprimant sa reconnaissance au « très cher et vénéré Père ».

Deux de ces jeunes gens, les abbés Mermet et Doucet, se signalèrent par la délicatesse et la fidélité de leur dévouement. Enfants du peuple l'un et l'autre, originaires du Dauphiné, ils étaient venus à Malestroit, attirés par la réputation de Féli. Ils se destinaient, eux aussi, à l'apostolat de la plume. Ils connurent l'abbé Jean; et, l'œuvre de Malestroit détruite, sacrifièrent sans hésiter leurs ambitions littéraires pour l'aider dans son travail d'apôtre (1).

M. de la Mennais avait trop de délicatesse pour accepter indéfiniment leurs services. Rentré dans sa province natale, devenu le disciple aimé de Lacordaire et l'un des fondateurs du tiers-ordre de Saint-Dominique, le père Mermet n'oublia jamais son vieux maître, et lui confia jusqu'à la fin ses plus chers desseins.

Gomme Chavin de Malan, l'abbé Doucet ne se décida que fort tard à recevoir le sacerdoce. Professeur, pendant de longues années, au collège d'Oullins, il entretint avec l'abbé Jean une correspondance assidue, et lorsque, en 4849, il ambitionna de monter à l'autel, il voulut passer â Ploërmel, auprès du guide de sa jeunesse, son année de retraite préparatoire.

I L'abbé Doucet n'arriva à Malestroit qu'eu lS.'J'i. M. de la Mennais ne put lui offrir qu'un emploi modeste dans un i\r< petits collèges qu'il se proposait alors de fonder.

C'est ce groupe de jeunes hommes qui, par la faute de Féli, allait échapper à l'abbé Jean.

A voir une pareille œuvre étouffée dans son berceau, n'éprouve-t-on pas l'invincible tristesse qui envahit l'âme en présence de toute vie moissonnée avant l'heure, de toute fleur qui se fane dès l'aurore?

Tant de pures amitiés, tant d'efforts, de talents, de projets généreux ou grandioses, pour aboutir à une dispersion sans honneur! Quelles ruines, quelles déceptions, quels amers regrets!

En s'abîmant dans la tourmente qui emporta le malheureux Féli, la congrégation de Saint-Pierre a laissé à l'Eglise de France un grand exemple. Elle a fait un noble effort pour ressusciter, dans le clergé du XIX0 siècle, l'apostolat de la science. Reconnaissons, à l'honneur de noire épiscopal contemporain, que celle généreuse tentative a porté des fruits.

Nos universités catholiques ont repris, avec des mpyens d'action infiniment supérieurs à ceux des La Mennais, l'œuvre de la Ghesnaie et de Malestroit. Malheureusement ces asiles du haut savoir ne sont ouverts qu'à un petit nombre de privilégiés, elc'est encore des grands séminaires que sortent presque tous les prêtres destinés aux postes éminents. Ces établissements, il est vrai, ont bénéficié du mouvement qui, depuis vingt ans surtout, attire le clergé français vers les fortes éludes. Quelques-uns môme ont sensiblement contribué à l'accentuer; mais plusieurs, aujourd'hui encore, s'inspireraient utilement des idées qui présidaient à la direction de Malestroit.

Le programme d'études que l'abbé de Hercé a fait passer sons nos yeux réalise-t-il véritablement l'idéal d'un enseignement de séminaire? Nous ne le pensons pas : il n'est pas assez élémentaire. 11 nous parait même qu'au milieu • le ces divers travaux littéraires, philosophiques et linguistiques qui absorbaient les élèves, il était difficile de

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