‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 223 sur 270 · ES «PELERINS DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

ES «PELERINS DE LA LIBERTE

les doctrines de l'Avenir étaient discutées au loyer des recteurs bretons. Dans la congrégation même, surtout à Saint-Méen, elles trouvaient des contradicteurs. Si le plus grand nombre des professeurs, les jeunes suri ont. persuadés que leur supérieur général était appelé à régénérer la société, propageaient avec ardeur ses principes, d'autres, plus calmes, parce qu'ils avaient plus vécu, taisaient des réserves.

M. de la Mennais craignait de voir les discussions s'envenimer, et la différence des idées s'opposer à l'union des cœurs. Mais lorsque les trois «pèlerins de la liberté », l'abbé Féli, l'abbé Lacordaire et Montalembert, partirent pour Rome, afin d'aller soumetlre au pape leurs doctrines et leurs plans d'action, toutes ses craintes s'évanouirent. Autour de lui, les débats cessèrent, et l'on attendit en paix le verdict du Vatican.

Pendant plusieurs mois, la confiance fui entière. Les lettres de Rome étaient rassurantes. Tout en protestant de sa soumission au jugement, quel qu'il fût, Féli ne cachait pas sa foi au triomphe prochain de ses idées.

Persuadé que les pèlerins allaient revenir avec les constitutions de la société signées de la main du pape, de plus en plus consolé par le développement de son œuvre de Frères, l'abbé Jean était tout à la joie du succès. Jamais sa conversation' n'avait été plus pétillante, plus semée de mots heureux.

C'est avec les enfants surtout qu'il s'épanouissait. Plus que jamais il excellait à faire goûter le devoir en lui donnant un aspect aimable (1). Aussi comme on l'acclamait lorsqu'il paraissait dans les classes!

C'est (buis celle atmosphère de gaîté et de paix que,

1 A chaque renouvellement d'année, les élèves de Saint-M^en lui adressaient leurs compliments. Voici la joyeuse réponse qu'il leur fit, le 1er janvier 1 8 -*J li : « .Messieurs, L'artiste doni vous me demandez l'adresse, qui r.-iil des buttes enchantées avec lesquelles on avance, à chaque pas, de sept lieues sur le chemin si difficile des sciences el des lettres, demeure daus te royaume des lionnes Etudes, départemenl des Bibliothèques, canton de la Mémoire, commune île L'Application, rue de la Diligence, hôtel de la Sagesse, n°l; son prénom, Esprit; son nom. Travail. » Puisque vous désirez avoir avec lui des relation- particulières, vous

\s-i JEAN-MARIE DE LA MENNA1S

six mois après, éclata, comme un coup de foudre. l'Encyclique Mirdri rus (45 aoùl 1832).

Féli était condamné! Il venait de quitter l'Italie, cl. pour comble d'épreuves, il ne pouvait rentrer en France sous peine de se voir emprisonner pour dettes (1) !

Au premier moment, le pauvre Jean1 fut atterré. Quelle allait être l'altitude de son frère? 11 eut quelques jours d'horrible angoisse.

Mais quand il connut en détail le premier acte du drame terrible qui s'ouvrait alors : cette prière prolongée, le soir, à Munich, dans une chambre d'hôtel, parle polémiste désavouée! vaincu; les paroles de soumission et d'humilité échangées entre lui et ses compagnons de lutte; la déclara-

serez bien aises, sans doute, qu'après vous avoir donné son adresse, je vous donne son signalement.

» Messieurs, le voici. Le sieur Travail est noble, incontestablement. Tout le monde sait qu'il est issu d'une l'a mille fort ancienne, dont on ne peut retrouver l'origine sans remonter jusqu'au jour où, pour la première fois, Adam bêcha la terre: où, pour la première fois, Eve fila. Quoique vieux. si>n tempérament est robuste, et rien ne le fatigue. Cependant il mange peu et dort encore moins, car il aime beaucoup les longues veilles. Il est habituellement sérieux: toutefois, lorsqu'il prend quelqu* courte récréation pour réparer ses forces, il saute, il est joyeux

» Le sieur Travail a plusieurs genres de mérite, que je dois vous faire connaître. Souvent il se fait médecin, et je puis vous assurer qu'il guérit les jeunes i.rens. avec une merveilleuse facilité, de toutes les maladies de leur âge. Souvent aussi il se fait avocat, et, d'une seule parole, il gagne la cause des écoliers accusés devant leurs maîtres. .. Enfin il se fait Ieprotecteur d'une foule île jeunes fjens qui n'en ont pas d'autres que lui sur la terre. 11 leur procure des emplois; il leur ouvre les trésors de la fortune et de la gloire.

» A plusieurs même, il a donné des couronnes; il jouit d'un pouvoir immense. Pour que tout aille bien dans une famille, il suffit qu'il s'en mêle et qu'on ne le dérange pas. Pour que tout allât bien dans un Etal, il faudrait le nommer premier ministre.

Néanmoins le sieur Travail a un grand nombre d'ennemis, je dois vous en prévenir, Messieurs; il court mille bruits calomnieux sur son compte dans les écoles. < in le représente sous les traits d'un pédant bien ennuyeux, hien lourd et d'une sévérité odieuse... Mais n'ajoutez foi à rien de tout cela, Messieurs; ce sont îles contes de gazette; et si celle de votre Académie rapportait jamais des nouvelles semblables, n'hésitez pas à lui donner, . n mon nom, un démenti officiel dans le Moniteur]., o— Chronique des Frères de VInstruction Chrétienne, t. VI, p. 242.

I Voir dans Blaize, Œuvres inédites, etc, t. II. p. 129, note, 2, le détail des embarras financiers au milieu desquels se débattait alors Féli.

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